diabate (cheick) (N.Luttiau/L'Equipe)
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Cheick Diabaté (Osmanlispor) : «Je ne peux pas vivre sans l'Afrique et la France»

Voici la deuxième partie de notre interview avec Cheick Diabaté. L'ancien joueur de Metz ou de Bordeaux, actuellement en Turquie, évoque ses racines, sa personnalité pas comme les autres mais aussi son rapport très fusionnel avec la France.

«Savez-vous que votre nom revient sans cesse sur les réseaux sociaux ?
Ça me fait plaisir d'entendre ça. On a tous besoin d'être aimé. Moi aussi je pense à tous ces gens qui envoient des messages.
Seriez-vous d'accord pour dire qu'il y aurait besoin de plus de Cheick Diabaté dans le foot ?
Il y a plein de choses qui dépendent de la manière dont on voit la vie. Moi, je veux passer de bons moments ensemble. Quoiqu'il arrive, on sait ce qu'il peut arriver à la fin. À un moment, il y a la mort qui va intervenir. Quand on sait ça, je me dis pourquoi ne pas être souriant, rigoler entre nous, se taquiner, s'accepter, se pardonner. Ça, c'est ma façon de voir les choses. Bien sûr que j'aimerais que beaucoup de joueurs de foot entendent ça. J'essaie donc de faire passer des messages. La tolérance, la solidarité... Depuis tout petit, j'ai toujours entendu que "l'union fait la force", donc pourquoi ne pas se mettre ensemble pour faire de bonnes choses ?
«La différence entre deux personnes vient de ce qu'elles ont dans leur coeur»
D'où vient cette mentalité que vous avez toujours eue ?
Ça vient beaucoup de mes parents. Mon père était transporteur, alors que ma mère était à la maison pour s'occuper de nous. Ils pensaient comme ça. Quand j'étais petit, j'ai fait l'école coranique. Là-bas, on me disait qu'il n'y a pas de différence entre les êtres humains, que ce n'est pas la couleur de peau qui fait la différence, ni la taille, ni l'apparence physique. Non, la différence entre deux personnes vient de ce qu'elles ont dans leur cœur. J'ai grandi comme ça. Il y a aussi le fait que j'ai perdu ma mère, ce qui a été très dur pour moi. Là, j'ai compris qu'il y avait la mort à un moment donné. J'ai donc essayé de respecter tout ce qu'elle m'a inculqué. Avant d'arriver en France, avec mon père, ils me disaient "on veut que tu respectes ton entraîneur comme tu nous respectes nous". Partout où tu te trouves, il faut s'adapter, trouver les codes, comprendre comment ça se passe pour ne pas manquer de respect aux autres. Mais c'est aussi grâce à la France que j'ai compris tout ça. La France m'a également éduqué.
 
Retournez-vous souvent au Mali ?
Tout le temps. J'ai besoin de ça. Il faut que le soleil me tape un peu (il sourit). Ça me donne la rage pour faire trembler les filets.

«À Lille, j'étais à l'hôtel, seul, c'était un peu difficile»

Vous rappelez-vous de votre premier voyage en France ?
C'était en 2002 ou 2003. Je suis parti à Nice pendant un mois pour aller jouer le tournoi de la Francophonie minimes avec l'équipe nationale du Mali. On avait 13 ou 14 ans. On avait même gagné, et j'avais fait un beau tournoi. Ensuite, j'y suis revenu en 2006 pour aller faire un essai à Lille pendant une semaine. J'étais à l'hôtel, seul, c'était un peu difficile. Après, je suis arrivé au centre de formation de Bordeaux. Ça a commencé comme ça. Pourtant, j'ai mis du temps à m'adapter. Six mois après, je suis retourné au Mali pour les vacances. Je me suis expliqué avec mes parents. Je leur disais que c'était trop difficile et que je préférais rester avec eux. Ils m'ont alors dit : "mais Cheick, est-ce que tu veux jouer avec l'équipe nationale du Mali ? Est-ce que tu veux aider ton pays ?" Je leur ai répondu que oui et ils m'ont alors signifié que je devais accepter ça, que j'aille jouer avec Bordeaux. Ils ont rajouté : "tu as deux ans de contrat avec la CFA, montre-nous que tu peux faire quelque chose et fait tout pour signer un contrat pro." Ça m'a beaucoup aidé et j'ai compris que je n'avais pas le choix.
 
Après ces vacances, comment avez-vous réussi à vous adapter définitivement ?
(Il rit) À Bordeaux, j'ai trouvé quelqu'un qui était un père pour moi, mais lui ne le savait pas. Il s'appelait Guy Dubois. C'est lui qui gérait tout. Ensuite, j'ai aussi considéré le centre de formation comme une maison et les jeunes qui étaient avec moi comme mes frères. Dans ma tête, on était tous des frères. C'est comme ça que je me suis adapté. Quand on mangeait ensemble, j'avais l'impression qu'on mangeait en famille. Et les deux cuisinières étaient en quelques sorte les mamans. Mais personne n'était au courant de ça, c'était mon secret intérieur, et je me sentais très bien comme ça.
Pour sa première saison en L1 avec Bordeaux, Diabaté avait notamment inscrit le but de la victoire face au PSG (1-0). (FEVRE/L'Equipe)
Pour sa première saison en L1 avec Bordeaux, Diabaté avait notamment inscrit le but de la victoire face au PSG (1-0). (FEVRE/L'Equipe)

«L'Afrique est ma maison, la France est mon pays»

Plus tôt dans cette interview, vous disiez que la France était votre pays...
La France me manque. Quand j'étais petit, j'avais une façon de voir les choses. Je me disais, le Mali est mon pays, l'Afrique est mon continent. Depuis que je suis venu dans l'Hexagone, je l'aime tellement que l'Afrique est ma maison, alors que la France est mon pays. Je ne peux pas vivre sans l'Afrique et la France. Évoluer en France, c'est comme si j'étais chez moi. Je ne peux donc pas dire que je n'ai pas envie de jouer là-bas, c'est impossible.
 
Suivez-vous toujours les performances de Metz ?
À Metz, mon objectif était d'aider le club à ne pas descendre. Des gens m'ont même déconseillé d'y aller. J'ai dit "non, on va tenter le coup". Surtout que je supportais déjà un peu le club avant à cause de certains amis qui ont joué à Metz. On ne m'en avait dit que du bien. Du coup, je passe un petit bonjour à tous les supporters. Je suis au courant de tout ce qu'il se passe là-bas, des résultats. J'ai même vu des vidéos du public qui m'ont fait énormément plaisir. Une chose est certaine : je porte ce club dans mon cœur jour et nuit. Sans oublier Bordeaux et Ajaccio. Je regarde parfois le Championnat français. Mais quand je n'ai pas le temps, je regarde tous les résultats de Metz, Bordeaux et Ajaccio, ça, c'est obligé.
«Mon jeu n'est pas basé sur la vitesse, ça, d'accord, mais dire que je ne suis pas technique est une grosse erreur.»
Votre très belle deuxième partie de saison dernière a-t-elle été une revanche intérieure au sujet des nombreuses critiques dont vous avez pu être l'objet par le passé ?
Non, même pas. Dans la vie, pour avancer, il faut accepter les critiques. Quoi qu'il arrive, la vérité va se savoir. Pas mal de gens m'ont jugé sans me connaître, sans savoir qui je suis. Un jour, comme j'aime bien rigoler avec tout le monde, à Bordeaux, un journaliste m'a dit : "Cheick, tu as marqué, mais tu aurais pu marquer plus." En plaisantant, je lui ai lancé que je n'étais pas technique comme lui. Du coup, tout le monde a dit que je ne l'étais pas ! Mais non ! C'était pour le taquiner. Quand on parle technique, il faut avoir la technique de ton poste : savoir contrôler, être bien placé devant le but, avoir la capacité de marquer, ça c'est la technique de l'attaquant. Mon jeu n'est pas basé sur la vitesse, ça, d'accord, mais dire que je ne suis pas technique est une grosse erreur.
 
Donc c'est loin de vous toucher...
Qui n'a jamais été critiqué ? Personne ! Il ne faut pas prendre ça mal. Si on te critique, ça veut dire que tu peux faire plus. Je n'ai jamais calculé le fait qu'on me critique. Et il suffit de regarder les stats, et c'est là que tu vois la vérité. À Bordeaux, à part Pauleta, pas un autre attaquant n'a marqué plus que moi. Donc je n'ai pas vraiment besoin de me défendre. Quand je jouais aux Girondins, je me battais sur le terrain parce que j'aimais ce club. Je ne peux pas l'oublier. Je l'aime trop, encore aujourd'hui. La base de Cheick Diabaté vient de là-bas. Je ne suis pas rancunier, le passé est le passé, il faut penser à autre chose...»
Timothé Crépin

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