


















Du Sporting Lisbonne à Manchester, l'attaquant portugais a su imposer son talent et son caractère bien trempé avant d'être désigné Ballon d'Or France Football. Itinéraire d'un enfant de Madère pas toujours gâté. (Photos Presse-Sports)
Son pouvoir d'accélération ne transpire pas uniquement sur un terrain. A 23 ans, Cristiano Ronaldo est aujourd'hui le meilleur joueur du monde. Mais avant de régner en maître sur la planète football, la star portugaise de Manchester United a connu une trajectoire toute en vitesse, toute en percussion. Fils de Dolores et Dinis Aveiro, le Ballon d'Or France Football 2008 a grandi à Funchal, la principale ville de Madère. C'est sur ce rocher volcanique, à 650 kilomètres au large du Maroc, que Cristiano Ronaldo touche ses premiers ballons. Débuts au CF Andorinha, un club de quartier. Benjamin d'une famille de quatre enfants, il préfère sécher l'école pour jouer au foot. « L'instituteur voulait que je le réprimande, raconte sa mère dans L'Equipe Magazine. Moi, je ne le punissais pas. Il devait beaucoup pratiquer pour devenir un grand joueur. Si Cristiano n'était pas devenu footballeur professionnel, il se serait perdu ! Il serait certainement devenu accro à la drogue ou un truc terrible de ce genre. »
Très vite, sa vitesse et son sens du dribble sautent aux yeux. Et se monnayent. Déjà . En échange d'un jeu d'équipements, il rejoint les rangs du CD National. Il n'a que 10 ans. En quelques mois, ses passements de jambes hypnotisants sont devenus une marque de fabrique. Un émissaire du Sporting Portugal est sous le charme. L'enfant de Madère doit quitter son île, son cocon, sa famille. « Je venais d'une petite île, pas de Porto ou d'une grande ville. Et je suis arrivé seul », rappelle-t-il dans une interview le 10 février 2007.
Son accent à couper au couteau est l'objet de toutes les railleries. « C'est comme si je parlais une langue étrangère. » Son premier jour à l'école du Sporting est un calvaire. «On fait l'appel par numéro : "Numéro 5." Je me lève et je réponds: "Cristiano Ronaldo." Mon accent déclenche l'hilarité autour de moi. On se moque. Moi, je sens la nervosité monter. Je me sens mal. Et je craque. » Il menacera sa prof avec une chaise. Son talent hors norme et son tempérament de feu vont accélérer son adaptation. « Quand on me mettait en boîte, je prenais des tours. Je me mettais salement en colère. Il m'a fallu marquer mon territoire pour me faire accepter. » A 17 ans, il intègre déjà l'effectif pro. Avec une seule obsession en tête : « devenir le meilleur joueur du monde. »
Eté 2003 : l'équipe de Cristiano Ronaldo donne une leçon à Manchester United. Et le prodige portugais humilie à lui seul les Red Devils. Dans l'avion les ramenant de Lisbonne, les joueurs mancuniens implorent leur entraîneur, Sir Alex Ferguson, d'engager le phénomène. Ronaldo avait été transféré du Nacional Madère au Sporting pour 25 000 euros. Sept saisons plus tard, MU casse sa tirelire. 18 millions d'euros pour un gamin de 18 ans. Ferguson lui attribue le mythique numéro 7. Celui des Best, Cantona et Beckham. Old Trafford découvre un manieur de ballons. Mais sa forte propension à plonger agace. Aux yeux du public mancunien et des observateurs anglais, Ronaldo n'est pas un footballeur. Il n'est qu'un clown, capable de grands numéros, mais aux dribbles superflus. « A Manchester, tout le monde adore mon jeu !, se défend l'intéressé. A l'extérieur, d'accord, on me critique, on me siffle parfois. Mais je m'en fous. Je suis né dribbleur. C'est mon style, c'est ma vie. »
Ses trois premières saisons chez les Red Devils déçoivent. Les chiffres accréditent la thèse : 18 buts en 95 matches de Premier League entre 2003 et 2006. Entre-temps, il a perdu la finale de l'Euro 2004 avec la sélection portugaise, chez lui, face à la Grèce (0-1). En quarts de finale du Mondial 2006, face à l'Angleterre, il se réjouira de l'expulsion de Wayne Rooney, son coéquipier à Manchester. L'incident fait grand bruit outre-Manche, où ses détracteurs pointent du doigt son art de la provocation et son ego surdimensionné. « Quand je sens cette hostilité, je me dis que si les gens me sifflent, c'est qu'ils ont peur de moi. Et donc que je suis bon et dangereux. » Jadis collé à la ligne de touche, Ferguson lui offre davantage de liberté. Le repositionnement tactique opéré par le technicien écossais fait rapidement merveille. En 2006-2007, Ronaldo enfile les buts comme des perles (17 en 34 rencontres). Et Manchester reconquiert le trône d'Angleterre.
La saison suivante sera celle de la consécration. Malgré un Euro sans relief, Ronaldo la survole. Il n'est plus le clown qui amusait la galerie. Il est désormais un tueur : 42 buts en 48 apparitions sous le maillot rouge, un deuxième titre consécutif, une Ligue des champions, au terme d'un duel haletant avec Chelsea. Et un Ballon d'Or France Football comme récompense suprême. L'enfant de Madère est devenu grand.
Gil Baudu