(L'Equipe)
L'Afrique, c'est foot

Maroc, le vent en poupe

Trois ans après avoir renoncé à organiser la CAN en raison de la crise sanitaire liée au virus Ebola, le Maroc abrite à partir de samedi le 5e Championnat d'Afrique des Nations (CHAN). Vous avez dit revanche ?

Quand Issa Hayatou a porté le CHAN sur les fonds baptismaux en 2009, pour la première édition à huit participants, organisée par la Côte d'Ivoire, certains ont ricané. D'autres ont considéré que ce énième tournoi venait concurrencer directement la CAN, attrayante vitrine d'un football continental qui se tournait alors en (quasi) totalité vers les joueurs (et techniciens) expatriés. En réalité, la création du CHAN aura été la dernière grande idée portée par le régime de l'ancien président de la CAF. Après la victoire de la RDC à Abidjan, trois autres éditions ont démontré que les Championnats locaux d'Afrique étaient porteurs de nombreux talents, et que ces mêmes équipes "100% terroir" pouvaient poser les bases d'une sélection A de qualité.
Neuf ans après son édition inaugurale, le CHAN n'est pas devenu le marché que l'on craignait.
La Zambie ou encore la RDC, voire la Guinée et le Mali pour ne citer que ceux-là, ont su profiter des talents révélés lors des CHAN 2011, 2014 et 2016. A l'époque de son lancement, on s'était ému dans les colonnes de France Football que ce tournoi risquait de devenir une plateforme supplémentaire pour les agents et les clubs occidentaux. Un marché qui risquait d'affaiblir les compétitions locales si les meilleurs venaient à partir juste après le CHAN. Neuf ans après son édition inaugurale, le CHAN n'est pas devenu, finalement, le marché que l'on craignait mais il a permis à certains de choisir l'Europe, comme le Malien de Lille Yves Bissouma, médaillé d'argent en 2016 avant de signer dans le Nord.
C'est donc cette compétition à seize que le royaume chérifien organise à partir de samedi. Une douce revanche pour le président de la Fédération, Fouzi Lekjaa, l'un des bras droits du nouveau président de la CAF, Ahmad Ahmad. Il y a trois ans, quand le Maroc avait refusé d'organiser la CAN en raison de la crise liée à Ebola et demandé son report, la CAF lui en avait retiré l'organisation pour la confier à la Guinée Equatoriale. Aujourd'hui, le Maroc poursuit son opération séduction à l'encontre de l'Afrique et du monde. Casablanca, Agadir, Tanger et Marrakech vont abriter les 32 matches jusqu'au 5 février.

Le Maroc de retour au premier plan

Son équipe nationale A est qualifiée pour le Mondial en Russie, le Wydad de Casablanca champion d'Afrique des clubs en titre, même s'il est en souffrance sur la scène nationale. Le pays a superbement réussi l'organisation en juillet dernier d'un historique Symposium du football africain qui a jeté les bases d'une nouvelle CAF et d'une réforme de la CAN (jouée l'été et à 24 participants). Enfin, le Maroc est candidat, une fois de plus, à l'organisation d'une Coupe du monde, celle de 2026. Avec ce CHAN, dont son équipe nationale locale est grande favorite, au même titre que le Nigeria par exemple, le Maroc retrouve une place de premier plan dans le concert des nations africaines, trente ans après avoir abrité sa dernière CAN...
Frank Simon
Réagissez à cet article
500 caractères max