PENDANT LA RETRANSMISSION DE LA FINALE DE LA COUPE DE FRANCE ENTRE RENNES ET GUINGAMP SUR L'ESPLANADE CHARLES DE GAULLE DEVANT DES DIZAINE DE MILLIERS DE SPECTATEURS. (B. Le bars/L'Equipe)
CDL - Rennes

«J'espère que l'ADN du club n'est pas de ne jamais rien gagner...» : entre palmarès vierge et petit espoir, FF prend le pouls des supporters de Rennes

C'est le sujet qui donne mal au crâne aux supporters du Stade Rennais. Sans trophée depuis 1971, le club breton est moqué pour un palmarès bien fade, avec certaines défaites ou certains événements traumatisants. Qu'en est-il chez les fans et les observateurs des rouge et noir à quelques heures de la demi-finale de Coupe de la Ligue face au PSG ?

«Mardi, je vais voir le match à Paris dans un bar rennais, je peux vous dire que si on gagne 2-0 à la 80e minute, tous les gens autour de moi diront qu'on va perdre 3-2. C'est très particulier. Même quand de bonnes choses nous arrivent, on s'attend à ce quelque chose de mal intervienne. Ce qui peut être un peu pesant.» Martin, le cœur rouge et noir depuis 28 ans, sait de quoi il parle lorsqu'il s'agit d'évoquer la disette de 47 ans du Stade Rennais, dont le dernier trophée remonte à 1971 (succès en Coupe de France).
 
Et quand on voit débarquer le club breton en demi-finales d'une Coupe de la Ligue, les vieux démons, et les cauchemars les plus traumatisants refont surface. «Les deux défaites en finale de Coupe de France face à Guingamp (2009 et 2014) font toujours un peu mal, avoue Martin, assistant parlementaire à Paris. On essaie de vivre avec ça. En demies, on espère aller en finale, mais on se dit qu'on va la perdre. C'est un peu particulier. C'est comme si on n'allait jamais arriver à atteindre le Graal ou l'orgasme du trophée.»
De tout âge, les supporters du Stade Rennais ont été durement marqués par les deux finales de Coupe de France perdues face à Guingamp, en 2009 et 2014 (B. Le bars/L'Equipe)
De tout âge, les supporters du Stade Rennais ont été durement marqués par les deux finales de Coupe de France perdues face à Guingamp, en 2009 et 2014 (B. Le bars/L'Equipe)
«Il y a aussi un état d'esprit global qui consiste à dire : on gagne, c'est bien, on perd, c'est bien»
Mais alors que manque-t-il à Rennes pour remporter enfin quelque chose ? Au-delà des titres, il y a comme une impression que le SRFC n'arrivera jamais à se stabiliser. Récemment, on croyait l'ère Gourcuff prête à installer un projet durable. Mais l'ancien entraîneur de Lorient et René Ruello, le président, ont depuis plié bagage, avec les arrivées du duo Lamouchi-Létang, et donc un club qui repart encore de zéro. «Le travail n'a pas toujours été fait comme il le faut, note Fabrice Pinel, fondateur du site rougemémoire.com. Il y a aussi un état d'esprit global qui consiste à dire : on gagne, c'est bien, on perd, c'est bien. Un certain confort qu'Olivier Létang veut révolutionner. Je ne sais pas s'il y arrivera, beaucoup ont essayé avant lui.»

Récemment, sur Francefootball.fr, Jirès Kembo Ekoko, aujourd'hui à Bursaspor et ancien de Rennes, disait : «C'est difficile de jouer à Rennes. On est tellement bien pour travailler dans cette ville et ce club qu'on ne ressent pas la pression. Et ce qui fait qu'on peut s'endormir assez rapidement (...) C'est vrai qu'un peu plus de pression pourrait changer pas mal de choses.»

Lire aussi : L'interview de Jirès Kembo Ekoko

«J'ai juste envie d'être fier de mon club»

En attendant, les supporters rongent leur frein, et tentent parfois de positiver. «On a aussi des motifs de fierté, à valoriser, reprend Martin. Le Stade Rennais est un club historique, créé en 1901. C'est quelque chose que beaucoup de monde pourrait nous envier. Le club fêtait ses 70 ans alors que le PSG n'existait pas.» «Si on y regarde bien, en Ligue 1, des clubs ont un palmarès plus faible que le nôtre ou encore plus lointain, prolonge Fabrice Pinel. Mais avec les trois finales perdues récemment, on conserve cette image du club qui s'approche, mais qui ne gagne pas. J'ai juste envie d'être fier de mon club.»
Ce qu'il manque à Rennes pour enfin se remettre à rêver ? Des matches références. Et même plus que ça encore. «Le Stade Rennais a peu de matches de légende dans son histoire. Le dernier qu'on peut retrouver, c'est en 1971 avec la victoire en demies sur Marseille en Coupe de France. L'OM était l'épouvantail de l'époque, l'équivalent du PSG d'aujourd'hui. On avait créé l'exploit.» Il y a 47 ans, le Rennes de Louis Cardiet ou Raymond Keruzoré avait sorti les Olympiens aux tirs au but avant de l'emporter sur l'OL en finale. «Depuis, il n'y a pas eu de rendez-vous qui ont autant marqué les esprits. On a connu des envahissements de terrain, mais comme il n'y a pas eu de victoire finale derrière, ces moments sont passés à la trappe. Il faudrait une trace au XXIe siècle.»

«Beaucoup de supporters sont un peu blasés»

Histoire que certains voient leur club enfin triompher, mais pas que. «Est-ce que je verrai mon club soulever un jour quelque chose, se demande Martin. Quand on y arrivera, toute la France du football verra la fête que ce sera, et le bonheur qu'il y aura. Les gens se diront ''On ne pensait pas qu'il y avait cette passion-là à Rennes''. Cette attente créera quelque chose d'assez hallucinant.» «Avant, on jouait le maintien, détaille François Denis, l'un des joueurs ayant disputé le plus de rencontres dans l'histoire rennaise (1987-1997). Maintenant que le club s'est installé en Ligue 1, c'est vrai qu'on attend le petit plus, comme goûter de nouveau à la Coupe d'Europe. Surtout avec les moyens dont dispose le club. On est un peu impatients.»

Ne reste plus qu'à attendre, en sourire (un peu) et espérer que cette série prenne fin dans un futur plus ou moins proche. «Beaucoup de supporters sont un peu blasés, conclut Fabrice Pinel. Nombreux sont ceux qui tournent ça dans une autodérision permanente, en assumant le fait de ne pas avoir de titres. J'espère que l'ADN du club n'est pas de ne jamais rien gagner...»
Timothé Crépin
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