andriatsima (faneva ima) (MONS/L'Equipe)
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Andriatsima, le patient malgache

Arrivé en France à 23 ans, Faneva Andriatsima a longtemps végété en National avant de crever l'écran à Créteil depuis un an. L'attaquant malgache, qui affronte Lens ce vendredi (20h00), estime avoir eu besoin de ces années d'adaptation se forger. Portrait.

C’est l’histoire d’un jeune homme porté par le destin. Un jeune homme que rien ne prédestinait à une carrière professionnelle, loin de là, quand à 23 ans, on lui a proposé de quitter Madagascar, son île natale, pour le FC Nantes. «C’était inespéré, se souvient Faneva Andriatsima, 29 ans aujourd’hui et auteur de dix-sept buts en Championnat depuis son arrivée à Créteil à l’été 2012. J’étais vraiment surpris. Moi, je voulais partir à La Réunion, je pensais qu’il était trop tard pour signer pro.» Arrivé chez les Canaris avec un autre Malgache, Paulin Voavy (aujourd’hui à Colomiers), Andriatsima vit son rêve à fond et dispute cinq matches de L2 en six mois, avant de partir en prêt à Cannes (seize matches, quatre buts). «Ce qui m’a marqué, c’est son respect, explique Stéphane Moreau, ancien entraîneur de l’équipe réserve du FCN. Ç’a été un bonheur. Il est arrivé avec une telle envie d’écouter, d’apprendre... C’était une opportunité extraordinaire pour lui. Il avait déjà une bonne partie de ses qualités, mais il n’était pas forcément dans la culture du jeu de chez nous. Il a mis un peu de temps, c’est logique, mais je ne suis pas surpris qu’il ait fini par sortir de l’ombre. Il a quand même traversé des étapes difficiles !»

Relégué en CFA en tant que... latéral gauche

Entre son arrivée en France en 2007 et sa véritable éclosion l’an passé, le temps a donc passé. Et Andriatsima a galéré. Nantes ne l’a pas conservé, et l’attaquant a voyagé entre Boulogne (2008-2009), Amiens (2009-2010) et Beauvais (2010-2012). Autant de saisons galères, la plupart loin de sa famille (qui n’a pu rejoindre la France qu’en 2011), et achevées par une descente en CFA avec une quinzaine de matches disputés au poste de … latéral gauche. «On jouait à cinq derrière, et je l’ai fait pour tenter d’aider l’équipe à se maintenir. On avait plusieurs avant-centres, mais personne pour faire les allers-retours sur le côté gauche…» Le bilan après cinq saisons dans l’Hexagone n’était pas reluisant (dix-huit buts au total), mais Andriatsima en a profité pour parfaire son apprentissage. «J’avais besoin de ces années pour me former, pour progresser au niveau tactique notamment. Je savais que j’avais le niveau pour jouer eu moins en National, mais c’était difficile de trouver un club. Et puis Créteil s’est présenté et m’a proposé un essai…» Depuis, celui qui avait envisagé de quitter son pays d’accueil crève l’écran à la pointe de l’attaque d’une équipe qui ne vit que par le jeu.
«Le maintien est vital pour le club et pour nous tous, parce que ça prolongerait automatiquement notre contrat.»
Sous la houlette de Jean-Luc Vasseur, Faneva Andriatsima (re)devient un point d’ancrage pour ses partenaires, et trouve la régularité face au but. Sa capacité à jouer aussi bien dos au but que dans la profondeur est un bonheur pour ses partenaires. «J’ai encore une petite marge de progression, estime-t-il cependant. J’espère atteindre mon plafond. Je vais bientôt avoir 30 ans, c’est peut-être la saison ou jamais pour moi.» Auteur de trois buts en six journées, l’international malgache assure ne pas se fixer d’objectif chiffré, et ne se considère pas comme un candidat au titre de meilleur buteur. «Il faut qu’on se maintienne, peu importe qui marque. De toute façon à Créteil on peut tous marquer ! On est l’avant-dernier budget du Championnat, le maintien est vital pour le club et pour nous tous, parce que ça prolongerait automatiquement notre contrat.» Quand on a autant galéré, il est plutôt logique de se concentrer sur l’essentiel. Et une chose est sûre avec Faneva Andriatsima, c’est que même s’il vise plus haut, il n’oubliera pas d’où il vient. Stéphane Moreau en a fait l’expérience cet été, à l’occasion d’un match amical : «Quand vous retrouvez quelqu’un que vous avez fait venir sur le territoire, qui est en train de s’éclater, et qui vous fait sentir dans le regard qu’il est reconnaissant, ce sont des choses qu’on a envie de vivre quand on fait ce métier-là…»

Cédric CHAPUIS (@cedchapuis)
«Lachor, comme Thiago Silva» Quand on lui demande quels étaient ses modèles de jeunesse, Faneva Andriatsima répond du tac au tac. «Bergkamp et Trezeguet. En 1998, Bergkamp était trop fort ! Ensuite j'ai découvert Trezeguet en équipe de France, qui marquait dès qu'il entrait en jeu... Ils n'ont pas le même profil, mais j'aimais leur intelligence, leur placement.» En revanche, lorsqu'on le questionne sur le partenaire le plus doué avec lequel il ait évolué, il se creuse les méninges, avant de lâcher : «A Nantes j'étais avec Heinz, Klasnic, Da Rocha, Abdoun, Bagayoko... Mais je jouais plutôt avec la réserve. A Boulogne, Yoann Lachor m'avait impressionné. Un défenseur très technique, à la Hilton ou Thiago Silva. Il apportait beaucoup dans la construction, c'est lui qui déclenchait le jeu. Lesage ? Je ne voulais pas le citer, après il s'enflamme ! Mais c'est vrai qu'il est impressionnant...» - C.C.
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