lienard (dimitri) (R.Martin/L'Equipe)
Ligue 1 - Strasbourg

Dimitri Liénard (Strasbourg) : «Je me disais que j'étais trop vieux, que c'était mort pour la Ligue 1»

Arrivé tard dans le monde professionnel, Dimitri Liénard, le milieu de terrain de Strasbourg, savoure chaque moment dans l'élite et dit sa reconnaissance à Thierry Laurey et à la Meinau. Tout en humilité.

«Malgré votre défaite face au PSG, vous avez réalisé de belles performances contre les équipes du haut de tableau. Qu'est-ce qui fait que Strasbourg se transcende contre ces formations-là ?
Dans ces matches, il faut savoir jouer au football, mais aussi avoir un état d'esprit particulier. Pour la plupart (des joueurs de l'effectif), on découvre la Ligue 1, on découvre ces grands stades. Il faut un état d'esprit irréprochable, avoir une mentalité de guerrier. Et, certes, aussi un peu de réussite. À Bordeaux par exemple (0-3), on a été réalistes. Et en face, ils ont beaucoup d'occasions. Quand on joue contre des équipes qui font le jeu, qui laissent quelques espaces, on est peut-être meilleurs sur les transitions. Et c'est vrai qu'au contraire, on a perdu beaucoup de points contre des formations qui sont dans notre catégorie.

L'an dernier, vous disiez de vous que vous étiez un "joueur moyen, un remplaçant". Quand on voit vos prestations face au PSG et à l'OM, ça tranche un peu avec cet autoportrait...
Chaque saison, je pars dans l'inconnu. Chaque saison, le coach se dit "Est-ce que Dimitri va réussir à passer ?". J'ai été en National, après en Ligue 2, puis directement en Ligue 1. C'est un autre monde. On peut forcément avoir des doutes, moi le premier, sur ma capacité à avoir le niveau. À chaque fois, j'ai réussi à élever mon niveau de jeu, à m'adapter. J'ai toujours dû me battre et travailler. Et c'est plaisant de se dire que mes meilleures prestations, ç'a été contre des grandes équipes. C'est quelque chose dont je peux être fier. C'est beau quoi !

«À l'époque, je regardais le Canal Football Club à la télé. La famille me disait en rigolant : "Tu imagines un jour si tu es là ?"»
À quel point votre parcours sinueux vous a aidé ?
Ça m'a beaucoup servi ! Il y a quelques années, je travaillais dans un supermarché, je me levais à 5h le matin. C'a été une période de ma vie un peu compliquée, mais si j'en suis là, c'est aussi grâce à ça. À l'époque, je regardais le Canal Football Club à la télé. La famille me disait en rigolant : "Tu imagines un jour si tu es là ?". Je jouais en CFA, je me disais que si j'arrivais à aller en National, ça serait déjà bien. Pareil au moment d'aller en Ligue 2. L'an dernier, avant la montée, je pensais que j'étais trop vieux, que c'était mort pour la Ligue 1, qu'il faudrait un cataclysme. Et au final, aujourd'hui j'y suis. Je n'étais jamais vraiment un joueur sur lequel on allait compter, j'ai dû faire mes preuves. Et aujourd'hui, affronter des Neymar, des Mbappé, des Cavani, c'est un rêve de gosse qui se réalise.

«Mais quand Thierry Laurey doit me terminer, il ne me rate pas»

Est-ce qu'on finit par prendre l'habitude de jouer contre de tels joueurs ?
On est toujours surpris. Neymar, quand on voit son match de mercredi... C'est extraordinaire tout ce qu'il est capable de faire. Mais il y en a beaucoup d'autres en Ligue 1. Jouer contre ces joueurs-là, c'est tellement beau...

Thierry Laurey dit de vous que vous êtes toujours dans la découverte et que c'est ça qui fait votre force. Vous êtes toujours dans l'apprentissage ?
Quand on va au Parc, c'est vrai qu'on a les yeux qui brillent. Mais, comme je dis, je suis tellement heureux de pouvoir jouer à ce niveau-là, de montrer que ce n'est pas un hasard si j'en suis arrivé là. Si j'en suis là aussi, c'est grâce au coach et son staff. Il ne nous fait pas de cadeaux. Il ne m'a jamais lâché, c'est peut-être la preuve qu'il sentait que je pouvais faire de belles choses. Mais quand il doit me terminer, il ne me rate pas. Il ne se contente quasiment jamais de ce que je fais, il veut toujours que je fasse mieux. C'est tellement rare qu'il me fasse un clin d'œil ou un petit signe pour me dire "Bien joué". Des fois, ça fait mal quand il nous reprend parce qu'on a l'impression d'avoir bien fait. Je peux vous dire que les quelques fois où il m'a regardé et m'a dit "Bravo Dim", c'est touchant. Sur le terrain, avec l'adrénaline, l'enjeu, on peut le prendre un peu mal parce qu'il vit le truc tellement à fond. Après coup, il doit peut-être se dire qu'il y est allé un peu fort parfois. Mais c'est un entraîneur qui aime ses joueurs. C'est lui qui m'a replacé en 8, dans le cœur du jeu, il m'a fait découvrir pas mal de choses sur la vidéo et j'ai beaucoup progressé. Je lui en suis reconnaissant et ça me donne toujours envie de me mettre en mode soldat.
«J'ai été un supporter aussi. À l'époque, je savais ce que c'était de se lever le matin et d'aller travailler donc j'ai un grand respect pour ces gens-là»
Vous êtes un des milieux strasbourgeois qui défend le plus, et parallèlement, vous êtes le joueur qui créé le plus d'occasions. Qu'est-ce que vous préférez faire ?
Je veux surtout me rendre utile pour l'équipe. Je cours énormément, à chaque match je fais facilement une moyenne de 10 kilomètres. Ne pas toucher le ballon pendant cinq minutes, ça me dérange un petit peu. J'essaye de me mettre en confiance en touchant le cuir. Je me dépense et je ne compte pas mes efforts. Je ne triche jamais.

Quelle a été l'importance du public de la Meinau lors des différentes remontées du club ?
C'est extraordinaire. J'ai vécu ça dans le virage à une époque, et ça faisait déjà du bruit. Contre Troyes par exemple (victoire 2-1), les supporters sont déjà là dès l'échauffement pour nous pousser. C'est une vraie force. Depuis que je suis là, je n'ai vécu que des saisons positives et ç'a renforcé ce lien. En Ligue 1 cette année, je n'ai pas vu un autre stade qui faisait plus de bruit que la Meinau.
Liénard et la Meinau, une relation particulière. (A.Mounic/L'Equipe)
Liénard et la Meinau, une relation particulière. (A.Mounic/L'Equipe)

«Je ne saurais pas l'expliquer mais il y a quelque chose qui se passe quand je joue à la Meinau»

Vous êtes très apprécié du public, sûrement aussi parce que vous représentez une facette du football populaire. Est-ce que vous ressentez cette identification ?
J'ai été un supporter aussi. À l'époque, je savais ce que c'était de se lever le matin et d'aller travailler donc j'ai un grand respect pour ces gens-là. Depuis que j'ai débuté en National, je n'ai jamais changé ma personnalité, je prends du temps pour les supporters, je reste franc et naturel et je pense que c'est pour ça que je suis apprécié. Il y a une certaine complicité avec le public quand je tire les coups de pied arrêtés et j'aime me sentir galvaniser, me sentir pousser. Si j'en suis là, c'est aussi grâce à ce public. La plupart de mes grosses performances, je les ai réalisées à la Meinau. Je ne saurais pas l'expliquer mais il y a quelque chose qui se passe quand je joue dans ce stade...
Vous vous verriez finir votre carrière à Strasbourg ?
J'ai trente ans, il me reste un an et demi de contrat, tout est envisageable. J'aime ce club et je me verrais bien finir ma carrière à Strasbourg. Après, si demain j'avais une opportunité de gagner extraordinairement bien ma vie, comme c'est arrivé à Khalid Boutaïb, mon ancien coéquipier (NDLR : parti à Malatyaspor, en Turquie), on verrait. Je suis arrivé tard sur le circuit, je n'ai plus 23 ans. Mais Strasbourg est dans mon cœur, donc bien sûr que j'ai envie de terminer ma carrière ici si j'en ai l'opportunité.»
Propos recueillis par Antonin Deslandes
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