












Si le gardien de la Juve et de la Squadra Azzurra est le maître du monde à son poste, le football italien souffre de bons spécialistes dans cette catégorie et une dizaine de clubs de Série A, dont Milan, l'Inter, la Roma, alignent des étrangers dans leurs buts. Dernière arrivée en date, l'Argentin Carizzo à la Lazio Rome . Gianpiero Combi, Lorenzo Buffon, Giuliano Sarti, Fabio Cudicini, Ricky Albertosi, Dino Zoff, Walter Zenga, Gianluca Pagliuca : voici une belle palette de noms qui rendent hommage à l'extraordinaire école italienne des gardiens de buts à travers le vingtième siècle. Une école dont est issu Gianluigi « Gigi » Buffon, numéro 1 de la Juve et de la Squadra Azzurra, considéré par beaucoup comme, aujourd'hui, le meilleur gardien au monde. Mais Gigi Buffon -au passage le neveu de Lorenzo Buffon, portier du Milan AC dans les années 50- pourrait bien être l'arbre qui cache la forêt. En effet, les gardiens italiens de qualité semblent à l'heure actuelle de moins en moins nombreux. En tout cas, en Serie A. Une tendance fortement ressentie dans la péninsule après l'ultime transfert d'un gardien étranger dans le championnat italien : l'Argentin Juan Pablo Carizzo, passé de River Plate à la Lazio de Rome. L'arrivée de Carizzo en Italie doit être encore officialisée, non pas parce que le coach biancocelesto Delio Rossi a des doutes sur lui, mais tout simplement parce que celui-ci est dans l'attente imminente d'un passeport espagnol (la Lazio a déjà son quota de joueurs hors Union européenne). Juste une question de jours : Carizzo sera bien le prochain gardien titulaire du club romain. Comme Presque une dizaine d'autres « portieri » étrangers. Situation de crise Et c'est pour ça que l'on peut parler de crise pour les gardiens italiens. Ces derniers ne sont plus titulaires dans au moins neuf clubs de Serie A : outre la Lazio avec l'Argentin Carizzo, le Milan AC a opté pour le Brésilien Dida, l'Inter pour Julio Cesar, la Roma pour Doni et le Genoa pour Rubinho, trois autres brésiliens, alors que le Français Frey s'est imposé à la Fiorentina, l'Autrichien Manninger à Sienne, le Slovène Handanovic à l'Udinese, l'Argentin Bizzari à Catania. A cette liste, on ajoutera Eleftheropoulos (Grèce) et Jaakola (Finlande) à Sienne -vous avez bien lu : dans le club toscan, les trois gardiens sont étrangers !-, Ujkani (Belgique) à Palerme, Vanstrattan (Australie) à la Juventus, Avramov (Serbie) à la Fiorentina, Novakovic (Serbie) à la Reggina. Soit un total de quinze pour les vingt clubs de Serie A. Sachant que les pensionnaires du championnat italien bouclent une saison avec trois gardiens dans l'effectif, quatre dans de rares cas, cela fait un quart d'étrangers pour l'élite du Calcio ! Histoire d'enfoncer un peu plus le clou, rappelons que Parme n'a toujours pas abandonné l'idée de recruter le Brésilien Diego Alves (Atletico Mineiro) ou le Français Lloris (OGC Nice)... Pendant ce temps-là , trois des plus récentes « doublures » de Gigi Buffon en sélection sont exilées : Flavio Roma défend la cage de Monaco, Morgan De Sanctis se trouve au FC Séville, Christian Abbiati a été prêté par le Milan AC à l'Atletico Madrid. Et l'on n'oubliera pas Ivan Pelizzoli parti au Lokomotiv Moscou, Carlo Cudicini à Chelsea et Stefano Sorrentino à Huelva, après avoir brillé à l'AEK Athènes. Evolution du rôle Pour Dino Zoff, cette crise est avant tout une crise de vocation et de mentalité. « Notre football produit peu de gardiens, admet le champion du monde 1982. C'est une amère constatation. Pourquoi ? Probablement parce que nos jeunes se détournent de ce poste. Etre gardien, cela nécessite de prendre beaucoup sur soi, de se responsabiliser au maximum. Les nouvelles générations ne semblent pas vouloir forcément les prendre à bras le corps, dans le foot ou ailleurs. » Il est aussi question d'évolution du rôle, comme le souligne, dans les colonnes du quotidien Repubblica, Silvano Martina, ancien gardien de Serie A, aujourd'hui agent de Buffon : « Les gardiens italiens n'ont peut être pas suivi aussi promptement que les autres les mutations du jeu. Mais l'on ne les a pas aidés, non plus. En Italie, on vous soumet à une pression excessive dès votre premier match. Le moindre faux pas peut être fatale, alors qu'à l'étranger les gardiens peuvent mûrir plus facilement. » Il est, en effet, difficile d'imaginer aujourd'hui en Italie l'entraîneur d'un grand club lancer un gamin dans un match de premier plan. Gigi Buffon avait, lui, débuté, à l'occasion d'un Parme-Milan AC de gala, le 19 novembre 1995. Parme et Milan étaient deux candidats sérieux au Scudetto et Gigi n'avait pas encore dix-huit ans. N'est pas Buffon qui veut ! Roberto Notarianni et Antonio Felici