Absent des terrains depuis le 17 mars dernier en raison d'une phlébite,
Emerse Faé revient sur la descente du FCNA. Une relégation pas tellement surprenante mais qui lui fait honte. Mais l'international ivoirien regarde aussi devant. Son départ est inéluctable et pourrait même le conduire vers l'étranger comme il le confie en exclusivité pour
Francefootball.fr.
Emerse Faé, vous êtes professionnel au FC Nantes depuis 2003. Avez-vous senti venir cette relégation ?
Ma première saison a été formidable avec notre super parcours en Coupe de la Ligue où on est allé en finale contre Sochaux (1-1 ap, 5 tab à 4). Pour des débuts, c'était encourageant. Après, c'est vrai que Nantes a plusieurs fois flirté avec la zone rouge, s'en tirant même par miracle lors de la saison 2004-2005. Il fallait donc s'y attendre.
Ça veut dire que selon vous, ce n'est pas surprenant ?
Oui et non. Nantes en Ligue 2, c'est une surprise dans la mesure où il s'agit d'un grand club, avec une sacrée histoire. Donc, le résultat brut est étonnant. Mais, de l'intérieur, il fallait s'y attendre. On a raté les moments clés. Je pense que c'est face à Sedan (0-1) qu'on a définitivement raté le coche. On pouvait les envoyer directement en L2, on se serait fait du bien au moral et on aurait attaqué la dernière ligne droite avec un autre état d'esprit. Au lieu de ça, on a remis en selle un rival direct. À ce moment, je me suis dit que ça allait être très, très chaud de se sauver.
Selon vous, qu'est-ce qui fait qu'un club aussi structuré que Nantes en soit arrivé là ?
C'est un tout. Mais peut-être que c'est précisément à cause de ce que vous dites. Oui, Nantes est très bien structuré. Du coup, on fini par ne plus faire assez attention à tous les détails, on pense toujours que ça ne peut pas nous arriver. On n'a pas réagit les années précédentes. Je n'accable pas non plus le président Roussillon. Il a montré de l'envie, il était souvent présent, il a fait des choix qui pouvaient être les bons. Mais peut-être que tout n'a pas été bien compris, tout n'a pas été très bien accompagné.
Vous avez été longtemps blessé. Vous avez noté des différences d'implication au sein de l'équipe ?
Je crois que tout le monde était concerné. Mais plusieurs joueurs n'ont pas été au niveau dans les moments chauds. On a essayé de tirer la sonnette d'alarme, de faire des réunions pour se dire les choses, pour crever l'abcès. Mais Nantes, c'est un peu particulier. On a du mal à se dire les choses. Je crois que c'est dans la culture du club, de se protéger, de ne pas se heurter. Mais au final, personne n'arrive à lâcher ce qu'il a dans sa tête, sur le coeur et ça gangrène le tout. En sélection ivoirienne, ce n'est pas du tout pareil. On se marre bien, on est super potes mais quand il faut se dire les choses, on se les dit entre quatre yeux. Ça chauffe deux minutes et après c'est oublié. Et au moins les choses sont dites, on avance.
Vous vous sentez coupable de tout ça ?
Evidemment. Ça fait mal de savoir qu'on a fait descendre le club. On a honte. On a fait n'importe quoi. On était dans un club titré, respecté et on en a fait un club de Ligue 2. J'ai l'impression qu'on a dévalué le club. Auparavant, il avait une image auprès des jeunes, notamment dans la région. Aujourd'hui, vu la trajectoire, j'ai l'impression qu'un jeune talent peut se demander s'il a vraiment intérêt à venir au FC Nantes.
Quand vous voyez votre ancien compère du milieu de terrain, Jérémy Toulalan, franchir des paliers à Lyon, vous ne vous dites pas que vous êtes resté une saison de trop ?
Non, non, pas du tout. À chacun son parcours. Jérémy est passé pro une année avant moi. Pour lui, c'était le moment de partir. Moi, c'était encore un peu tôt. Et puis, il y avait un projet sportif auquel je croyais. Ça n'a pas fonctionné, voilà tout.
Et maintenant, le moment est venu ?
Je suis encore Nantais pour l'instant. Je recommence le footing et mon rétablissement est ce qui me préoccupe avant tout. Je ne me suis pas encore penché sur la question. D'ailleurs, en ce moment, c'est plutôt pour les coaches que ça bouge. Moi, pour l'instant, je n'ai rien de précis. Donc, je ne parle pas de ça.
C'est un peu langue de bois, non ?
Disons que je ne veux pas répondre à cette question comme ça. Les gens pourraient imaginer que je veux partir parce que le club descend. Mais moi, j'avais mon bon de sortie dès le début de la saison. Il était déjà convenu que ce serait ma dernière saison sous le maillot nantais. Pour aller où ? Je ne sais pas encore. D'ailleurs, je ne partirai pas à n'importe quelle condition. Partir pour partir, non ! Il faudra que j'étudie le projet sportif proposé. Après, savoir si ce sera en Ligue 1 ou à l'étranger, c'est bien trop tôt. Mais je suis un aventurier, je suis prêt à partir si l'occasion se présente. J'avoue que j'aime vraiment l'Espagne, depuis toujours. Le pays, le climat, le jeu, tout me plaît là-bas.
Un dernier mot sur Nantes. Quand vous voyez les meilleurs s'en aller, quel est votre pronostic quant à un éventuel retour au plus haut niveau ?
Difficile à dire. C'est vrai que ça fait bizarre de voir des historiques du club le quitter comme Da Rocha, Savinaud. Après, c'est vrai aussi que le club pensait reconstruire autour de Dimitri Payet mais Nantes lui a accordé un bon de sortie. Ce n'est pas forcément par manque d'ambition ou de projet. Mais il faut aussi que Payet soit d'accord pour rester en Ligue 2 et j'imagine qu'il n'était pas forcément partant pour ça. Je pense que se poser la question de l'avenir du FCNA est prématuré. On ne sait pas encore qui reste. Ça risque de pas mal bouger.»
Propos recueillis par Dave APPADOO
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