genesio (bruno) (F. Faugere/L'Equipe)
Ligue 1 - 30e journée

Ligue 1 : Un Lyon griffé après son élimination en Ligue Europa et sa mauvaise passe en Championnat

Éliminé de la Ligue Europa par le CSKA Moscou jeudi et relégué à cinq points du podium en Ligue 1, l'Olympique Lyonnais traverse une crise débutée il y a deux mois. Chacun, en interne et sur le terrain, à sa part de responsabilité dans le marasme.

En zone mixte, juste après la piteuse élimination de son équipe face au CSKA Moscou (2-3), et malgré un avantage acquis au match aller (1-0 en Russie), Bruno Genesio n'y était pas allé de main morte pour qualifier la triste prestation de ses joueurs : «Notre comportement a été scandaleux, honteux. Certains avaient une attitude de match amical, pas de Coupe d'Europe». Certains journalistes essayaient tant bien que mal d'orienter les raisons de cette débâcle sur l'effectif assez rajeuni que le technicien avait mis en place pour cette rencontre, mais celui-ci a vite balayé d'un revers de main cette supposition : «Parfois je veux bien excuser certains déficits par la jeunesse mais là, non, pas quand on affiche un comportement qui n'est pas en rapport avec un match de Coupe d'Europe. Quand on est jeune on doit avoir de l'envie et de l'agressivité. Nos supporters ne méritent pas ça».
Position prise, il va bien falloir pourtant, au sein du club présidé par Jean-Michel Aulas, chercher des explications, et pourquoi pas des solutions, à cette crise que traverse l'OL. Depuis la victoire retentissante des Gones face au PSG (2-1) le 14 janvier dernier, Lyon a enchaîné quatorze matches toute compétitions confondues, ne s'imposant qu'à six reprises et marqué par des défaites cuisantes. Eliminé de la Ligue Europa jeudi, sorti de la Coupe de France après le revers à Caen (1-0), le club n'a gagné qu'un match en L1 (1-0, contre le club normand la semaine dernière) depuis mi-janvier, accompagné de revers retentissants comme à Bordeaux (3-1) ou à Monaco (Lyon menait 2-0 avant de s'incliner 3-2 à 11 contre 10). Une tempête qui fixe sans doute le départ de Bruno Genesio à la fin de la saison.

«Le match contre le PSG a été un tournant»

«Le coach est responsable oui, de par ses choix et ses conseils tactiques. Mais moi je fustige surtout l'implication des joueurs. Ce sont eux qui sont sur le terrain, pas l'entraîneur» explique d'ailleurs Sidney Govou. L'ancien attaquant lyonnais (1999-2010) blâme violemment le comportement «enfantin» et l'envie affichée par les joueurs présents sur la pelouse jeudi, ce qui corrobore les propos de Bruno Genesio. «A partir du moment où ils ne se remettent pas en question, c'est difficile d'avancer. Depuis le match de Paris, il y a clairement quelque chose qui ne va pas. Les résultats ne suivent pas, ni même les performances sur le terrain. Ce match a clairement été un tournant» ajoute-t-il. Ces échecs successifs tiennent également dans le changement conséquent de l'effectif lyonnais cette saison. Le groupe possède des failles que Bruno Genesio doit gérer. En effectuant un recrutement intéressant basé sur l'avenir, le club n'a pas forcément assuré ses arrières selon Sydney Govou. «L'équipe est en pleine phase de transition. L'année dernière ils ont vendu coup sur coup Lacazette à Arsenal, Tolisso au Bayern, Gonalons à la Roma, et même Mathieu Valbuena est parti en Turquie. C'est un trop grand vide qu'ils n'ont pas réussi à combler».
«L'équipe est moins forte. Et vous pouvez mettre n'importe quel entraîneur, que ce soit Ancelotti ou Guardiola, le résultat sera le même»
Sidney Govou pointe également du doigt le niveau affiché par la formation lyonnaise par rapport à celui de la saison passée. Entre des latéraux dans la tourmente (aucun des quatre n'a réussi à s'imposer indiscutablement dans le onze) et des attaquants jugés individualistes, cherchant constamment à réaliser des exploits personnels plutôt qu'à faire briller le collectif, l'équipe lyonnaise n'avance pas. Mais pour l'ancienne gloire lyonnaise, la cellule de recrutement, dirigée par Florian Maurice, a sa part de responsabilité : «L'équipe est moins forte, c'est ce que je pense. Et vous pouvez mettre n'importe quel entraîneur, que ce soit Ancelotti ou Guardiola, le résultat sera le même. Quand on a des joueurs qui sortent du centre, combinés à d'autres qui sortent de L2 ou étaient remplaçants dans d'autres clubs, ça ne peut pas fonctionner, en tout cas pas tout de suite».

Genesio sur la sellette

Les résultats négatifs de l'OL fragilisent irrémédiablement la position de l'entraîneur lyonnais, assis sur le banc depuis décembre 2015 et le licenciement d'Hubert Fournier (dont il était également l'adjoint). Sa nomination avait déjà fait l'objet de nombreuses critiques de la part des supporters. Les fans souhaitaient un nom plus «ronflant» pour diriger l'OL et non pas un coach avec peu d'expérience (son seul fait d'arme est d'avoir entraîner en CFA au début des années 2000 avant de prendre les reines de l'équipe réserve de l'OL). Mais surtout, ils stigmatisent depuis deux ans l'incapacité du technicien à faire évoluer sa science tactique, à changer de système de jeu ou à prendre des risques le cas échéant. Bruno Genesio possède malgré tout la confiance de son président Jean-Michel Aulas, interrogé par RMC vendredi : «Il a besoin d'être soutenu, c'est ce que j'essaie de faire. C'est un entraîneur tout à fait loyal. Je maintiens que c'est un bon entraîneur, qui est actuellement dans une période de non-réussite. Alors qu'il reste neuf matches, aucun président n'irait demander à son entraîneur de démissionner».

Lire aussi : Les matches dans le match de l'Olympico
Le président lyonnais, en place depuis 1987, reste dans ses habitudes. Il lâche rarement un technicien qui vit des moments difficiles, mais l'élimination de la C3 et la possible absence du club sur le podium en fin d'exercice ne doit pas totalement masquer l'échec du board lyonnais cette saison. Le journal L'Equipe a pointé samedi le manque de «liant» dans l'organigramme lyonnais, qui ne possède pas de directeur sportif, ce qui pourrait pourtant faire «tampon entre le président et l'entraîneur», apportant une certaine cohésion dans un club qui essaie de reconquérir l'Europe. Jean-Michel Aulas espère retrouver une unité dans son groupe, en s'entretenant avec ses joueurs et le staff. Il le sait, un tout autre résultat qu'une victoire dans le choc de la 30e journée de L1 face à Marseille fragiliserait encore plus la position de Bruno Genesio et sa place sur le banc la saison prochaine. «Il a encore un an de contrat. On fera le point à la fin de la saison, comme toujours. Si nos objectifs ne sont pas atteints, évidemment, ça lui laisse moins de chances de poursuivre» affirme le président de l'OL. Moins de chances, mais le technicien en possède tout de même une dernière dimanche soir, et espère, avec un succès, moins vaciller lundi matin.
Joffrey Pointlane
Réagissez à cet article
500 caractères max