Anniversaire

Jourdren : «Le foot est devenu une pièce de théâtre»

L'emblématique gardien du Montpellier Hérault fête ses trente ans. Pailladin depuis une décennie, Geoffrey Jourdren a accepté d'évoquer sa longue blessure, sa carrière, son amour pour Louis Nicollin, ses doutes sur Rolland Courbis, et un monde du foot qui ne le fait pas toujours sourire.

«Ce que ça vous fait d'avoir 30 ans.
Ça me fait plaisir. C’est le bel âge ! Après, honnêtement, ça ne change rien à ma vie mais c’est un beau chiffre. Ça passe vite, c’est clair. Je me rappelle encore lorsque j’avais vingt ans et que j’évoluais dans un groupe professionnel. Je me disais alors que ceux qui avaient trente ans étaient des vieux. Mais aujourd’hui, je ne me considère pas comme un vieux au MHSC. Vitorino (Hilton, 38 ans) est un vieux, mais un bon. Moi, je suis un vieux "normal". Dans ce groupe, je me comporte comme quelqu’un de normal. Si les gens veulent me donner de l’importance, c’est leur problème. Je suis un joueur comme les autres.
Ce que vous pensez de la saison de vos coéquipiers.
C’est une saison moyenne, mais qui est loin d’être terminée. Il faut vite relever la tête pour se sauver. Personnellement, j’ai joué les deux premiers matches (NDLR : face à Angers et à Rennes) avant de me blesser donc c’est forcément frustrant de ne pas pouvoir les aider, et de regarder ça avec impuissance. Mais l’arrivée du nouvel entraîneur (Frédéric Hantz) nous fait déjà du bien. C’est quelqu’un de respectable. On a pris trois points importants à Ajaccio la semaine dernière. Vous avez pu le constater depuis l’arrivée de Frédéric Hantz. On met quatre buts à Ajaccio (4-0), dont deux grâce au coach. Tout simplement. On avait un schéma de jeu à l’entraînement, un cheminement jusqu’au but qui a été reproduit sur deux buts à Ajaccio. Donc là, c’est vraiment le coach. Il a donné cette fraîcheur qui manquait à Montpellier.

«Courbis, humainement, ça se discute vraiment»

Ce que vous garderez de votre expérience avec Rolland Courbis.
Il nous a laissés au bord de la route. Il est libre, il fait ce qu’il veut, mais on va s’en sortir. Rolland Courbis reste un bon entraîneur, c’est un Mourinho français. Il a des résultats. Même si, humainement, ça se discute vraiment... Si dire des vérités blesse les gens, ce n’est pas mon problème (NDLR : en mai dernier, après un match nul face à Rennes, Jourdren avait pointé du doigt «le manque de talent» des attaquants du MHSC. Rolland Courbis avait alors décidé de se passer de ses services une semaine plus tard).
Ce qui vous manque encore pour retrouver les terrains.
J’espère rejouer rien qu’un match avant la fin de la saison. Je suis en galère (NDLR : il est blessé à l’épaule droite depuis le mois d’août). Il me manque de l’amplitude. Ça progresse très très doucement. Mes ligaments ont trop cicatricé. Je n’ai pas de date de retour, c’est en fonction de ma capacité à retrouver mes amplitudes à l’épaule. Le chirurgien est incapable de me donner une date. Je sais que ce sera long. Voilà à quoi ressemble votre quotidien dans cette galère. Je suis chez le kiné de 10 heures à midi et de 15 heures à 19 heures, tout simplement. Ça me permet d’observer les gens, c’est marrant d’ailleurs. Quand tu es blessé, les gens t’oublient vite. C’est le foot, c’est comme ça. Tu sens qu’il y a des attitudes qui ont changé. Dès que tu ne joues plus, certaines personnes se comportent différemment avec toi.
Jourdren est «amoureux de Louis Nicollin», son président. (L'Equipe)
Jourdren est «amoureux de Louis Nicollin», son président. (L'Equipe)

«Je suis un casanier de dingue»

Ce qui vous motive tous les matins à aller à l’entraînement.
Gagner des amplitudes ! Je ne suis pas Madame Soleil, je suis réaliste, il faut simplement prendre son mal en patience. Ce n’est jamais dur de se lever et d’y aller. C’est juste que tu n’y vas pas pour jouer au foot, t’y vas pour guérir.

Ce que vous aimez faire le plus en dehors du terrain.
Rester chez moi ! Dans mon canapé. Je suis un casanier de dingue. Je préfère être à la maison avec mes enfants et ma femme. 
 
Ce qui vous agace le plus dans votre métier.
Le football est devenu une pièce de théâtre. Quelque chose qui n’est pas normal, pas naturel. Les qualités de footballeur ne suffisent plus.
Ce qui vous désespère chez les jeunes footballeurs.
Je n’ai pas de souci avec eux. Je suis ami avec des jeunes et des moins jeunes, mais je ne fais jamais le vieux con en leur disant qu’il faut faire ci, qu’il faut faire ça. Nous aussi, quand on était jeune, on était comme eux. Arrêtons de dire que ce n’était pas la même chose avant. Il ne faut pas les pointer du doigt. Je leur souhaite que du bonheur pour qu’ils réussissent.
«Si je n'étais pas footballeur, j'aurais été sur les marchés avec mon frère pour vendre des fruits et des légumes»
Ce que vous avez envie de dire à ceux qui vous critiquent.
Qu’ils ne s’attardent pas sur ma personne et qu’ils ne s’inquiètent pas pour moi. Je ne cherche pas la lumière, je m’occupe uniquement de mes performances sur le terrain. Si je suis bidon, j’espère que les gens me diront que je le suis. Mais quand je suis bon, les gens doivent le dire. Ce qui n’a jamais été le cas.
 
Ce que vous feriez si vous n’étiez pas footballeur.
J’aurais été sur les marchés avec mon frère pour vendre des fruits et des légumes sur Paris. C’est un métier qui me plaît et qui paye bien (sourire). J’aime discuter avec les gens.  J’ai une mère femme de ménage et un papa vigile, et mon frère exerce cette activité. Je suis sûr qu’il m’aurait embauché !
 
Ce que vous avez envie de dire à votre meilleur ami dans le monde du foot.
J’ai des amis dans ce monde-là, comme Cédric Cambon du Havre par exemple. Je vais donc lui dire qu’il pourra toujours compter sur moi. C’est un très bon mec. Dans le football, j’ai plus des connaissances que de réels amis. Construire des amitiés sur deux ou trois saisons, c’est compliqué. Les joueurs changent de club assez souvent. Mais attention, mes coéquipiers, je les aime !

«Je pense que j'aurais mérité une présélection»

Ce que vous regrettez le plus dans votre carrière.
Je vais peut-être encore passer pour un clown, mais tant pis : c’est de ne pas avoir eu une présélection en équipe de France la saison dernière. Ça, je pense que je l’aurais mérité. Sinon, dans le foot, à part les très grands clubs, j’ai tout connu. Une sélection pour la France, le meilleur pays du monde, ça manque dans ma carrière.
 
Ce que vous avez envie de dire à Didier Deschamps.
Je n’ai rien à lui dire. Je lui passe juste le bonjour et j’espère qu’il fera un très bon Euro 2016 pour mon pays.
 
Ce que vous ferez pendant l’Euro 2016 justement.
Je regarderai les matches ! Comme je le fais pendant l’année. De la Ligue 1, la Ligue 2, je visionne tout ! J’aime beaucoup les joueurs de caractère. Ce sont les meilleurs, ceux qui font basculer la rencontre. J’aime leur niaque, leur envie, leur don de soi. Des joueurs comme Zlatan, Gignac, Suarez…

«Je suis amoureux de Louis Nicollin»

Ce que vous pensez de Louis Nicollin.
(ému) Je vous dis vraiment les choses : c’est quelqu’un d’exceptionnel. Louis Nicollin, je suis amoureux de lui, je n’ai pas peur de le dire. C’est un patron qui pèse. Il ne perd pas son temps avec Pierre, Paul ou Jacques. C’est quelqu’un qui donne pour ses joueurs, il organise les anniversaires, des fêtes chez lui. Demain, si j’ai un problème, je vais au Mas et je dors chez lui. Ce n’est pas qu’un président, c’est un gars exceptionnel.
 
Ce que vous avez envie de connaître avant la fin de votre carrière.
je veux retrouver une épaule à 100%, tout simplement. Je ne me donne pas de limite d’âge. Je peux m’arrêter demain comme dans cinq ans. Je vis au jour le jour.
 
Ce que vous avez déjà préparé pour votre retraite sportive.
Je m’occuperai de ma famille, ça sera déjà pas mal. Pour la suite, on verra…»
Timothé Crépin 
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