








L'élection du Ballon d'Or fut placée sous le double signe des Pays-Bas et du Milan AC, qui imposèrent leur loi tout au long de l'année sur le terrain et. dans les votes. Ainsi, l'école néerlandaise parvint-elle à placer quatre de ses élèves dans les cinq premiers, réalisant même un fabuleux tiercé avec Van Basten, Gullit et Rijkaard. Il faut convenir que le football batave avait fait très fort, remportant l'Euro et la Coupe d'Europe des clubs champions avec le PSV. Ce n'était pas la première fois qu'un pays plaçait trois de ses ressortissants dans les trois premiers. En 1972, le podium était déjà totalement ouest-allemand (Beckenbauer, Müller et Netzer), mais, jamais depuis la création du trophée, en 1956, un même club n'avait réalisé ce triplé. Le Milan AC entrait dans le livre des records. Il pouvait même s'enorgueillir de compter un quatrième joueur dans les dix premiers, Franco Baresi, huitième. Mais le principal bénéficiaire de ce vote doublement historique ne fut autre que Marco van Basten, qui fit mieux que son compatriote Gullit, vainqueur l'année précédente, et qui menaça le record de Michel Platini, établi en 1984, avec le score incroyable de 128 points sur 130 possibles. Avec 129 points sur 135, l'attaquant néerlandais de Milan n'était pas loin de marquer d'une pierre orange un succès qui prit les allures d'un triomphe. |
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| PROFESSION BUTEUR | ||||||||||
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C'est un événement important, car il écarte les très nombreux créateurs ou pseudo-créateurs enterrés aux 40 mètres pour privilégier l'aristocratie du jeu de football : le buteur, l'homme de tous les risques soumis aux aléas de la venue de balle, des schémas tactiques frustrants, des blessures inévitables compte tenu de l'agressivité des défenseurs et de la faiblesse des arbitres. Van Basten est actuellement le survivant d'une équipe antique en voie de disparition. Et, en même temps, le « produit » quasi idéal adapté à une certaine forme de consommation. Car il conjugue virtuosité technique, imperméabilité psychologique, vitesse de jaillissement, d'exécution, résistance athlétique, jeu de corps, sens tactique (fausses pistes), jeu de tête. On ne peut rien demander de plus à Van Basten car il a tout. Ce qu'il est intéressant de constater dans le cas de Van Basten, et qu'il faut souligner sans relâche, c'est qu'au départ de sa trajectoire fut la technique, en même temps que le sens du but, l'un ou l'une portant l'autre. Tous ceux qui ont connu Van Basten minimes ou cadets se souviennent d'un superbe manieur de ballon, déjà adapté à toutes les situations devant la cage adverse, vif, précis, malin, jamais à côté du geste. Ensuite, vint le reste, dont le « jeu de corps », dans un football néerlandais qui ne répugne pas au contact. Van Basten n'a rien laissé dans l'ombre du jeu d'avant-centre. C'est à la fois un buteur classique, un buteur inspiré et un buteur inventif.
Jacques Thibert
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