Ligue 2 - Auxerre

Ligue 2 : pourquoi Auxerre est tombé si bas

Entre une politique sportive néfaste et une stratégie de développement aléatoire, Auxerre végète en Ligue 2 depuis cinq ans. Le club ne cesse de tomber, au point de risquer la relégation, même s'il y a un léger mieux depuis quelques matches.

Il fut un temps où les supporters d'Auxerre fanfaronnaient, aux abords de l'Abbé-Deschamps, à l'idée d'affronter le Borussia Dortmund, l'Ajax d'Amsterdam, le Milan AC ou le grand Real Madrid. Des rencontres plus ou moins lointaines dans l'espace temporel mais qui, comme l'alignement des planètes dans le système solaire, ne se reproduiront plus avant longtemps.

Depuis cinq ans, Auxerre s'est éclipsé de la scène européenne, mais également de l'élite du football français. La première raison est logiquement sportive, avec une accumulation de mauvaises décisions depuis cinq ans. En cause : des changements réguliers d'entraîneurs, ainsi qu'un un renouvellement quasi-total de l'effectif chaque saison. «En trois ans, j'ai fait signer dix-neuf contrats professionnels aux jeunes du club, explique Guy Cotret, président de l'AJA. Peu d'équipes font ça. Et ça ne sert à rien de les faire signer si on ne les fait pas jouer donc il y a obligatoirement des départs derrière car on ne peut pas empiler les joueurs.»

On ne peut également pas oublier le départ des historiques comme Jean-Claude Hamel, président, et Guy Roux, entraineur emblématique, qui ont œuvré, corps et âme, pendant des décennies pour le même club et qu'il a été difficile de remplacer.

La deuxième raison est financière. Le club est passé à 5 millions d'euros d'un dépôt de bilan en juin 2013, et il s'avère compliqué de se refaire une santé rapidement quand on connaît la frugalité des budgets des clubs de Ligue 2. La troisième est fatalement institutionnelle.

Une méconnaissance totale du foot

En septembre 2016, la famille Limido, propriétaire du club, cède 60 % de ses parts à Yun Jie Zhou, président du groupe ORG Packaging, contre 7 millions d'euros, qui s'engage à en verser deux par an pendant trois saisons. Les 40 % restants sont conservés par l'association qui, grâce à un montage juridique complexe, réussit à garder sa minorité de blocage et ne pourra voir sa part descendre en-dessous des 10 %.

Mais chose encore plus surprenante, les nouveaux investisseurs ont décidé de garder la direction en place. Avec, en arrière-plan, le spectre de Guy Roux qui plane encore avec plus ou moins d'influence.
Récemment, la vraie-fausse venue de Jean-Pierre Papin dans l'Yonne a, principalement, opposé le Ballon d'Or France Football 1991 et Guy Roux, membre de l'association du club. Des déclarations publiques pas comprises pas Corentin Martins, champion de France en 1996 avec le club. «Ce n'est jamais bon quand on parle négativement de son club, surtout dans la situation sportive actuelle, ni pour la sérénité en interne ni pour obtenir des résultats.»

Guy Roux est, certes, administrateur au sein de l'association, mais il n'est pas décisionnaire. S'il conserve encore de l'influence décisionnelle, cela prouve que les réels décisionnaires n'ont, pour le moment, pas les reins assez solides pour diriger un club, et cette arrivée avortée démontre la faiblesse des nouveaux investisseurs à faire des choix et à s'y tenir.

Surtout quand ces décisions sont ubuesques. «On ne peut pas être coach, directeur sportif et ambassadeur à la fois. C'est impossible. Rien que le métier d'entraîneur nécessite d'être opérationnel 12h/par jour pendant sept jours» martèle Martins. Je suis cette histoire de loin, et je ne comprends pas le projet qu'ils veulent mettre en place.» raconte-t-il, lui qui a été approché, il y a quelques années, pour devenir directeur sportif. Un projet qui, visiblement, se fera sans certains joueurs qui ont contribué à l'histoire du club.

Dialogue de (faux) sourds

Fabien Cool, gardien emblématique et joueur le plus capé de l'histoire du club, n'a étonnamment, jamais été évoqué pour faire partie des multiples projets pour reconstruire le club : «Je suis très intégré dans le milieu auxerrois. Tout le monde me connaît au niveau politique, entrepreneurial et les personnes en place n'ont pas envie que quelqu'un dans le projet leur fasse de l'ombre. Mon image est peut-être trop présente et trop contraignante. Cela fait neuf ans que j'ai arrêté ma carrière. S'ils avaient voulu m'appeler ils l'auraient fait avant. D'autres joueurs issus du centre de formation comme Johan Radet ou Pascal Vahirua ont aussi été écartés mais il doit y avoir une raison à cela.»

Un avis tranché que ne partage pas Guy Cotret. «Avec l'actionnaire, on adhère complètement à l'idée d'avoir un directeur sportif pour construire l'équipe et avoir une vision à long-terme. Il y a un poste à pourvoir et effectivement il y a une possibilité de faire venir des anciens comme Daniel Dutuel, avec qui ça n'a pas pu se faire, et il représente bien la formation AJA. Pour Cool, s'il était candidat, je ne vois pas pourquoi il serait écarté. Il peut faire partie des prétendants. Il n'y a pas d'a priori.»

Si leur perception de la situation est aux antipodes, Cool comme Cotret louent la capacité de l'actionnaire à s'adapter au microcosme footballistique. «Hormis ce couac, les Chinois, d'une manière générale, ils apprennent vite», disent-ils d'une seule voix. Si pour le président, cette impression s'interprète par une montée en puissance qui permettra de retrouver l'élite à court terme, pour l'ancien gardien, elle se traduit par un optimisme grandissant quant à des changements précoces et radicaux : «Tous ces (récents) évènements vont leur permettre d'être opérationnels rapidement, de se mettre vite en ordre de marche et d'être compétents.» Au point de faire un ménage de printemps au prochain été en cas de maintien ?
Julien Holtzer
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