LES CONFIDENCES DU JOUEUR MASQUÉ

«Il a pris de l'eau dans sa bouche, puis il l'a recrachée sur les deux poteaux»

Il joue en Ligue 1 et raconte, à visage caché, chaque semaine pour Francefootball.fr les dessous, pas toujours avouables et rarement avoués, de son métier. Le joueur masqué a choisi aujourd'hui de parler des superstitions et autres petites habitudes...

«Dans le foot, la plupart des superstitions sont fondées sur la religion. Les joueurs sud-américains et les Brésiliens en particulier sont à fond là-dedans. Il y en a de plus en plus qui rejoignent l’église évangélique. Avant de rentrer sur le terrain, ils lisent la bible et dès qu’ils marquent, ils lèvent les bras vers le ciel pour remercier Dieu. Après, il y a aussi des petites choses qui sont davantage des habitudes que des superstitions. Je connais des mecs qui rentrent toujours sur la pelouse avec le pied droit. Ils ne savent pas trop pourquoi ils le font, mais ils le font.
 
Personnellement, je ne me considère pas comme superstitieux, même si j’ai mes habitudes, moi aussi. Ce sont des petits rituels que je me suis créé tout au long de ma carrière. C’est-à-dire que j’ai un «planning de match» qui démarre la veille de la rencontre, au repas du soir. Je m’alimente et je bois de la même manière, je me couche à la même heure. Le lendemain, avant l’échauffement, je me réserve dix minutes de méditation, seul dans un coin. Je me concentre et je visualise des chemins dans le match, qui me permettent ensuite de bien faire les choses.
«Je me réserve dix minutes de méditation, seul dans un coin»
Les joueurs français, dans l’ensemble, ne sont pas très superstitieux. Ou alors, ça ne se voit pas. L’habitude généralisée, pour tout le monde en attendant le match, c’est d’écouter de la musique. En revanche, tu peux parfois voir des trucs bizarres. Un jour, avant une séance de tirs au but, j’ai vu le kiné venir à côté du but. Il a pris de l’eau dans sa bouche, puis il l’a recraché sur les deux poteaux. Ça a marché puisqu’on a gagné ! Il avait réussi son petit coup de marabout.
 
J’ai aussi un de mes anciens coéquipiers qui était considéré comme un défenseur très dur, très méchant. Il était très croyant et il priait beaucoup. Il lisait systématiquement la Bible avant chaque entraînement. Nous on se foutait de sa gueule : on lui disait qu’il demandait pardon à Jésus parce qu’il allait fracasser quelqu’un pendant la séance. Du genre : «Pardonnez-moi Seigneur mais aujourd’hui, je vais être obligé de défoncer quelqu’un.» On le taquinait.
«Pardonnez-moi Seigneur mais aujourd'hui, je vais être obligé de défoncer quelqu'un»
Les Africains, eux aussi, c’est quelque-chose. Un de mes collègues, un Malien, a plein de petits trucs pour déstabiliser les adversaires. Il passe devant eux en disant des trucs qu’on ne comprend pas, avant que les mecs tirent un coup franc ou un penalty… Comme ça marche presque à chaque fois, on se méfie de lui maintenant.
 
Le truc le plus drôle de ma carrière, ça reste un joueur qui m’a avoué une de ses habitudes, un jour. Il était attaquant. Lorsqu’il ne marquait pas en première période, il se "tapait" une branlette à la mi-temps. Quand il faisait ça, il se sentait beaucoup mieux et il marquait très souvent ensuite, en seconde période. C’était devenu une vraie habitude chez lui. Il y a aussi plein de gars qui se trouvent meilleurs s’ils ont baisé la veille. Du coup, chaque veille de match, il faut qu'ils fassent de même !»
Hugo Guillemet 
Les épisodes précédents
Réagissez à cet article
500 caractères max