



















Conforme à sa tradition de récompense individuelle qui favorise les artistes et les créateurs, le Ballon d'Or 1993 sacra, une fois de plus, un joueur à vocation offensive. Depuis 1976, le trophée était toujours allé à un attaquant ou à un meneur de jeu. Roberto Baggio se situait donc dans la lignée des précédents lauréats et, avec 142 points, il n'était pas loin de faire le plein auprès des trente jurés. Totalement ignoré du jury en 1991 et en 1992, crédité de huit petits points en 1990, le joueur de la Juventus Turin venait presque de nulle part et cette éclosion soudaine récompensait un champion en prise avec les réalités de son temps. Dans ce scrutin assez clair de bout en bout, il n'eut pas de concurrents en mesure d'entretenir le suspense pour la victoire finale. Il fut une époque où les prétendants se comptaient à la douzaine avec, certaines années, une cohorte de Beckenbauer, Maier, Gerd Müller, Netzer, Cruyff, Mazzola, Rivera, Keegan ou Overath dans laquelle il était difficile de faire le bon choix... La cuvée 1993 fut, en revanche, beaucoup plus modeste, avec le seul Dennis Bergkamp pour rival un peu sérieux et Eric Cantona pour donner le change. Quatrième Italien couronné, après Sivori (1961), Rivera (1969) et Rossi (1982), Baggio permettait aussi à la Juventus Turin de remporter le sixième Ballon d'Or de son histoire. |
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| IL IMPRIME DIRECTEMENT LES VICTOIRES | ||||||||||
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Le choix de Roberto Baggio comme joueur numéro
un de l'année, sur le continent Europe, ne souffre
guère d'erreur ni de mauvais genre. C'est certainement
Baggio, comme le souligne lucidement Arrigo Sacchi,
« qui a souvent montré les plus belles
choses sur un terrain de football » en 1993 et
qui a, loin devant les autres, manifesté de la
constance dans l'expression footballistique au plus
haut niveau. (.) Dans cette définition, Roberto Baggio, comme
Maradona hier, est premier de cordée. Il est
footballeur de la tête aux pieds, par sa taille
moyenne (1,74 m), par sa très grande qualité
technique, par son astuce et sa malice instinctives
(de buteur notamment), par son art décisif du
contre-pied, par la possession de l'arme absolue (vitesse,
détente), donc par son pouvoir d'accélération.
A cela il ajoute, sans jamais renier sa vocation de
virtuose, mais dans le droit-fil de l'évolution
d'un champion intelligent, une claire vision collective
du jeu, l'aptitude (encore peu montrée) de la
passe décisive et renversante, l'efficience sur
les coups de pied arrêtés. Que manquerait-il
donc à ce premier violon, inventeur solitaire
souvent et parfait chef d'orchestre quand il le veut
?
Baggio est un décideur, un homme qui imprime
directement les victoires. Non seulement il frappe l'imagination
populaire, mais il représente aussi une solide
réalité sur les gestionnaires, corporation
en vogue dans le monde moderne. Il vaut donc plus que
Franco Baresi, dont l'influence sur le jeu du Milan
AC est énorme, mais celle-ci dans la règle
et le classicisme, et sans dépasser le cadre
de la création contrôlée. Jacques Thibert
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