bouanga (denis) (F.Faugere/L'Equipe)
Ligue 2 - Lorient

Denis Bouanga (Lorient) : «Plus j'agis vite, et plus il va y avoir un effet de surprise»

Au cours de la saison, l'attaquant de Lorient s'est fait remarquer pour sa technique, ainsi que des buts étonnants. Du coup, on s'est dit qu'il serait pas mal de lui parler un peu ballon, beau geste et principes de jeu.

«Denis, commençons par un exemple précis. Le 18 novembre, vous jouez contre Brest. Le score est de 1-1, et vous marquez un but assez impressionnant, d'une frappe enroulée de l'extérieur de la surface. Que se passe-t-il dans votre tête à ce moment-là ?
Je m'en rappelle très bien. En première période, je sais que j'avais aussi cette possibilité d'enrouler cette frappe, et je l'ai mise au-dessus. En deuxième période, j'ai eu la même idée. Cette fois-ci, je me suis dit : je vais la cadrer, et je vais essayer de viser le filet opposé. C'était un beau but, c'était parfait pour moi et pour l'équipe (NDLR : Lorient l'a emporté 4-2).

Comment sait-on quel est le bon moment pour tenter ce genre de geste ?
Dès que le jeu est ouvert, dès que je me dis dans ma tête que je peux le faire maintenant, bah j'y vais. Si tu le fais trop tôt, c'est mort. C'est vrai que je regarde vite, j'analyse vite, et j'essaye d'agir vite, justement. Plus j'agis vite, et plus il va y avoir un effet de surprise.

Parfois, trop temporiser peut porter préjudice ?
Ouais, voila, trop attendre. Je préfère avoir un effet de surprise, plutôt que me dire que le joueur en face sait que je vais faire ça, et donc qu'il va pouvoir réagir.

«Des fois, tu as envie de te montrer en réalisant des beaux gestes»

Le beau geste, c'est quelque chose que vous recherchez sur un terrain ?
Non, pas forcément. Après, c'est vrai qu'on a souvent envie, nous les attaquants, de mettre des beaux buts. Que ce soit un bon souvenir. On se dit "Un but, c'est un but", mais quand il est beau, c'est meilleur. Un beau but que j'ai marqué ? J'aurais dit celui contre Lens en Coupe de la Ligue (le 22 août 2017, score final 3-2 pour Lorient). C'est un coup franc, le ballon part dans la tête d'un joueur de Lens, ça revient sur moi et j'envoie une reprise de volée directement dans le but. Pour moi, là, il y a le beau geste, et le beau but dans la finalité.
Justement, qu'est ce qui a le plus de saveur : le beau but, ou le but déterminant pour l'équipe ?
(Il réfléchit.) Sur ce but en particulier, je préfère la beauté du geste. Tu peux en avoir dix et ne réussir qu'une frappe sur dix. Celle-là, elle est bien partie, je l'ai bien prise, donc je suis content qu'elle ait filé au but. Après, si c'était à reproduire dix fois, je la remettrais peut-être une ou deux fois, mais pas plus.

Et dans le jeu, on cherche le geste technique ?
Non pas forcément, j'essaye d'être le plus efficace possible. Après, si je vois qu'il n'y a rien à faire, vraiment, et qu'il n'y a que ce geste-là qui me vient à l'esprit, alors j'essaye de le tenter pour passer. Si ça marche, ça fait un beau geste, mais je continue mon action. C'est vrai que ça peut être dangereux. Parfois j'essaye de prendre des risques, de me dire : "Tiens, je vais essayer de jouer comme ça aujourd'hui, d'être simple au début, et au fur et à mesure de me lâcher un peu plus dans les dribbles." Des fois, tu as envie de te montrer en réalisant des beaux gestes. Mais de temps en temps, c'est mieux de rester simple. Il faut avoir de la variété dans son jeu, et c'est ce que j'essaye d'accomplir.

«Mon père me répète : "Pourquoi tu vas toujours sur ton pied gauche alors que tu peux aller sur ton pied droit ?"»

Simplifier votre jeu, c'est un conseil qu'on vous a déjà donné par le passé ?
On me l'a déjà dit dans ma formation mancelle. Je suis arrivé au Mans (il y a évolué en amateur) en tant que dribbleur, et on m'a dit qu'il fallait changer complètement mon jeu, alors je l'ai fait. Je suis devenu simple. C'est vrai que c'est assez difficile quand t'es habitué à dribbler beaucoup de personnes et que, d'un coup, tu changes.

Jean-Marc Ettori, le président de Tours, où vous avez joué, a dit à 20 minutes : "Le jeu des gauchers est bien connu pour être déstabilisant (...) Selon moi, le jeu de Denis décontenance facilement ses adversaires."
(Il se marre). Déjà, il s'est trompé, je suis droitier (en fait, Ettori présente Bouanga comme un gaucher ambidextre). Peut-être que c'est parce que je marque souvent, ou que je dribble souvent de mon pied gauche. C'est aussi ce que mon père me répète, il me dit : "Pourquoi tu vas toujours sur ton pied gauche alors que tu peux aller sur ton pied droit ?" Je ne sais pas du tout... Franchement, dès qu'il y a la possibilité d'aller sur l'un des deux pieds, j'y vais, puis j'essaye de déstabiliser le défenseur à ma façon en provoquant avec un tas de feintes. C'est toujours bien de savoir utiliser les deux pieds. Je ne le fais pas trop mal, j'espère le garder, et continuer à déséquilibrer des adversaires pour aider l'équipe.
«Je suis arrivé au Mans en tant que dribbleur, et on m'a dit qu'il fallait changer complètement mon jeu, alors je l'ai fait. Je suis devenu simple»
À Lorient, quelles sont les consignes de jeu qu'on vous donne personnellement ?
On me demande de varier mon jeu, justement, entre les appels en profondeur et les demandes à l'intérieur. Pour le deuxième, j'essaye d'être le plus simple possible parce que c'est dans le cœur du jeu. Dès que je fais un appel en profondeur, j'essaye de dribbler et de déclencher une frappe finale. C'est vrai qu'il faut avoir beaucoup d'automatismes. Avec mes coéquipiers, je me sens bien. À l'entrainement on est tout le temps ensemble, on sait ce que l'autre va faire à chaque fois. Pour ça, on ne s'inquiète pas. On essaye de reproduire la même chose en match, dès fois ça passe, dès fois ça ne passe pas.
Neuf buts et quatre passes décisives, tel est le bilan de Denis Bouanga en Ligue 2 sous la direction de Mickaël Landreau. (B.Papon/L'Equipe)
Neuf buts et quatre passes décisives, tel est le bilan de Denis Bouanga en Ligue 2 sous la direction de Mickaël Landreau. (B.Papon/L'Equipe)

«Landreau veut qu'on joue au foot quoi qu'il arrive»

Dans France Football, au moment de prendre cette équipe de Lorient en main, Mickaël Landreau disait que "s'approprier les choses est un processus parfois long". Quels sont les principes qu'il veut vous transmettre ?
Il veut remettre son étiquette à lui : jouer au football quoi qu'il arrive, qu'on soit en difficulté ou pas. De ressortir la balle, de continuer à jouer et d'avoir au maximum la possession. Pour l'instant, ça marche plutôt bien, j'espère que ça va continuer jusqu'au bout. Si on a la possibilité d'être dans le bon wagon et de jouer la montée, on va continuer avec cette étiquette.

Il insiste également beaucoup sur les transitions entre la défense et l'attaque.
Ouais, c'est ça. C'est vrai qu'il ne lâche pas cette consigne, pour lui, c'est primordial. On essaye de faire ça au maximum. On comprend tous que le retour défensif est le plus important. C'est ce qu'il veut dans les deux sens : attaquer c'est bien, défendre c'est aussi bien.
«J'aimerais ressembler à Neymar.» Denis Bouanga.
C'est quelque chose que vous aviez l'habitude de faire ?
Pas forcément. En partant en prêt à Tours (saison 2016-17), ce retour défensif, je ne le faisais pas. Le coach (Fabien) Mercadal m'a fait progresser sur ce critère. Et c'est ce que j'ai continué à faire dès mon retour à Lorient.

Sur quels points les Merlus peuvent-ils encore s'améliorer ?
On continue de travailler sur nos sorties de balles. C'est ce qui va donner le ton au jeu : si on le réalise bien, on peut produire du beau jeu. Il y a aussi l'efficacité, devant. Si on l'est dès le début du match, je pense qu'on se mettra dans les bonnes conditions. C'est ce qui nous manque dans ce mois de février.

Personnellement, est-ce qu'il y a un joueur dont vous appréciez le style, à qui vous aimeriez peut-être ressembler ?
Franchement, j'aimerais bien Neymar, mais c'est trop haut (rires). Dans ses dribbles, dans son efficacité aussi devant le but, dans ses coups de pieds arrêtés, c'est du top niveau. Tout attaquant aimerait avoir sa technique.»
Cindy Jaury
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