












Au lendemain de la défaite, en conférence de presse, le sélectionneur de l'équipe de France s'est attaché à répondre à toutes les questions, y compris les plus personnelles, sauf à une : celle concernant son avenir à la tête des Bleus. « Cette équipe a un avenir avec une expérience intéressante. Je n'ai rien à dire sur son futur personnel. Je ne répondrai pas car ça n'a pas d'intérêt à mes yeux. Permettez-moi, pour une fois de ne pas répondre, même avec la langue de bois. » Domenech refuse aussi de parler d'échec. « Ce qui me fragilise, c'est la déception. Je ne parle pas d'échec. »
Le sélectionneur a aussi utilisé une pirouette pour échapper à la polémique sur la blessure de Patrick Vieira et la sortie médiatique de son capitaine. « Je ne crois pas que ça ait influé sur le match. C'était plutôt sain et honnête de dire qu'il n'était pas en état de jouer face à l'Italie. » Avant de responsabiliser aussi le joueur de l'Inter Milan. « Pat est un élément important. On a tout fait pour l'amener le plus loin possible. Ça été fait en collaboration avec lui, on a géré ensemble. On pensait à chaque fois qu'il pouvait jouer le match qui allait suivre. On a tout fait en concertation. Mais je comprends le joueur. Quand ça ne va pas assez vite, on se dit toujours que ça pourrait être mieux. Je ne suis pas médecin, je ne sais pas s'il est possible de soigner quelqu'un plus vite que le temps qui est nécessaire. »
Le patron des Bleus est aussi revenu sur l'ambiance au sein du groupe France et les multiples accrochages qui auraient rythmé le séjour tricolore à cet Euro. « L'objectif à travers les âges est de tuer celui qui est au-dessus. Ce n'est pas un manque de respect. C'est comme ça que ça marche partout. Quand on a 20 ans, les veux sont des vieux cons. Inversement, pour les anciens, les jeunes sont toujours des petits cons. » Mais Domenech n'oublie pas de rendre un hommage appuyé à Lilian Thuram. « Je tire un grand coup de chapeau à Thuram. C'est un grand monsieur du football. Je suis admiratif de son comportement. Lilian est hyper honnête. Il a été capable de dire ses limites sur sa faculté à enchaîner. »
Domenech revendique ainsi le mélange de générations comme un élément vital de la réussite française passée et à venir. « Il y a des cadres qui doivent transmettre l'esprit de l'équipe de France. C'est un relais, un passage de témoin. Ça fonctionne dans les bons comme dans les mauvais moments. C'est aussi à travers la défaite qu'on apprend. On prend encore plus conscience de l'exigence. C'est la continuité de l'équipe de France. Je ne regrette rien dans l'organisation de ce passage de témoin. L'équipe de France est éternelle, les joueurs ne le sont pas. »
En fait, Domenech ne concède que deux erreurs. L'une majeure : « Je n'ai pas bien maintenu l'objectif que je m'étais fixé au départ : la Coupe du monde 2010. C'était une erreur de communication. » L'autre, plus bénigne, sur sa demande en mariage à l'antenne juste après l'élimination des Bleus. « Excusez-moi d'avoir eu un moment d'humanité et de dire aux gens que j'aime, que je les aime. C'est peut-être une erreur de communication, je n'ai pas réfléchi. J'aurais peut-être dû garder ma carapace de sélectionneur. C'était un moment de sincérité, une impulsion mal maîtrisée. » Réputé pour sa froideur, on a senti le sélectionneur prompt à aller sur le terrain des émotions, dans la foulée de sa conférence de presse après le départ des sept joueurs non retenus après le stage d'avant-Euro, et donc de sa malheureuse demande en direct. « J'ai vu des joueurs en larme, d'autres qui jettent leurs chaussures. Tout le monde a vécu sa déception à sa façon. J'ai vécu un vrai bon moment avec les supporteurs. On a eu envie d'aller les voir, de partager, ne pas fuir. »
Enfin, Raymond Domenech a tenu à souhaiter bonne chance aux deux vainqueurs du groupe C. « J'espère que les Néerlandais ou les Italiens iront au bout, histoire de prouver qu'on a été battu par des équipes valeureuses en plus d'un arbitrage pas favorable. L'Euro n'est pas fini. Je vais le suivre car il y a des choses à acquérir, à comparer. Ça fait partie de mon métier de sélectionneur. » Pour combien de temps ? Il faudra encore patienter pour le savoir.