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La Premier League, clé de lecture du Monopoly foot

En économie et avant Internet, pour connaître la valeur d’une monnaie, les voyageurs utilisaient l'«étalon Big Mac» comme indicateur. L’idée était de choisir un bien de consommation que l’on trouvait partout dans le monde -un Big Mac par exemple- et de le comparer d’un pays à l’autre : avec le salaire moyen local, combien de hamburgers je pouvais acheter ? En football, on va pouvoir désormais utiliser l’étalon «Premier League» puisque les droits du championnat anglais sont acquis sur pratiquement toute la planète foot. 
 
A défaut de vous renseigner sur le pouvoir d’achat, la Premier League donne une clé de lecture du Monopoly du foot. Partout les montants sont en plein essor. La chaîne américaine NBC s’est adjugée l’exclusivité pour un milliard de dollars pour un contrat de six ans. En Scandinavie et à Hong Kong, ces droits ont été multipliés par deux d’un contrat à l’autre. En France, Altice est venu se mêler à la concurrence Canal + / BeIN en s’adjugeant les matches anglais pour la période 2016-2019 en déboursant 72, 4 millions de livres par an, soit près de 100 millions d’euros quand Canal en payait 63 jusque-là. La Chine aussi s’y met avec un montant inférieur (environ 15 millions d’euros par an). 

Les droits pour les US ont augmenté de 116 % entre 2013-2016 et 2016-2019

Si on fait le ratio du montant des droits par rapport au nombre d’habitants dans le pays, on voit vite la marge de progression qu’a la Premier League dans les divers pays. Elle coûte environ 1,5 euro pour le Français quand l’Anglais doit débourser près de 36 euros, normal me direz-vous, c'est le marché domestique. Même si les Etats-Unis sont encore loin avec un demi euro et la Chine et ses 1,3 milliards d’habitants pointent à moins de deux centimes, le développement y est très rapide et le potentiel de progression colossal : les droits pour les US par exemple ont augmenté de 116 % entre la période 2013-2016 et la période 2016-2019, un rythme bien plus élevé que la Vieille Europe. 
 
Et quand on sait que les Américains ne cessent d’investir dans le soccer, on se dit que les rapports de force économiques pourraient évoluer dans les années à venir, comme on voit aujourd’hui les rapports de force "politiques" évoluer avec la crise qui agite la FIFA allant jusqu'à contester la suprématie européenne. Jusqu’à présent l’Europe continue d'être la plus puissante économiquement et d’attirer les meilleurs talents mais jusqu’à quand ? Sans oublier la Chine qui se met en ordre de bataille pour 2026, les États-Unis avec la MLS se limitent aujourd’hui à recruter des stars en fin de carrière (Lampard, Gerrard, Drogba) mais le pouvoir d’achat est plus grand de l’autre côté de l’Atlantique et pourrait bien finir par séduire les Neymar de demain.
 
Vincent Chaudel
Directeur Communication & Marketing / Expert Sport chez Kurt Salmon
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