Cheik Diabate Osmanlispor  crédit : www.osmanlispor.com (L'Equipe)
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Cheick Diabaté (Osmanlispor) : «Tout le monde est averti : j'ai la dalle»

Disparu des radars alors qu'il est toujours sous contrat avec Osmanlispor, Cheick Diabaté a accordé une heure d'interview à FF. Voici la première partie, consacrée à sa situation actuelle et à la Turquie où il vit actuellement. Une chose est sûre : il a hâte de rejouer. (Crédit photo : www.osmanlispor.com)

«Cheick, on vous a quitté avec 8 buts en 14 matches avec Metz entre janvier et mai 2017. Depuis, vous êtes retourné à Osmanlispor, à qui vous appartenez. Sauf que vous n'avez toujours pas joué cette saison...
En ce moment, je ne joue pas parce que le club a compris que je voulais partir. Je ne l'ai pas caché. Cela a été accepté, sauf qu'à chaque fois que mon clan et moi avions des propositions, le club demandait encore plus d'argent.
 
Par quels clubs avez-vous été sollicité ?
Je n'ai pas envie de parler des clubs, mais je peux vous dire que c'était pas mal (il sourit.). J'ai eu beaucoup, beaucoup, beaucoup d'opportunités. Avec la possibilité d'aller jouer en Angleterre, en France, en Italie, en Espagne, au Qatar... Ça ne m'était jamais arrivé. Mais toutes les conditions n'ont pas été réunies (pour un départ). J'ai vu que c'était compliqué, et, avec mes agents, on a donc dit non, pour le moment, à ces clubs. Je n'ai pas voulu leur dire de compter sur moi pour ensuite ne pas venir jouer chez eux. Le moment est passé. Et à la fin (du mercato), j'ai décidé de rester ici (NDLR : il est également question d'une prime importante jusque-là non réglée par le club d'Osmanlispor au joueur). J'ai un contrat ici jusqu'en 2019.

«Je suis quelqu'un qui croit au destin»

Comment gérez-vous cette situation ?
Ça ne fait pas du tout plaisir. Ça fait mal puisque j'ai eu beaucoup de possibilités pour partir. Mais je suis là, et je vais bien, tout simplement. Je m'entraîne comme il le faut, je fais des exercices physiques et athlétiques en salle. Oui, je suis quelqu'un qui aime jouer au foot. Et en tant qu'attaquant, on a besoin de marquer des buts. Mais c'est pour ça que je m'entraîne : j'ai envie de marquer avec d'autres couleurs.
 
Cela vous freine dans votre carrière et dans votre progression...
Ça peut être une erreur, mais moi, je suis quelqu'un qui croit au destin. Donc à un moment donné, rester en Turquie fait peut-être partie de mon destin. Rien n'est perdu, des projets sont en cours. Et pourtant, je m'entends très bien avec le président du club d'Osmanlispor. J'ai une relation privilégiée avec lui. C'est un passionné et une personne très riche humainement.
 
Du coup, on imagine que vous attendez le mercato d'hiver avec impatience ?
Oui, et c'est aussi pour ça que je suis motivé pour m'entraîner, car je sais que si je pars dans un autre club, ce sera une mission pour confirmer et démontrer ce que je sais faire. Tout le monde est averti : j'ai la dalle. Les filets vont bientôt trembler, j'en ai envie, ça me manque.
«Passez le message : si quelqu'un veut venir ici, du moment que je suis là, n'importe quel Français peut se mettre dans la tête qu'il vient chez son frère. Je suis là, sans problème.»
Quelle destination privilégiez-vous ?
Je peux jouer partout. Je ne peux pas dire où exactement. Il suffit qu'il y ait un peu d'amour pour le club et ça y est, c'est parti.
 
En attendant de partir, racontez-nous votre expérience en Turquie...
Je n'ai pas de regret d'y être venu. Je connais beaucoup de personnes ici, les gens me respectent, je me sens bien.
 
Quand on évoque la Turquie, on parle beaucoup d'Istanbul, mais très peu d'Ankara, la capitale. À quoi ressemble cette ville ?
C'est une ville vraiment magnifique. J'ai l'impression qu'ils aiment bien les étrangers. Et j'habite dans un grand appartement où je peux presque tout faire à pied. J'ai même une salle de sport juste en bas de chez moi, avec une grande piscine. Je m'y rends quand je n'ai pas entraînement l'après-midi. Et en Turquie, quand on aime bien manger, on est bien. Il y a des restos partout. J'aime bien la vie ici. Passez le message : si quelqu'un veut venir ici, du moment que je suis là, n'importe quel Français peut se mettre dans la tête qu'il vient chez son frère. Je suis là, sans problème. Je connais bien la ville. Bon, par contre, là, l'hiver va commencer bientôt, et ici il fait très froid, c'est impressionnant. Il neige très fort, c'est dur.
 
Un vrai guide touristique, ce Cheick Diabaté...
(Il rit) On peut dire ça. Je connais des Français ou des Turcs installés ici qui parlent français. Je m'entends également bien avec Adrien Regattin (son coéquipier à Osmanlispor, ancien de Toulouse), c'est un frère. Ça nous arrive de sortir. Je ne m'ennuie pas.
 
Avez-vous eu le temps de visiter le pays ?
J'ai visité quelques endroits d'Ankara, mais je ne connais même pas les noms donc je ne pourrais pas vous dire. Sinon, comme c'est à 40 minutes d'avion, je suis allé quelques fois à Istanbul. On m'a aussi parlé d'Antalya où, apparemment, la ville est magnifique. C'est là-bas que jouent Eto'o, Menez, Nasri...

«Les Turcs aiment trop le foot»

Avez-vous également pu apprécier la ferveur des supporters locaux ?
Les Turcs aiment trop le foot. Quand on est joueur ici, tout va bien. Si je sors de l'entraînement et si je m'arrête dans une station pour prendre du carburant, il suffit de voir une tenue d'Osmanlispor, et c'est parti. Ça me fait un peu penser à l'Afrique parfois. Chez nous, quand on joue pour l'équipe nationale, c'est rare de nous croiser dans la rue. Donc, dès que c'est le cas, on nous parle, on prend des photos, ça fait plaisir, les gens sont contents de nous voir. À Ankara, c'est pareil.
 
Voyez-vous des différences au niveau du rythme de vie entre la France et la Turquie ?
Les Turcs sortent, ils prennent le thé partout. C'est peut-être ça qu'on n'a pas en France : en Turquie, ils sont très famille, et sont tous ensemble. En fait, la Turquie, c'est entre l'Afrique et la France. Mais, quoi qu'il arrive, la France, c'est mon pays. Je ne peux pas comparer avec un autre.
«J'ai toujours du mal à comprendre pourquoi on fait la guerre»
Vous habitez à 700 kilomètres de la frontière syrienne, où se passent les événements dramatiques que l'on connait. Est-ce quelque chose à laquelle vous vous intéressez et qui vous touche ?
Bien sûr que ça me touche. J'ai toujours détesté la guerre. Franchement, j'ai du mal à comprendre. Personnellement, je ne pouvais pas être dans l'armée, je ne peux pas tuer un être humain, c'est impossible. Je suis contre la guerre. J'ai toujours du mal à comprendre pourquoi on fait la guerre. On a la chance d'être des humains, avec la capacité de parler, de se dire les choses. Pourquoi ne pouvons-nous pas nous asseoir, et discuter, parler entre nous pour se mettre d'accord ? On n'est pas des animaux ! Je ne peux pas supporter chaque endroit de la terre où il y a la guerre... À Ankara, en tout cas, on ne ressent pas cette situation. On a l'impression que tout va bien, que rien ne se passe. Heureusement qu'il y a la télévision et Internet pour être informé.»
Timothé Crépin
Sa personnalité à part, ses valeurs, ses parents, son Mali, la France, la Ligue 1, Metz, Bordeaux, les critiques : rendez-vous dimanche pour la seconde partie de cette interview.
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