10/02/2012 à 16:21
 
 
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CAN - Zambie

Renard : «On n'a peur de personne»

(EQ)

Disponible et affable, Hervé Renard, le technicien français de la Zambie, a pris le temps de s'adresser aux médias vendredi matin. Voici les meilleurs moments de son intervention, du côté de la résidence hôtelière sécurisée de Nzeng-Ayong, en périphérie de Libreville... (Photo Presse-Sports)

«Hervé Renard, quelle est l'histoire de cette chemise blanche que vous portez tout le temps en match ?
Lors de la CAN 2010 en Angola, je portais la chemise blanche contre la Tunisie, on a fait nul. Le match d'après, j'étais en bleu et on à perdu contre le Cameroun. En fait, je porte deux chemises blanches, mais vous n'êtes pas nombreux à l'avoir noté !

N'avez-vous pas été agacé que l'on parle constamment de vous comme de la surprise de cette CAN ?
On croyait en nous, et on n'a jamais cessé de répéter qu'on voulait faire mieux qu'en 2010, donc obligatoirement une demie. On était conscients de pouvoir y arriver. Notre travail nous a permis de franchir un pallier supplémentaire. Mais ce n'est en aucun cas une surprise pour nous.

Après la victoire sur le Ghana (1-0) en demie, vous êtes resté très calme. Pourquoi ?
Hormis les deux Serbes, je connais tout l'encadrement des Black Stars, avec lesquels j'ai vécu la CAN 2008. Je les respecte tous, alors je n'en ai pas rajouté.

«Ce que je vis, c'est un peu une revanche»

Le grand public ne vous connaît pas bien. D'où venez-vous exactement ?
J'ai été formé à l'AS Cannes, et joueur en D3. J'ai commencé à coacher assez jeune, en 2000. J'ai connu des hauts et des bas. Quand j'ai commencé en CFA2 avec Draguignan, j'avais monté mon entreprise de nettoyage avec ma femme. Je me levais à 3 heures du matin, 5 jours sur 7. C'était difficile. J'ai fait ça pendant 8 ans. Je nettoyais les parties communes dans des résidences, je sortais les poubelles, c'était difficile. Alors, jouer la Côte d'Ivoire, qu'est-ce que c'est facile !

On vous sent un peu amer, parfois, quand vous évoquez votre parcours...
Oui, un peu sans doute. En tout cas, je n'oublierai pas ceux qui me critiquent si on s'impose dimanche soir. Ce que je vis, c'est un peu une revanche, je suis un battant et je me suis forgé une carapace. Je sais aussi que si, à la CAN 2013, on est éliminés au 1er tour, les médias me critiqueront durement. Après, j'ai horreur des préjugés. On pense que j'ai la grosse tête parce que je suis comme je suis. Je suis sûr qu'une grande partie des gens pense ça.

Entre la CAN et vous, c'est une histoire qui roule, non ?
C'est ma troisième CAN et j'adore cette compétition. J'étais à l'USM Alger où je bénéficiais d'un excellent contrat, mais j'avais inclus une clause me permettant de partir si une sélection se manifestait.

«Je ne suis pas le nouveau Sorcier blanc»

Vous considérez-vous comme un nouveau «Sorcier Blanc», à la Philippe Troussier ou Claude Le Roy ?
Mais non ! Je ne suis pas le nouveau Sorcier blanc. Quant à Claude, si je viens à gagner cette CAN, il en a disputé six, joué deux finales pour une victoire, et toujours atteint le second tour. Alors, face à lui, je ne pèse pas lourd !

Espérez-vous revenir entraîner en France ?
Je n'exclus pas l'idée de revenir un jour dans mon pays d'origine, mais pas dans n'importe quelles conditions. Ce que je vis ici, je ne suis pas sûr de le vivre dans la plupart des clubs français.

Revenons à la finale : craignez-vous ces Eléphants ivoiriens ?
Non, nous les respectons. Nous n'avons peur de personne. On connaît la qualité des Ivoiriens. A titre personnel, je n'ai jamais perdu contre eux : victoire 3-0 à Abidjan en ouverture du CHAN 2009, avec la Zambie, et en 2008 avec le Ghana, comme adjoint, pour la 3e place (4-2) à Kumasi. Donc, jamais deux sans trois ! Après, ce sont eux les favoris. Ce que je ne veux surtout pas entendre dimanche soir, c'est des choses du genre «Bien joué quand même» !

Les Ivoiriens n'ont encaissé aucun but jusqu'à présent...
On peut perdre une CAN en ayant la meilleure défense et la meilleure attaque, c'est possible !

«On est venus honorer l'équipe de 1993»

Que ce soit la Zambie ou la Côte d'Ivoire, les deux équipes sont là avec une mission...
La Côte d'Ivoire en tant que pays a connu en interne des moments très difficiles en 2011 ; quant à nous, nous sommes ici pour quelque chose de spécial, on est venus honorer l'équipe de 1993, disparue dans un accident d'avion. La seule chose qui compte, c'est de rapporter le trophée chez nous.

Quels ont été vos meilleurs moments avec les Chipolopolo ?
Ceux passés à Chililabombwe, où on jouait nos matches à domicile. On était basés à 50 kilomètres de là, à Kitwe, et on faisait les trajets en bus. Je me souviens de tout : les écharpes, les drapeaux sur la route, la ferveur de nos supporters. J'imagine comment cela doit vibrer là-bas ce moment.

Pour qui sera votre ami Sébastien Desabre, l'entraîneur de l'ASEC ?
Justement, il m'a envoyé un texto ! Mais je ne souhaite pas le mettre en porte-à-faux !

«Si on gagne, j'aimerais trouver un endroit calme...»

On vous sent vibrer à l'avance pour cette finale...
Vivre de tels moments, j'aurais payé pour les vivre. L'argent, les primes, dont j'ai entendu parler par médias interposés, on verra ça après.

Cette finale de CAN doit vous donner des idées, comme celle de disputer la Coupe du monde 2014, non ?
C'est en tout cas l'objectif de notre président de Fédération, Kalusha Bwalya. La Zambie n'a jamais participé à cet événement. Ce serait l'apothéose mais dans notre groupe, le Ghana est le grand favori.

Que ferez-vous en cas de victoire ?
J'aimerais trouver un endroit calme, pour y boire un petit capuccino, là où il n'y a pas grand monde pour repenser à tout ça. »

Propos recueillis par Frank Simon, à Libreville

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