CES SUPPORTERS AMOUREUX DE LEUR CLUB

«Au collège, on m 'appelait "Monsieur OM"»

Dorian n'a que vingt ans, mais il a bâti toute sa vie autour de "son" Olympique de Marseille.

Il est 16 heures ce mardi-là. Dorian ressent déjà beaucoup d'impatience. Exceptionnellement, il a la permission de ses supérieurs pour partir plus tôt de son travail afin de rejoindre Marseille. Au Vélodrome, l'OM défie Lyon en Coupe de France. Hors de question de rater ce rendez-vous. «Je bosse à Montpellier dans le Web marketing, et j'ai deux heures de route jusqu'au stade. Avec un trafic très dense, je dois partir bien en avance. Mes chefs ont compris très vite que c'était mon péché mignon. En conséquence, ils ont aménagé mes horaires pour que je puisse suivre ma passion à 100 %.» Avec l'envie de profiter du succès des siens (2-1) jusqu'au bout, Dorian rentrera ce soir-là chez lui à 3 heures du matin, avant d'embaucher seulement cinq heures après, histoire de rattraper le temps perdu la veille. Le coup de foudre remonte à août 2005. Pas encore à fond dans le ballon rond, Dorian tombe presque par hasard sur un Strasbourg-Marseille en Championnat, chez sa grand-mère, elle aussi supportrice du club olympien. Un succès (1-0), avec un but de Mamadou Niang.

Déjà plus de soixante maillots !

Mais c'est surtout le parcage olympien qui le marquera. Des chants de la première à la dernière minute lui inoculent le "virus". «Dès que l'OM jouait, il venait chez moi pour voir le match, raconte Muguette, sa grand-mère. Maintenant, sa passion est décuplée par rapport à la mienne, c'est un vrai mordu. Il collectionne tout ce qui peut être en lien avec Marseille. Il se construit un vrai petit musée.» Chez Dorian, on y entre comme dans un sanctuaire. Écharpes, casquettes, drapeaux, cartes dédicacées, mais c'est surtout sa quantité de maillots qui interpelle : près de soixante tuniques rassemblées dans une armoire spéciale. «Chaque année, j'achète deux à trois maillots. J'ai aussi commencé à rassembler des pièces de collection, les maillots de 1982, de 1987 et surtout l'indispensable, celui de 1993 !» Vrai enamouré olympien, il est également trahi par son pendentif en or où figure l'écusson du club phocéen. «Au collège, on me surnommait "Monsieur OM", appuie l'intéressé, car je venais toujours avec un vêtement aux couleurs du club. Mon prof de sport me taquinait d'ailleurs sur les résultats
«Juste avant de partir en tribune, Bielsa a pris la peine de poser son café pour venir me serrer la main. Ça m'a marqué.»
Souriant, généreux et taquin, le jeune homme de vingt ans ne possède pourtant pas l'accent marseillais. Originaire du Gard et du village de Roquemaure, Dorian s'est également pris d'affection pour la cité phocéenne. «On ressent quelque chose d'unique ici. Ça respire le football. Il y a de la fraternité et de la convivialité entre les gens.» Depuis qu'il a le permis, il se rend à toutes les rencontres à domicile. Un budget conséquent pour l'abonnement et l'essence, mais il ne s'en priverait pour rien au monde. L'OM passe avant tout, même s'il confie qu'avec son ancienne copine il avait trouvé un arrangement. Les soirs de match, l'OM avait la priorité, mais, le reste de la semaine, il était à disposition de la demoiselle.

Sa plus grosse fierté reste d'avoir pu donner le coup d'envoi de la rencontre face à Metz lors de la saison 2014-15, celle de Marcelo Bielsa. «J'ai gagné un jeu concours sur Internet. Pétri de frissons et d'émotions, j'ai tapé dans le ballon et serré la main de Dimitri Payet. Juste avant de partir en tribune, Bielsa a pris la peine de poser son café pour venir me serrer la main. Ça m'a marqué

«Comme la femme de sa vie»

Des marques et des empreintes olympiennes, il en a plein d'autres. Plus jeune, sa cousine lui avait rasé la tête pour dessiner le logo de l'OM, histoire de faire fureur pendant les vacances. À ses dix-huit ans, ses parents lui ont fait la surprise de lui acheter une voiture... bleu et blanc afin de combler ses trajets réguliers au Vélodrome. «On pourrait décrire cela comme la femme de sa vie, affirme son ami Loïc. Même si on lui montre les défauts de son club, il niera en bloc, car il veut le protéger. C'est un mélange de fidélité, d'admiration et d'identification. Il a, comme tout supporter de l'OM, un léger problème de mauvaise foi, car il est prêt à tout pour cette équipe. Dorian exporte la fierté marseillaise. Quand il peut régler la note au restaurant, il est fier d'exhiber sa carte bancaire spéciale aux couleurs phocéennes.» Si l'amour rend aveugle, le garçon rassemble bien toutes les caractéristiques du véritable fada. Il est prêt notamment à se planquer dans les toilettes pour suivre un match de l'Ohème sur son téléphone. À ses amis qui l'accusent, parfois, de dérives un peu folles, l'amoureux transi sort toujours la même réponse : «C'est l'OM...» Ce qui s'appelle aller droit au but.
Adrien Mathieu

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