martin (jonas) lea siliki (james) (L.Argueyrolles/L'Equipe)
Ligue 1 - Rennes

Ligue 1 : James Léa Siliki (Rennes), récit d'une ascension fulgurante

Élément incontournable du milieu de terrain de Rennes, James Léa Siliki entre enfin dans la lumière avec une technique reconnue par tous ceux qui l'ont connu. Mais pour arriver au haut niveau, le gamin de Gonesse a dû batailler, et encaisser certains échecs. Récit.

Comme quoi, il faut toujours croire en ses rêves. James Léa Siliki peut en témoigner. Lui qui «aime vraiment le foot» comme le glissent la plupart des personnes à qui nous avons proposé d'évoquer le milieu de terrain du Stade Rennais. Laissé libre par la formation du PSG, puis par celle de l'En Avant Guingamp, ce titulaire d'un bac S n'a jamais baissé les bras. Et c'est Rennes qui en profite aujourd'hui. Petit retour en arrière.

Gonesse, le début de l'histoire

Né à Sarcelles, il grandit à Gonesse, dans le Val d'Oise, dans le quartier des Maronniers. Au sein d'une famille d'origine camerounaise qui adore le foot et qui le pratique, le petit James a, logiquement, très vite un ballon dans les pieds. La première licence au Racing club de Gonesse arrive très vite. Yohan Daniel, l'un de ses premiers éducateurs, s'en souvient parfaitement. «C'était un super gamin. Dans son équipe, il n'y avait que des gagnants. Pour son jeune âge, on voyait qu'il avait des facilités, avec une sacrée patte gauche. Il était très à l'aise». Lui aussi sait comment James Léa Siliki a dû s'accrocher pour arriver à ses fins. «Je suis content pour lui parce qu'il a persévéré, il s'est accroché, avec son envie et le fait qu'il aime le foot. Il y a aussi ses deux grands frères qui ont toujours été là pour lui». Steve et Jean-Charles ne sont en effet jamais bien loin. Avec ses frangins, en perfectionniste, James Léa Siliki n'hésite d'ailleurs jamais à refaire le match après chacune de ses rencontres.

Paris et Guingamp n'y ont pas cru

Milan Besli n'a pas non plus oublié son ancien coéquipier à Gonesse. «On était deux ou trois au-dessus du lot à ce moment, il en faisait partie. Sur le terrain, il était très calme, avec une bonne vision du jeu. Il était supérieur dans ces domaines», lâche-t-il. Mais Léa Siliki ne reste pas longtemps au RC Gonesse. Débutant, poussin, puis déjà le départ pour le PSG. Nous sommes en 2004, il vient à peine de souffler ses six bougies. Durant sa préformation, il fait la connaissance de François Gil, son conseiller, qui l'entoure toujours aujourd'hui. À 15 ans, en 2011, le PSG ne compte pas vraiment sur lui. L'histoire se termine ici. Une décision compliquée à digérer. Léa Siliki rejoint alors la Bretagne. Mais pas tout de suite à Rennes. Non, le jeune Francilien enfile d'abord la tunique des équipes de jeunes de l'En Avant Guingamp. De la même génération que le Lyonnais Tanguy Ndombele, Léa Siliki grandit et peaufine sa formation.
«À Guingamp, nous, les joueurs, ça nous avait surpris qu'on ne lui propose rien».
Et quand on demande à Clément Moy, son ancien coéquipier dans les Côtes d'Armor, quel est le mot qui le définit le mieux, la réponse n'est pas vraiment surprenante : «La technique ! Sa facilité et sa capacité technique, ça m'a toujours marqué chez lui. Dès qu'il est arrivé, il a très vite fait partie des plans de l'équipe». Chez les jeunes de l'EAG, on n'hésite pas débattre de l'actualité du ballon. Avec un James Léa Siliki jamais très loin pour donner son avis, lui le passionné, qui a des étoiles dans les yeux en voyant jouer Messi. Sportivement, pour aller voir plus haut avec les pensionnaires du Roudourou, il a simplement manqué «de chance», assure Clément Moy. «On ne lui a pas donné. Si tel avait été le cas, il aurait réussi tout autant qu'à Rennes, j'en suis persuadé. Nous, les joueurs, ça nous avait surpris qu'on ne lui propose rien».

«Parfois, des joueurs changent de poste, et ne sont ensuite plus les mêmes»

Échec. Encore. Mais ça ne dure pas bien longtemps. Ses conseillers, François Gil et Julien Merceron, toquent à la porte du Stade Rennais, qui dit très vite oui. Peu de temps après, en pleine discussion avec un membre du club, Patrick Gonfalone, sélectionneur de l'équipe de France U19, le convie à un stage avec les jeunes Bleuets en novembre 2014. Léa Siliki dispute trois matches. Il ne sera jamais rappelé. «À l'époque, je recherchais un arrière gauche, explique Gonfalone. Et à ce moment, Léa Siliki occupait ce poste-là. On m'a dit qu'il tournait bien à Rennes, je l'ai donc appelé. Mais il n'était pas encore tout à fait prêt pour la sélection nationale, je le trouvais encore un peu tendre. Un garçon comme Lucas Hernandez (Atlético de Madrid) était davantage en avance. Mais il était plein de promesses, ça se voyait». Finalement, l'actuel responsable des U17 n'est pas plus étonné que ça de son épanouissement au milieu. «Ce n'était pas un défenseur dans l'âme. Mais quand il avait le ballon, c'était extrêmement intéressant. Il avait une bonne patte. Ce n'est pas un hasard qu'il soit au milieu désormais. Parfois, des joueurs changent de poste, et ne sont ensuite plus les mêmes. Maintenant, il a pris du volume, il a mûri physiquement, et ça change la donne».

«Ce n'est ni un vrai 6, ni un vrai 10, mais un vrai 8»

Un contrat professionnel signé en juin 2016 (et qui court jusqu'en 2021 actuellement), treize premières minutes de Ligue 1 face à Nantes le 28 janvier 2017 (1-1), avant une véritable éclosion cette saison. Christian Gourcuff lui offre sa première titularisation le 14 octobre dernier sur la pelouse de Guingamp (tiens, tiens). Depuis sa prise de fonction, Sabri Lamouchi a toujours coché son nom pour son onze de départ. Un signe qui ne trompe pas dans un club et un entourage qui tentent (logiquement) de le protéger et de le laisser grandir petit à petit. «Il faisait partie d'une dizaine de joueurs très intéressants, se souvient Rolland Courbis, passé par Rennes en 2016, il y avait Gélin, Jeanvier, Poha, ... Dans l'habileté, la vision du jeu pour créer, anticiper, intercepter, il a les qualités d'un bon footballeur. Ce n'est ni un vrai 6, ni un vrai 10, mais un vrai 8

Manchester United et la Premier League jamais très loin

Un profil box-to-box qui plaît et que certains imaginent déjà outre-Manche, en Angleterre. Un Championnat qui le fait d'ailleurs frémir depuis son enfance. «Petit, dans ma chambre, je rêvais de grands matches, oui, lançait-il à Ouest-France, évoquant ses rêves de gosses. Je suis footballeur professionnel. C'est une obsession depuis que je suis en âge de comprendre. Je rêve de Manchester United, de son stade, de ses couleurs ; J'ai grandi avec les années Ferguson, avec les Boxing Day devant Canal+, les victoires à la 95e minute. J'ai grandi avec le duo Yorke-Cole, Mikaël Silvestre, Louis Saha, Wayne Rooney, Ronaldo... Ryan Giggs, un monument jusqu'au bout.» Mais que la Premier League patiente. James Léa Siliki n'a que 18 matches au compteur en Ligue 1. Et on aimerait bien en profiter un peu.
Timothé Crépin
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