Ligue 2

Erwan Quintin : «Je remercie le gars qui me met le ballon dans la gueule»

Un an jour pour jour après son terrible accident à la suite d'un duel aérien lors de Clermont-Châteauroux, Erwan Quintin (17 matches avec le Stade Lavallois cette saison) assure que tout est revenu à la normale. Enfin, à quelques opérations près.

«Un an après votre accident (fractures du nez, du plancher orbital et de la mâchoire, dents arrachées, entorse du rachis crânien et plaies aux gencives et au palais) tout est revenu à la normale ?
Oui, tout est remis depuis pas mal de temps sur le plan sportif et dans la vie de tous les jours même si j’ai encore quelques opérations à subir. Mais tout ça est derrière moi. Le fait d’avoir pu entamer une nouvelle saison rapidement, sans trop me poser de questions, m’a aussi permis de me libérer.

De quelles opérations parlez-vous ?
Il faut que je me fasse opérer de la cloison nasale (déviée depuis l’accident) et des sinus. Il faudra voir l’esthétique du nez également car j’ai pas mal de fragments d’os qui se baladent dans le nez et c’est assez douloureux. J’aurais pu attendre mais le problème est que ça empire donc il faut faire quelque chose rapidement. Cette opération est prévue en mars (trêve internationale) et j’attendrai les vacances pour qu’on me mette un implant.

Quel type d’implant?
L’été dernier j’ai eu une pose d’implant au niveau d’une dent de devant. Il y a 99,5 pour cent de chances qu’un implant prenne et le mien n’a pas pris (rires). Dans ces cas-là, il faut attendre cinq à huit mois de cicatrisation. On a remis de la greffe osseuse pour pouvoir remettre un implant donc j’ai calé ça pour l’été prochain car je ne veux pas être embêté par de la convalescence pendant la saison.

«Dès que je chope un rhume, ça prend des proportions énormes»

Au quotidien, comment sentez-vous les répercussions de l’accident ?
J’ai quelques maux de tête, je respire moins bien de la narine gauche et je fais des sinusites à répétition. Dès que je chope un rhume, ça prend des proportions énormes mais c’est parce que, depuis un an, ma cloison nasale est déviée donc je suis plus sensible aux infections. Ça ne me gêne pas au quotidien ou pour jouer au foot, c’est par période. Cela fait huit mois que je suis sous traitement médicamenteux pour mes sinus et, comme je ne vois pas d’amélioration, je suis obligé de passer par l’opération. Ce sera mieux comme ça.
 
Vous n’avez pas voulu régler tout ça avant de vous remettre au foot ?
J’étais apte à rejouer ! A partir du moment où le chirurgien de Clermont m’a donné le feu vert au 1er mai dernier, pour moi, il était hors de question de mettre le foot en stand-by. Ensuite, ça s’est enchaîné. Malgré la descente avec Châteauroux, j’ai eu la possibilité de continuer en L2 avec le Stade lavallois. Le club m’a fait confiance malgré tout ce que j’ai eu, car je ne savais pas dans quel état j’allais revenir. J’ai pu faire la préparation avec le groupe dès le début et ça m’a aidé aussi.
 
Avez-vous abordé cette préparation différemment ?
Non car, finalement, j’avais fait un gros travail de reprise avec Romaric Boch, le préparateur physique de Châteauroux. J’avais eu trois mois d’arrêt mais je continuais à courir. Allez, en tout, je me suis arrêté un mois et demi et après j’ai pu commencer à recourir, à faire du foncier, à retoucher les ballons de fin mars jusqu’au 1er mai.

«Si je dois mettre la tête, je mets la tête»

Pour votre premier match officiel, aviez-vous une petite appréhension ?
Pas du tout, j’ai pris ce match comme un autre. C’était avec la réserve de Châteauroux à domicile. Je n’avais aucune douleur au niveau crânien ou au niveau de la mâchoire donc pour moi j’étais guéri. Et ce que j’ai vécu à Clermont, ça arrive une fois… (il réfléchit) Je ne sais même pas si ça arrive une fois sur mille !
 
En match, privilégiez-vous parfois un contrôle de poitrine à la tête ?
Non. Je m’adapte à la situation, quand je suis sur le terrain et qu’il y a un ballon en l’air, si je dois mettre la tête, je mets la tête. Même si l’autre en face met son pied (rires). C’est comme ça, je suis pris par le jeu, ça m’enlève toute angoisse ou toute peur. En tant que défenseur, pour contrer des centres, à tout moment on prend le ballon dans la gueule ou sur le côté, dans la mâchoire. Ce sont des choses qu’on ne contrôle pas. Depuis que j’ai repris, j’ai pris trois ou quatre fois le ballon dans la gueule. Je me dis «bon bah c’est bon, c’est solide maintenant», je remercie même le gars qui me met le ballon dans la gueule.

«Les séquelles sont minimes et ne m'empêchent pas de jouer»

Comment vos adversaires vous regardent aujourd’hui ?
Quand je recroise des joueurs que j’ai côtoyés ou qui sont au courant de mon accident, ils me demandent si ça va ou comment je me sens. En préparation en juillet, on a fait un match amical contre Angers et Pierrick Cappelle, qui était à Clermont avant, est venu me voir. On ne se connaît pas mais j’ai senti toute sa sympathie donc ce sont des choses qui font plaisir.

Les suites de votre accident vous ont donc rassuré sur le monde du foot ?
Le foot est une grande famille où tout le monde se connaît. On sait qu’une blessure est difficile. Mon pote Sammaritano en a eu pour huit mois à cause d’une blessure (tendon d’Achille). Moi j’en ai eu pour trois mois. C’était trois mois de cicatrisation et, encore, au bout d’un mois et demi j’ai pu recourir. Après, sur le moment, on pense forcément aux séquelles. Aujourd’hui, elles sont minimes et ne m’empêchent pas de jouer et de me donner à deux cents pour cent à chaque match.

Retourner à Clermont, c’est une sorte de pèlerinage que vous devrez faire ?
(Rires) On a joué à Clermont au mois de décembre dernier et, quinze jours avant, j’ai subi une fracture du sternum à Evian. Avec le staff on avait dit qu’on verrait. La veille du match, le coach vient me voir et me dit : «C’est vrai qu’on retourne à Gabriel-Montpied (stade de Clermont), tu n’es peut-être pas à cent pour cent, tu vas rester tranquille ce week-end. Je sais que tu y retourneras forcément mais là on ne va pas prendre de risque». Personnellement, j’ai hâte de retourner à Clermont, me dire que c’était un accident comme il peut y en avoir d’autres.»
Florian Perrier 
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