mariano (R.Martin/L'Equipe)
Ligue Europa - Groupe E

Ligue Europa, groupe E, Lyon : les performances de Mariano Diaz vues d'Espagne

En treize apparitions en Ligue 1, le méconnu Mariano Diaz a quelque peu levé les doutes le concernant. Le nouvel avant-centre de l'Olympique Lyonnais n'en reste pas moins un joueur discuté. Surtout en Espagne, où il reste suivi et même parfois convoité.

Mariano Diaz est, quelque part, un joueur paradoxal. Et ce, malgré sa jeune carrière. Celle qui a mené le natif de Barcelone vers le centre de formation madrilène de La Fabrica, avant de faire l'essentiel de ses armes dans la castilla du Real Madrid. À 24 ans, et après seulement 14 matches avec l'équipe pro des Merengue, il a rejoint Lyon l'été dernier, où il a été présenté en grande pompe. Un joueur à la fois jeune, mais plus tellement dans le football moderne. Un joueur inexpérimenté au plus haut niveau mais aussi très attendu dans un rôle providentiel.

Dans la capitale des Gones, il doit endosser le rôle d'un joueur capable de perpétuer la tradition des buteurs rhodaniens. Là encore, le profil de Mariano tranche avec celui des anciens avant-centres, de Caveglia à Lacazette en passant par Sonny Anderson, Lisandro Lopez ou encore Benzema. Son style de jeu collerait plus aux buteurs de sang-froid de la fin du siècle dernier plutôt qu'aux artilleurs actuels, capables d'être polyvalents, collectifs et mobiles avec l'évolution du jeu. Son début de saison, lui, est bien plus prolifique que celui de ses prédécesseurs. Pourtant, il reste loin de faire l'unanimité. Entre contrastes et clivages. D'autant plus si l'on considère que ce surprenant international dominicain (1 cape) né en Espagne rêve de disputer le Mondial russe...sous les couleurs de la Roja. Depuis son arrivée en Ligue 1, il n'a laissé personne indifférent en France, ni de l'autre côté des Pyrénées, où on ne l'a pas oublié. Loin de là.

Des buts records

Malgré de maigres apparitions en Liga (8 matches, 1 but), la presse espagnole scrute les performances de l'ancien Madrilène sous le maillot de l'OL. «Mariano a su faire de la constance son point fort», écrit Marca, le quotidien madrilène, qui souligne les débuts tonitruants du joueur. Notamment en faisant tomber un record vieux de soixante-trois ans. «À l'Olympique Lyonnais, ils ne se souviennent pas d'un début avec autant de buts comme est en train de faire Mariano Diaz, commente le titre sportif. Avant d'ajouter : les sept buts inscrits par l'ex-Madrilène lors des neuf premières journées de Ligue 1 sont loin de tous ses prédécesseurs. Il faut remonter à Ake Hjalmarsson, en 1954, pour trouver une performance similaire.»

Mariano Diaz réalise, et brillamment, ce pour quoi il a été recruté par Jean-Michel Aulas : inscrire des buts. Grâce notamment à un doublé inscrit pour sa première en Championnat sous le maillot rhodanien, contre Strasbourg, l'attaquant a trouvé les filets opposés à neuf reprises en treize journées de Championnat. Il pointe à la quatrième place du classement des buteurs, derrière Cavani, Falcao et son coéquipier Nabil Fekir. Des statistiques qui laissent à penser que son choix d'exil fut le bon, comme le pense David de Las Heras, journaliste pour la Cuatro : «Je pense que Mariano avait besoin d'une équipe comme Lyon, où il allait avoir du temps de jeu et où il se sentirait important. Lors de sa dernière saison au Real Madrid, il n'a pas eu beaucoup d'opportunités. C'est un joueur de grand niveau qui, avec de la continuité, peut avoir un rendement important.» Même si, en France, son manque d'implication et ses limites techniques restent encore particulièrement commentés.
Si les médias espagnols spécialisés soulignent le rendement du joueur, ils n'hésitent pas non plus à tacler celui de la BBC. L'attaque madrilène - cinquième de Liga - a pris du plomb dans l'aile et les observateurs déplorent le manque de concurrence. «Le Real manque de gachettes. Surtout si l'on considère les performances des deux attaquants, Morata et Mariano, qui, la saison dernière, ont pu soulager les habituels titulaires», commente le quotidien Sport. Le néo-Lyonnais affichait un rendement honorable en Liga. Pas déterminant mais utile. D'autant que malgré son départ, il avait la confiance de Zinédine Zidane, qui avait insisté pour voir le joueur dans le groupe professionnel au début du précédent exercice. «Il a été mon entraîneur à la Castilla et il m'a donné l'opportunité de jouer après avec l'équipe première. C'est sûrement l'une des personnes qui a le plus parié sur moi jusqu'à présent», confiait récemment le joueur au généraliste El Pais. Sa réussite a Lyon a d'ailleurs été saluée par son ancien entraîneur à Madrid.

Objectif Russie

À EsRadio, le joueur avait laissé entendre que si son ancien entraîneur lui «avait demandé de rester, (il) l'aurait fait.» Le mois dernier, Mariano Diaz s'est exprimé dans les ondes de Radio Marca où il revenait sur sa situation contractuelle. «J'ai signé un contrat de cinq ans avec l'OL, mais je ne sais pas si Madrid a la possibilité de me racheter, je n'en ai pas parlé à Zidane depuis que je suis parti.» Pourtant, le contrat entre les parties madrilènes et lyonnais ne spécifie aucune clause de rachat, hormis un intérêt de 35% sur la plus-value d'un éventuel transfert futur.
Une situation d'entre deux qui n'est pas sans rappeler également le choix international du joueur à la coupe peroxydée. Né d'un père espagnol et d'une mère dominicaine, Mariano Diaz a très tôt fait le choix de représenter le pays d'origine de sa mère, avec une cape honorée en 2013, en match amical face à Haïti (1 but). Depuis, il a systématiquement repoussé les convocations de la sélection caraïbéenne pour ne pas entraver son avenir avec la Roja. Dans son entretien avec El Pais, le natif de Catalogne a évoqué son rêve d'endosser la tunique rouge : «J'aimerais jouer avec l'Espagne. Je n'ai pas parlé avec (Julen) Lopetegui. Mais je vais travailler pour qu'un jour, l'appel du sélectionneur arrive.» Si sa sélection était évoquée à la fin du mois d'août, Marca laisse penser que le joueur pourrait être appelé lors des prochains matches amicaux afin d'être testé. Et qui sait, malgré les clivages, sa présence en Russie n'aura d'ici quelques mois peut-être plus rien de surprenant. Tout un paradoxe...
Mehdi Mahmoud
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