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En 1956, Stanley Matthews avait remporté un brillant succès après une lutte très serrée avec Alfredo Di Stefano, trois points séparant les deux hommes au classement final du Ballon d'Or. A la fin de 1957, le grand attaquant madrilène prit triomphalement la succession du « Sorcier de Blackpool ». Sur les seize jurés interrogés par France Football, douze le classèrent au premier rang, trois à la deuxième place, un seul ne l'ayant pas cité dans son vote. La sensationnelle victoire de Di Stefano situait parfaitement les mérites d'un footballeur qui fut, peut-être, le plus complet de tous les temps. Elle honora la reine des équipes européennes, l'incomparable Real Madrid qui classait trois de ses joueurs parmi les vingt-trois noms cités : Di Stefano, Kopa et Gento. Très loin derrière le lauréat 1957, véritable maître de son sujet, la lutte fut davantage indécise et, si la deuxième place revint à l'Anglais Billy Wright qui symbolisait un football britannique en pleine évolution, la troisième fut partagée entre Duncan Edwards et Raymond Kopa, dont le maintien dans le gratin du football mondial (il était déjà troisième en 1956) fut digne d'éloges. Quoique considéré comme hors concours, Matthews, qui fit l'ouverture du palmarès l'année précédente, enregistra, pour sa part, trois points et ne s'en tira donc pas si mal.
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Dans l'ailier droit Stanley Matthews, premier footballeur d'Europe 1956, qui fait rire tout le monde en restant impassible, il y a du Charlie Chaplin, il y a du mystificateur ; en Alfredo Di Stefano, premier footballeur d'Europe 1957, nous célébrons le grand seigneur, le chevalier, qui allie la bravoure à l'invincibilité. Partout où il se présente, l'adversaire s'incline et l'unanimité populaire se fait sur son nom, comme jamais elle n'a été réalisée dans un sport d'équipe.
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| © Presse Sports |
A trente et un ans avoués, il continue d'occuper
le poste de loyauté et de vérité
qu'est celui de l'avant-centre. Ni le temps, ni les
grands arrières centraux, ni les progrès
incessants de l'organisation défensive n'ont
de prise sur lui. A la place la plus en vue, la plus
enviée, la plus exposée, la plus avancée,
la plus surveillée et occupée dans l'axe
des buts, il demeure le combattant loyal, à visage
découvert, d'une bravoure sans ostentation.
La saison dernière, au match aller de Coupe
d'Europe Real Madrid-Manchester United (3-1), Di Stefano,
pris d'un acte de colère injustifiable, se vengea
sur l'arrière central Jackie Blanchflower d'un
coup qu'il avait reçu d'un autre joueur insulaire.
L'acte, vraiment exceptionnel, parut d'une telle vilenie,
d'une bassesse si décuplée que le visage
de l'avant-centre et les traits des 120 000 spectateurs
espagnols rougirent de honte, d'autant plus que l'attitude
de l'agresseur fut aussitôt celle d'un repentant.
Cette saison, l'Hispano-Argentin donne l'impression
de jouer plus en pointe que les années précédentes.
Toutefois, le sens de la balle et du jeu est son propre
sens : il se modèle sur eux, il en épouse
les contours. C'est pourquoi il n'a pas à forcer
athlétiquement le passage, avec les risques que
comporte la méthode directe. Aussi n'est-il presque
jamais blessé et, par surcroît, ne sort-il
pas de son rôle quand il s'éloigne momentanément
de son poste pour redresser le jeu ou tirer d'embarras
ses partenaires de la défense.
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D'une allure ailée, il se replie jusque parmi
ses arrières, n'est jamais à bout de souffle
et de course, et nous n'oublierons pas comment en finale
de la Coupe d'Europe 1957, Real Madrid-Fiorentina (2-0),
il poursuivit l'ailier droit de Florence, Julinho, et
le rattrapa à temps pour dévier en corner
un centre du redoutable Brésilien.
Qu'il utilise avec art son pied favori, en prenant un
équilibre constant sur le pied gauche ; qu'il
se serve de la tête en détente à
la Cuissard ; qu'il dribble avec une légèreté
qui abolit la pesanteur ou qu'il adresse à un
coéquipier une passe impossible à intercepter
et arrivant dans la direction idéale ; qu'il
déclenche une brusque attaque ou même une
longue contre-offensive, Di Stefano nous aide chaque
fois à différencier le génie du
talent.
Stanley Matthews, c'est l'humour ; Alfredo Di Stefano,
c'est l'épopée.
GABRIEL HANOT
(France Football numéro 613 - 17 décembre
1957)
| FICHE
JOUEUR |
CLASSEMENT 1957 |
ALFREDO DI STEFANO
Nationalité : argentino-espagnole.
Né le : 4 juillet 1926, à
Buenos Aires (ARG).
1,72 m ; 70 kg.
Poste : attaquant.
Clubs : Imam Buenos Aires (1942), River Plate
(1943-1945), Huracan (1946), River Plate (1947-1949),
Millionarios Bogota (1949-1953), Real Madrid
(1953-1964) et Espanyol Barcelone (1964-1966).
Palmarès de joueur : Copa America
1947 ; Coupe Intercontinentale des clubs 1960
; Coupe des champions 1956, 1957, 1958, 1959
et 1960 ; Coupe latine 1955 et 1957 ; Championnat
d'Argentine 1945 et 1947 ; Championnat de
Colombie 1949, 1951 et 1952 ; Championnat
d'Espagne 1954, 1955, 1957, 1958, 1961, 1962,
1963 et 1964 ; Coupe de Colombie 1953 ; Coupe
d'Espagne 1962 ; meilleur buteur du Championnat
dArgentine 1947 (27 buts) ; meilleur
buteur du Championnat de Colombie 1951 (31)
et 1952 (19) ; meilleur buteur du Championnat
dEspagne 1954 (27), 1956 (24), 1957
(31), 1958 (19) et 1959 (23).
Bilan en équipes nationales :
6 sélections A, 6 buts (1947) avec
l'Argentine ; 4 sélections A (1949)
avec la Colombie ; 31 sélections A,
23 buts (1957-1961) avec l'Espagne.
Bilan en phase finale de la Coupe du monde
: néant.
Palmarès Ballon d'Or : vainqueur
en 1957
et 1959
(2e en 1956).
Carrière d'entraîneur :
Elche (1967-1968), Boca Juniors (1969-1970),
FC Valence (1970-1973), Sporting Portugal
(1974-1975), Rayo Vallecano (1976-1977), Castellon
(1977-1978), FC Valence (1979-1980), River
Plate (1981-1982), Real Madrid (1982-1983),
FC Valence (1986-1988) et Real Madrid (1990-1991).
Palmarès d'entraîneur : Coupe
des Coupes 1980 ; Supercoupe d'Espagne 1990
; Championnat d'Argentine 1969 et 1981 ; Championnat
d'Espagne 1971.
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1. Di Stefano (Espagne-Argentine, Real Madrid), 72 points.
2. Wright (Angleterre, Wolverhampton), 19 pts.
3. Kopa (France, Real Madrid), Edwards (Angleterre, Manchester United), 16 pts.
5. Kubala (Hongrie-Espagne, FC Barcelone), 15 pts.
6. Charles (Galles, Juventus Turin), 14 pts.
7. Streltzov (URSS, Torpedo Moscou), 12 pts.
8. Taylor (Angleterre, Manchester United), 10 pts.
9. Bozsik (Hongrie, Honved), Netto (URSS,
Spartak Moscou), 9 pts.
11. Yachine (URSS, Dynamo Moscou), 8 pts.
12. Grosics (Hongrie, Tatabanya), Gento (Espagne, Real Madrid), 7 pts.
14. Milutinovitch (Yougoslavie, Partizan Belgrade), D. Blanchflower (Irlande du Nord, Tottenham), Schiaffino (Italie-Uruguay, Milan AC), 4 pts.
17. Matthews (Angleterre, Blackpool), Haynes (Angleterre, Fulham), Hanappi (Autriche, Rapid Vienne), 3 pts.
20. Kocsis (Hongrie, Young Fellows Zurich), Szymaniak (RFA, Wuppertal), 2 pts.
22. Hamrin (Suède, Padoue), Novak (Tchécoslovaquie, Dukla Prague), 1 pt.
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