Petites et grandes histoires du Ballon d'Or

1990 : Matthäus, cache-cache avec le Père Noël

Jusqu'à la fin de la semaine, francefootball.fr revisite des épisodes savoureux liés aux lauréats du Ballon d'Or. Troisième épisode avec le meneur des champions du monde 1990, Lothar Matthäus, aussi habile à semer les journalistes que son propre sélectionneur.

Pendant quasiment un demi-siècle, l’heureux vainqueur du Ballon d’Or a été honoré dans les jours précédant Noël, ou bien juste après. Ce qui inspira à François De Montvallon, rédacteur en chef de France Football à la fin des années 80 et au début des années 90, une comparaison savoureuse dans un de ses billets. Pour lui, le journaliste envoyé par la rédaction annoncer la bonne nouvelle au futur lauréat se transformait une fois par an en un véritable Père Noël venant offrir à un footballeur un superbe cadeau, le Ballon d’Or ! Une mission inaugurée avec la première couronne de Michel Platini, en 1983, le vainqueur du Ballon d’Or étant, jusque-là, le plus souvent averti par un simple coup de fil.
 
Mais, comme le truculent vieil homme à la barbe blanche et aux habits rouges, le messager de France Football ne pouvait pas se présenter à la porte de l’élu et lui annoncer à la cantonade: "tu as gagné !" Il lui fallu lui aussi passer par la cheminée, même si c’était dans son cas juste une image. D’où des trésors de précaution pour ne pas éveiller l’attention des médias, et donc la propagation éclaire de la divine nouvelle. Ce qui a, bien évidemment, donné lieu à des péripéties savoureuses au fil des ans. Celle concernant Lothar Matthäus, lauréat en 1990 est des plus savoureuses.

Marquage à la culotte des journalistes italiens

Le milieu allemand de l’Inter de Milan se trouvait à Stuttgart pour un match de la Nationalmannschaft, le 19 décembre 1990. Et pas n’importe quel match : le premier de la sélection d’Allemagne réunifiée. Autant dire que l’événement avait attiré du monde, rendant compliquée l’approche de Matthäus. Aidé par son correspondant en Allemagne, l’envoyé spécial de FF, Patrick Lafayette, va pourtant y parvenir au terme d’une interminable partie de cache-cache. C’est que, la veille de la rencontre, il a d’abord fallu fausser compagnie aux journalistes collés aux basques des joueurs. Puis avertir discrètement le Sieur Lothar de l’urgence de lui parler, sans éveiller les soupçons des reporters italiens qui se doutaient qu’un Français s’approchant de Matthäus en cette période avait autre chose à lui demander que de parler de la rencontre face à la Suisse, même si c’était la première regroupant des anciens de RFA et RDA. «E’ campione del mondo, farebbe un bel vincitore !», commencent à argumenter les gars, histoire de tirer les vers du nez à notre messager.
Lothar Matthaüs et Jacques Thibert. (L'Equipe)
Lothar Matthaüs et Jacques Thibert. (L'Equipe)

En catimini sur le parking

Oui, Matthäus a été sacré champion du monde (au mois de juillet précédent) et, oui, il ferait un beau vainqueur. Mais ça ne doit pas finir sur La Gazzetta dello Sport, le Corriere dello Sport ou Tuttosport avant l’annonce officielle, ou en tout cas le plus tard possible. Alors, Lothar fixe en une fraction de secondes, et discrètement, un rendez-vous: «Demain, aux alentours du déjeuner !» Facile, le Ballon d’Or ? Tu parles ! Comme Matthäus, en bon capitaine, a informé son sélectionneur, ce dernier s’en mêle et brouille les pistes: après avoir félicité le joueur devant ses camarades, Berti Vogts interdit une interview le jour même d’un match pourtant amical. «Ils feront ça après Allemagne-Suisse !» 
 
C’est mal connaître Lothar Matthäus, le plus latin des joueurs allemands. «On se voit vers 20 heures sur le parking de l’hôtel afin de se mettre d’accord sur la suite de la soirée», glisse-t-il à notre "agent secret". La suite ressemble en effet à un film d’espionnage: à l’heure convenue (enfin, avec de nombreuses minutes de retard !), le stratège nerazzurro se faufile discrètement entre les voitures stationnées au Waldhotel Degerloch. «A 500 mètres environ, il  y a un restaurant grec. On s’y retrouve dans une demi-heure

Le mauvais Grec

Super ! Sauf que la partie de cache-cache n’est pas terminée. Nos Pères Noël vont en effet poiroter beaucoup plus longtemps que prévu dans le resto grec qu’ils ont fini par trouver, non sans difficulté, en pleine obscurité, au bout d’un parc boisé. Et c’est au moment où ils commençaient à perdre espoir que "Meine Lothar" a débarqué : en fait, il les attendait dans un autre resto hellène de la zone, et avait dû traverser les bois pour rejoindre les représentants de France Football ! Matthäus réalisera l’interview du lauréat autours d’une bonne bière, assurant Patrick Laffayette de sa présence à Paris pour la remise officielle du trophée. «Je peux venir avec mon ami Andreas Brehme ?» Bien sûr, comment ne pas souhaiter voir aussi le buteur de la finale du Mondial 1990 ?
 
D’ailleurs, on ne refuse rien à Matthäus: s’étant fait voler son Ballon d’Or à son domicile en Italie deux ans plus tard, le joueur allemand aura droit à un nouveau trophée de la part de France Football. C’est Patrick Lafayette qui le lui remettra, toujours à Stuttgart, et toujours avant un match face à la Suisse. Cette fois sans partie de cache-cache !
 
Roberto Notarinanni
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