Ligue 1 - Reims

Johann Carrasso : «Etre traité de la sorte à Metz a été un choc»

Mis de côté à Metz, Johann Carrasso a réussi à relancer sa carrière cet hiver en signant pour dix-huit mois à Reims. Le frère du Bordelais Cédric Carrasso raconte sa mésaventure messine et sa joie de retrouver goût à son métier.

«Johann, comment vous sentez-vous quelques jours après votre arrivée à Reims ?
Ce n’est que du positif. J’étais dans une situation assez délicate au FC Metz. Je ne me suis pas trop exprimé parce que je préférais tout garder en moi malgré l’épreuve psychologique que j’ai pu vivre. J’ai voulu rester concentré. J’arrive dans un club où il y a une bonne ambiance.
 
Que s’est-il passé à Metz ?
On m’a demandé de partir. C’était quelque chose d’extra-sportif. Je n’ai pas eu d’autres explications. Un matin, après la reprise, Carlos Freitas (NDLR : directeur sportif), qui venait juste d’arriver au FC Metz, est venu me dire de quitter le club. La décision de tenter l’aventure avec le jeune Didillon, avec qui je n’ai aucun souci, je l’entends, mais c’est juste que le timing n’était pas bon. Il restait deux mois de mercato, mais me faire savoir ça entre fin juin et début juillet… Je trouvais le délai un peu tardif, je suis arrivé trop tard sur le marché. Tous les clubs étaient en place depuis quasiment la mi-mai concernant le poste de gardien. J’ai accepté, j’ai été du plus grand professionnalisme possible, tout le monde pourra le dire là-bas. C’était une épreuve.
«Qu'une personne qui n'avait jamais rien fait au club me dise ça, ç'a eu du mal à passer»
Comment l’avez-vous gérée ? 
Etre écarté au point de ne pas partir en stage, de m’entraîner à part, de ne pas se sentir du tout concerné, tout ça après ce que vous avez fait et vécu dans ce club… J’ai quand même joué une centaine de matches, connu deux montées, j’avais fait partie du renouveau du FC Metz. Ç’a été dur à encaisser. Rester professionnel dans cette situation était difficile. Qu’une personne qui n’avait jamais rien fait au club me dise ça, ç’a eu du mal à passer. Après quatre ans au FC Metz, être traité de la sorte a été un choc.
 
Vous faisiez partie d’un loft avec quelques autres joueurs…
Au début, il y avait Ahmed Kashi, Jérémy Choplin et moi. Ensuite, Thibaut Vion nous a rejoints, ainsi que quelques jeunes.
 
Avez-vous tenté de chercher des explications ?
Je n’aime pas remettre la faute sur les autres. J’ai surtout essayé de prendre du recul. Il y a plein de choses que je pourrais reprocher au club. Mais je me suis remis en question car je savais très bien que ma saison en Ligue 1 n’avait pas été bonne. J’avais connu un très gros début de saison avant de me blesser. Je suis revenu ensuite au même moment où le club commençait à être en difficulté. Les cinq derniers mois, comme Metz, je n’ai pas su sortir la tête de l’eau. Je sais que je n’ai pas fait la saison attendue.

«Je ne pouvais pas croire que je n'aurai pas ma chance autre part»

Avez-vous tenté de parler au Président Bernard Serin ?
Non, j’ai préféré le laisser à ses occupations. Je pense qu’il m’appréciait, je n’ai pas eu envie de "foutre un bordel". Mais j’ose espérer qu’il était à l’origine de cette décision…
 
Où avez-vous trouvé les ressources mentales pour surmonter ce moment ?
J’ai essayé de faire ce que je n’ai jamais pu effectuer pendant ma carrière : avoir des week-ends, profiter un peu plus de ma famille, des proches. Tout en restant concentré. J’ai voulu me vider la tête. Et en voyant que rien n’arrivait, je me suis replongé dans le club pour jouer quelques matches en réserve. J’ai accompli ce que je n’avais jamais fait avant au niveau de la musculation. J’ai travaillé tous les matins, j’ai "tapé dedans" comme on dit. C’était dur de me lever, mais j’étais motivé. Je ne pouvais pas croire que je n’aurai pas ma chance autre part. Je suis donc content que le Stade de Reims se soit présenté. C’est une reconnaissance du travail que j’ai pu fournir.
 
Votre frère, Cédric, vous a-t-il aidé dans cette passe ?
Je pense qu’il était mal à l’aise en me voyant dans cette situation. Mais il m’a laissé vivre les choses.
«Ils ont fait le choix de me prendre, ils savent très bien que je suis là pour bousculer un peu tout le monde»
Est-ce qu’on a été un peu trop dur sur votre saison 2014-2015 en Ligue 1 ?
Comme tout le monde, j’ai ramassé. Ça fait partie du jeu. J’ai été conscient de ne pas avoir fait ce qu’il fallait. Je pense avoir fait de bons matches. Ensuite, début 2015, les défaites se sont enchaînées et j’ai eu quelques moments difficiles avec notamment un but casquette. Ça, vous pouvez vous le permettre quand vous êtes dans un club au très haut niveau, qui a des résultats, comme peut le faire Kevin Trapp de temps en temps. Pour nous, c’était plus délicat. Derrière, c’est difficile de rebondir.
 
Vous avez fini par rebondir à Reims. Pour vous, c’est un grand rebond ? 
Oui, un grand rebond. J’étais dans une situation tellement particulière que me sentir dans un groupe concerné au Stade de Reims, avoir un réel objectif de maintien, avec un staff à votre écoute, qui vous fait bosser, j’en suis très content. Mais je n’ai pas joué au haut niveau depuis quatre ou cinq mois (NDLR : son dernier match remonte au 23 mai 2015), ça mettra le temps que ça mettra. J’aurai des opportunités pendant un an et demi au moins pour montrer ma vraie valeur.
 
Entre Kossi Agassa et Johny Placide, où êtes-vous dans la hiérarchie ?
Il manquait un troisième gardien. Je suis là pour me donner, et si le club a besoin de moi sur le banc ou sur le terrain, je répondrais présent. Le terrain parlera. Ils ont fait le choix de me prendre, ils savent très bien que je suis là pour bousculer un peu tout le monde, montrer que je suis capable de jouer, et pousser Placide et Agassa à être encore plus performants. Tous les trois, on sait qu’on peut être titulaire. S’il y a une chance, je veux la saisir. Je veux surtout positiver, je suis content d’être là. À 27 ans, c’est un nouveau départ.»
Timothé Crépin 
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