Elections FIFA

FIFA : Pour (presque) tout comprendre sur le vote

C'est le jour J pour l'élection du président de la FIFA à Zurich. Qui remplacera Sepp Blatter ? Début du vote à 14h30. Stratégies, alliances, voici les clefs de ce scrutin.

Il n’y a pas eu de descente de police à l’hôtel Baur au Lac. L’élection à la présidence de la FIFA n’a pas tourné au feuilleton policier comme cela avait été le cas au mois de mai dernier. La justice suisse et le FBI n’ont pas voulu perturber le processus électoral. Ils gardent sans doute la suite de leurs investigations pour les prochaines semaines. Mais, dans la coulisse, il s’est passé beaucoup de choses dans les salons feutrés du luxueux palace où les sommités du football mondial ont leurs habitudes. Jeudi soir, Gianni Infantino et Tokyo Sexwale ont ainsi passé plus d’une heure à discuter autour d’un verre comme deux vieux amis retrouvés. De quoi ont parlé ces deux candidats à la présidence de la plus puissante fédération du sport mondial ? D’un possible ralliement de l’homme d’affaires sud-africain au secrétaire général de l’UEFA ? C’est possible, même si une telle alliance aurait peu d’influence sur le scrutin. Jusqu’à présent l’ancien compagnon de cellule de Nelson Mandela s’est surtout signalé par son sens de l’humour plutôt que par celui des réformes. Hier, lors de sa tournée des Confédérations, il a tourné en boucle des plaisanteries toutes faites du genre : «Quoi ? J’ai passé treize ans en prison et vous me donnez dix minutes pour vous convaincre ?»

Si Infantino l'emportait, le Vieux continent reprendrait les commandes

Au-delà de l’anecdote, ce rapprochement entre Gianni et Tokyo, entre l’Europe et un candidat africain qui n’a pas le soutien de sa Confédération en dit long sur les jeux d’alliance et de pouvoir qui se sont noués dans les arrières salles au cours des derniers jours. Lors de son discours aux fédérations membres de l’UEFA, jeudi après-midi, Infantino n’a été ni convaincant ni enthousiasmant. Et ses élans oratoires ont reçu un accueil poli de la part des Européens qui ont malgré tout décidé de les soutenir. Si le divin chauve des tirages au sort devenait le neuvième président de l’organisation planétaire, il permettrait au Vieux continent de reprendre les commandes du foot mondial. Et ainsi de rompre avec la vision universaliste prônée par le Brésilien Joao Havelange (1974-1998) et par son successeur Sepp Blatter, qui s’étaient constamment érigés en rempart contre les ambitions de l’UEFA de reprendre le pouvoir. L’élection du Suisse pourrait aussi servir les desseins de tous ceux – et ils sont nombreux – qui briguent la succession de Michel Platini dont la suspension a été réduite à six ans par la commission d’appel de la FIFA. Une réunion des dirigeants de l’instance européenne est d’ores et déjà prévue la semaine prochaine à Nyon pour «débriefer» l’élection à la FIFA et pour envisager l’après-Platini.

Un copier-coller du système Blatter

Cette course aux ralliements de dernière minute a accéléré une surenchère de promesses de dotations et de sièges dans les différentes commissions, voire au poste de secrétaire général, un lot de consolation très prisé. Une sorte de copier-coller du système Blatter dont les uns et les autres ont pourtant presque tous dénoncé les méthodes et les ravages. Cet élégant mais pressant chantage aux promotions et aux subventions a poussé jusqu’à la caricature le scénario de ce scrutin. Ce sera du bloc contre bloc, un choc entre les Confédérations qui ne votent mais dont les fédérations membres sont priées de respecter les consignes de vote. Deux candidats se dégagent et devraient se disputer le siège de président de la FIFA. D’un côté le très décrié Bahreïni Cheikh Salman qui se targue du soutien de l’Asie et de l’Afrique et dont les partisans sont venus manifester devant le Hallenstadion de Zurich où se déroule l’élection. De l’autre, Gianni Infantino qui est poussé par l’UEFA bien sûr mais aussi par la CONMEBOL, la confédération des pays d’Amérique du sud.
Les partisans du Cheikh Salman se sont rassemblés à Zurich. (Eric Champel/D.R)
Les partisans du Cheikh Salman se sont rassemblés à Zurich. (Eric Champel/D.R)
Combien Prince Ali obtiendra-t-il d'opinions favorables lors du premier tour, sur qui ces scrutins se reporteront-ils ?
Mais ce scrutin dominé par deux mastodontes et unique dans les annales quant au nombre de ses candidats (5), pourrait être arbitré par un troisième homme : le Prince Ali de Jordanie. Il a reçu hier le soutien de l’Australie et des Etats-Unis. Ce n’est pas un hasard, ces deux pays sont les principaux lésés de la désignation du Qatar pour accueillir la Coupe du Monde 2022. Les voix européennes ont contribué à ce choix étonnant et qui fait l’objet d’une enquête de la justice suisse, tout comme celui en faveur de la Russie pour 2018. Il était donc difficile pour les Australiens et les Américains d’appeler à voter Infantino. Le Qatar fait partie de la Confédération asiatique (AFC) dont Cheikh Salman est le président. Il était tout aussi impossible qu’il bénéficie de l’appui de ces deux grands pays anglophones. Mais toute la question de savoir pour qui les partisans de Prince Ali de Jordanie reporteront leurs voix lorsque ce dernier aurait été écarté du sprint final entre les deux favoris annoncés. Il est peu probable que le Jordanien milite pour Infantino. Il s’estime trahi et bafoué par les Européens dont il a été le candidat malheureux lors de l’élection du mois de mai. Il est tout aussi peu envisageable qu’il fasse allégeance à Cheikh Salman dont il a plusieurs fois indirectement critiqué le comportement durant la campagne. Combien Prince Ali obtiendra-t-il d’opinions favorables lors du premier tour, sur qui ces scrutins se reporteront-ils ? C’est l’une des clefs de cette élection qui débutera à partir de 14h30. Et qui ne se terminera pas avant 20 heures…
 
E.C., à Zurich 
 
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