CES SUPPORTERS AMOUREUX DE LEUR CLUB

Les Le Merdy (Guingamp), retournés comme des crêpes

Pourtant restaurateurs près de Lorient, les Le Merdy consacrent tout leur temps libre, et même plus, à Guingamp.

Si par hasard, vous passez près de Pont-Scorff, arrêtez-vous-y une journée. Cette commune du Morbihan vaut le détour. Il y a le zoo de la ville, de douze hectares, et sa fameuse nuit des animaux. Plus loin, le Scorff, la rivière qui y passe, est idéale pour rêvasser. Et, en cas de fringale, direction Le Merdy. Les crêpes y seraient authentiques. L'ambiance chaleureuse. Mais prenez garde : le restaurant n'est pas tout le temps ouvert. Une semaine, il est fermé le samedi ; une autre, le dimanche.

Chaque mois a son propre fonctionnement. Pour s'assurer de son ouverture, consultez le calendrier de la Ligue 1. Et non, pas votre agenda. Suivez plutôt celui de la saison de Guingamp. Les jours de match au Roudourou, passez votre chemin. Le Merdy est fermé. «C'est le cas au minimum tous les quinze jours», annonce Charles Le Merdy, copropriétaire. Et les clients ? «Ils ont pris l'habitude», plaisante-t-il. Depuis le début de la saison, lui et Christine, sa femme, l'autre propriétaire, n'ont pas loupé un match de Guingamp à domicile. Ils assistent aussi à quelques matches à l'extérieur. «Ça demande de l'organisation. Il faut fermer pendant plusieurs jours.»

Distribution de crêpes aux joueurs

Vingt ans que cette passion existe. Au début, elle prenait peu de place dans leur vie. «En 1997, j'ai assisté à la finale de la Coupe de France sans mon mari, nargue Christine. On ne pouvait pas se permettre de fermer notre restaurant.» Et puis les années passent, l'amour, celui de l'EAG, n'a plus de prix. Le couple s'abonne en 2005. Le restaurant, lui, évolue. Inauguré en 1987, Le Merdy s'est mué en une mini-galerie dédiée à Guingamp. «Il y a des photos de joueurs, une une de L'Équipe, un maillot de Christophe Le Roux», décrit Charles.

Quand ils travaillent un soir de match à l'extérieur, une tablette est toujours allumée pendant le service. Parfois, ils portent «des vêtements du club», mais pas souvent non plus, parce que «les crêpes, ça tache», s'amuse Charles. Leur temps libre est consacré à l'équipe bretonne. En plus des matches, ils assistent à des entraînements. L'occasion de discuter avec les joueurs. Leur approche est infaillible. «On vient avec des crêpes, qu'on leur distribue, se marre Charles. Pareil après les matches. Quand Gourvennec était au club, lors de chaque fin de saison, on organisait un repas avec les joueurs, un midi. À voir si on peut continuer cette année.»

Partir à Londres pour voir Drogba, et c'est tout

À force, les joueurs de l'En Avant finissent par les connaître. Certains sont déjà passés au Merdy, comme «François Bellugou, aujourd'hui à Lorient, Ladislas Douniama (désormais à Lyon Duchère), et les dirigeants, aussi». Les liens deviennent étroits. Christine et Charles sont des supporters choyés. Charles raconte : «Avant un déplacement à Bordeaux, les raffineries étaient bloquées. Il n'y avait plus de carburant. Alors, à l'aller, on a pris un train. Et alors qu'on devait revenir en train, on est revenus dans l'avion de l'équipe ! Samuel Michel était allé demander ça à ses dirigeants. On a atterri à Saint-Brieuc, où Fabrice Colleau nous a ramenés à un hôtel qu'un autre joueur nous avait réservé. C'était improbable !»

Aussi invraisemblable, ce voyage en famille à Londres, et plus précisément à Cobham, le centre d'entraînement de Chelsea, pour aller voir Didier Drogba, un ancien de l'EAG. «Florent Malouda, alors à Metz, avait fait l'intermédiaire, s'extasie Charles. On y est allés juste pour ça.»

Tout est parti d'un Guingamp - OM

Et dire que les Le Merdy ne sont pas originaires de Guingamp. Pont-Scorff, leur ville, n'est qu'à vingt kilomètres du stade du Moustoir, et à une centaine du Roudourou. Ce fanatisme de Guingamp, c'est avant tout un hasard qu'ils assument à moitié. «Il y a une vingtaine d'années, j'ai dit à mon mari : “Il faut que tu m'emmènes voir du foot”, se rappelle Christine, qui a pratiqué ce sport durant son adolescence. Je n'avais jamais eu l'occasion de le faire.» Ils scrutent des matches de la région, et ciblent un Guingamp - Marseille. «Ça tombait bien, c'était un mardi, notre jour de fermeture, c'est aussi pour ça qu'on y est allés», concède Charles.

Et si, ce jour-là, Rennes avait joué à la place de Guingamp ? «Ça n'aurait pas collé entre nous», croit savoir Charles. Et Lorient ? «À l'époque, on n'allait pas souvent dans cette ville», élude-t-il. C'était Guingamp, et rien d'autre. Aujourd'hui, ils avouent avoir envisagé de déménager dans la cité des Côtes-d'Armor. «Mais on veut que l'EAG, ça ne reste que du plaisir. On ne veut pas que ça se mélange avec le travail», argumente Charles. Il en oublierait que son restaurant est décoré aux couleurs du club. Comme quoi, parfois, l'amour rend vraiment aveugle.
Nick Carvalho 

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