De Boulogne-sur-Mer à Leicester en passant par Caen, N'Golo Kanté, sa trottinette, sa Renault Mégane et son sac à dos (LAHALLE PIERRE/L'Equipe)
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Equipe de France : De Boulogne-sur-Mer à Leicester en passant par Caen, N'Golo Kanté, sa trottinette, sa Renault Mégane et son sac à dos

Retour avec Georges Tournay et Alain Caveglia sur l'itinéraire du nouvel international français N'Golo Kanté, qu'ils ont connu respectivement à Boulogne-sur-Mer et à Caen, les précédents clubs du milieu de terrain avant de rejoindre Leicester.

Georges Tournay* (entraîneur de l'USBCO de juin 2012 à février 2013) : «Il m'a bluffé»

«Quand j'arrive, Boulogne vient de descendre en National et le club veut remonter en L2. Je regarde tous les joueurs et, après deux-trois jours d'observation, j'ai été convaincu par ce jeune garçon qui évoluait en réserve (CFA 2) depuis deux ans. Christophe Raymond, son entraîneur, m'en a dit tout de suite beaucoup de bien, que c'était un super mec dans un groupe. N'Golo était très discret mais sur le terrain il se faisait remarquer avec sa technique en mouvement, qui déjà à l'époque était de haut niveau, sa qualité de passes, de première touche toujours orientée dans le sens du jeu, vers l'avant. Et puis, sur le plan athlétique, il avait les deux qualités suprêmes : la vitesse et l'endurance. Quand on voit tout ça dès les premiers coups d'œil, on a envie de l'observer en match. Et là, rapidement, il m'a bluffé. 

Mental de fer, recalages et pain bénit

Georges Tournay, ancien entraîneur de Boulogne, où Kanté a évolué de 2010 à 2013. (ARGUEYROLLES LAURENT/L'Equipe)
Georges Tournay, ancien entraîneur de Boulogne, où Kanté a évolué de 2010 à 2013. (ARGUEYROLLES LAURENT/L'Equipe)
Ma première discussion avec lui a consisté à en savoir un peu plus sur sa vie. Il était tellement discret. Et j'ai senti un garçon très simple avec une grosse volonté de réussir. Il avait loupé quelques détections dans des centres de formation (Rennes, Sochaux et Lorient, NDLR) et je pense que ça lui a forgé un mental de fer. Parce qu'il a continué de s'accrocher. Je suis sûr qu'il avait souffert, il ne m'en jamais parlé mais il était vraiment déterminé. J'aurais pu le mettre à n'importe quel poste, lui ce qu'il voulait, c'était jouer. Je n'ai eu qu'un seul autre entretien avec lui pour qu'il m'aide à le mettre dans les meilleures conditions possibles dans l'équipe. Pour un entraîneur, N'Golo c'est du pain bénit. Il est talentueux, performant et très à l'écoute. Moi j'étais juste là pour qu'il s'épanouisse.

Trottinette, côte et Varane

Chez nous, il gagnait très peu d'argent mais il ne s'est jamais plaint. Au bout de deux-trois matches, j'ai dit au président Wattez : "Il faut tout de suite faire quelque chose pour ce gosse-là. Il mérite. On ne peut pas le laisser dans ces conditions-là." Il m'a demandé : "Pourquoi ?" Je lui ai dit : "Pour moi, il a des qualités de haut niveau." Rapidement, il a fait ce qu'il fallait mais je peux vous dire qu'il n'était pas à Boulogne pour l'argent. Quand je le voyais venir à l'entraînement à trottinette... (rires) Surtout que c'était en côte. Ça va, pour repartir, il dévalait. Je voyais qu'il était un peu gêné mais il n'a jamais dit quoi que ce soit. Quand ses coéquipiers ont vu qu'il venait à pied ou à trottinette, ils lui ont dit : "Mais N'Golo, on peut t'emmener. T'habites où ?" Ensuite, ils s'organisaient et ils le prenaient. Avec ce qu'il réalisait sur le terrain, il avait acquis un tel respect de ses partenaires... J'ai connu Raphaël Varane à Lens et, dans l'écoute, le comportement, le respect et bien sûr d ans la performance, N'Golo est dans la lignée.»

Alain Caveglia (directeur sportif de Caen) : «Il y a un petit phénomène à Boulogne...»

«Le premier à m'avoir parlé de N'Golo Kanté, c'est le père de Damien Perrinelle (ex-coéquipier de Kanté à Boulogne, qui a eu Alain Caveglia comme agent). Je m'en souviens très bien. A la fin du mois d'août 2012, il m'a appelé et m'a dit : "Ecoute Alain, il y a un petit phénomène à Boulogne, il est encore amateur. Il faut que tu viennes le voir jouer". Il y a beaucoup de personnes qui m'appellent pour me dire qu'ils ont des phénomènes à me présenter. Je lui ai donc répondu que je le verrai quand j'irai à Boulogne dans la saison. Quinze jours plus tard, il m'a rappelé en insistant, prétextant que ça valait vraiment le coup de venir le voir. J'ai donc envoyé un de nos recruteurs qui m'a dit que c'était un joueur intéressant. Je me suis déplacé personnellement en novembre. J'ai tout de suite vu qu'il était talentueux. Comme il était amateur, il a signé en janvier chez nous pour la saison suivante. Lille et Valenciennes sont venus après donc j'ai bien fait d'anticiper.

Renault Mégane, sac à dos et titre de champion

Alain Caveglia, directeur sportif de Caen, où Kanté a joué de 2013 à 2015 (LAHALLE PIERRE/L'Equipe)
Alain Caveglia, directeur sportif de Caen, où Kanté a joué de 2013 à 2015 (LAHALLE PIERRE/L'Equipe)
A l'époque déjà, il avait les qualités qu'il a actuellement. Il récupérait un nombre incalculable de ballons et jouait très vite vers l'avant. N'Golo s'est toujours mis au niveau du championnat dans lequel il a joué, voire un peu plus haut. National, Ligue 2, Ligue 1, Premier League, puis maintenant l'équipe de France, il s'intègre toujours naturellement. Par contre, là, je ne vois pas où il peut s'arrêter, je ne connais pas ses limites.
Malgré son départ en Angleterre, même s'il joue le titre, il n'a pas changé, il reste le même. Il suffit juste de le voir. Les deux anecdotes qui résument N'Golo ? Sa Renault Mégane et son sac à dos. A Leicester, il roule encore avec cette voiture qu'il avait achetée quand il était chez nous. Par contre, je ne sais pas s'il a toujours son sac à dos. Je ne pense pas car les intendants du club doivent tout lui préparer à l'avance. Mais chez nous, il avait toujours son sac à dos avec lui. Tous les matins, il arrivait avec à l'entraînement. Quand on partait en match, c'était pareil. Il n'avait pas de sac de foot, mais un sac à dos avec ses affaires dedans.

Timidité, protection et fierté

N'Golo est un garçon timide. Il ne parlait pas beaucoup. Dans le vestiaire, il était apprécié. Son physique de petit bonhomme et sa timidité faisaient que tout le monde voulait le protéger. Mais il n'avait pas besoin de ça. Malgré sa timidité, il a beaucoup de caractère et sait très bien où il veut aller. Quand on l'a recruté, on a de suite vu qu'il avait quelque chose. Je me souviens, à l'été 2013, lorsqu'il a débuté chez nous, j'ai dit à Patrice Garande (l'entraîneur de Caen, NDLR) : "Le jour où tu vas le mettre dans l'équipe, il ne bougera plus". C'est ce qu'il s'est passé. Mais arriver du National à l'équipe de France en quatre ans, jamais on aurait pu l'imaginer. C'est vraiment magnifique pour lui. C'est une vraie fierté pour le Stade Malherbe de Caen, mais c'est surtout bien pour lui. Nous, on l'a juste aidé à s'épanouir. En signant à Leicester, il partait dans le but de passer un palier mais il va jouer le titre. Il n'a pas cherché à brûler les étapes. Son parcours est à son image, il veut passer les paliers les uns après les autres. Après la sélection, ce sera la Ligue des champions, avec Leicester ou ailleurs. Son plan de carrière résume bien sa personnalité.»

*L'ancien directeur du centre de formation lensois travaille actuellement à la Fédération et dirige le pôle espoirs de Liévin (62).
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amaraf6 27 mars à 23:34

Kante est pétri de qualité .il a sa place dans l équipe de France.