Ligue 1 - Rennes

Ousmane Dembélé, à toute vitesse

Alors qu'il n'a débuté en Ligue 1 que depuis trois mois, Ousmane Dembélé affole déjà les défenses adverses. Au plus grand bonheur de son club, le Stade Rennais, avec qui l'histoire avait pourtant mal débuté.

Il parait que les histoires d’amour finissent mal, en général. Entre Ousmane Dembélé et le Stade Rennais, c’est plutôt les débuts qui ont été compliqués. A tel point que le jeune homme aurait pu ne jamais évoluer en Ligue 1 avec son club formateur, qu’il a rejoint en décembre 2010, à l’âge de 13 ans. La saison dernière, alors qu’il ronge son frein avec les U19 ou la réserve avec qui il se révèle en CFA 2 (13 buts en 18 matches), on ne lui offre pas, ou très peu, sa chance avec le groupe professionnel. «Il n’a fait que quatre entraînements avec les pros sur l’ensemble de la saison, se rappelle Badou Sambagué, son avocat, qui fait office d’agent. On n’a pas compris pourquoi on ne lui faisait pas confiance». Une situation qui agace le jeune prodige, bien décidé à aller voir ailleurs, malgré un contrat de stagiaire signé un an plus tôt. En juin, il refuse la première proposition de contrat professionnel de Rennes et sèche l’entraînement en pleine préparation estivale. Son nom est évoqué au Benfica Lisbonne et au Red Bull Salzbourg. L’Angleterre lui fait également les yeux doux et Patrick Vieira, à l’époque en charge de la réserve de Manchester City, se déplace pour le convaincre. Les dirigeants rennais, qui reçoivent des offres de plusieurs millions d’euros, refusent en bloc et l’affaire reste bloquée plusieurs semaines.
Son avocat : «Si c'était une question financière avec Ousmane, on n'aurait pas signé le contrat stagiaire»
Au sein du club breton, le problème Dembélé enfle et les dirigeants rejettent la faute sur un entourage qu’ils pensent pressé de se faire de l’argent sur le dos de son poulain. «Quand tout va bien, c’est grâce au club et quand ça va mal, c’est de la faute de l’entourage, se défend Badou Sambagué. Si c'était une question financière avec Ousmane, on n’aurait pas signé le contrat stagiaire et on aurait attendu sa majorité pour signer dans un club anglais avec une grosse prime de signature à la clé». De son côté, le joueur s’estime victime d’une conjoncture irréversible. «Lors de sa première année, Philippe Montanier a été déçu par les jeunes du centre de formation, reprend l’avocat, ancien joueur de National à Pacy-sur-Eure et natif d’Evreux comme Dembélé. Et quand Ousmane est arrivé, l’entraîneur ne leur faisait plus confiance». Entre un joueur bien décidé à sauter les étapes le plus vite possible, un entraîneur peu enclin à lancer les jeunes et un club qui peine à trouver un terrain d’entente entre tout ce petit monde, les torts sont partagés.

Mikaël Silvestre dans le rôle du conciliateur

Un homme va faire pencher la balance. Engagé en juin 2015 par le président René Ruello en tant que chargé de mission, Mikaël Silvestre fait de la signature du contrat professionnel de Dembélé une affaire personnelle. «Je lui ai demandé combien de temps il lui avait fallu pour voir qu’Ousmane avait un potentiel énorme, poursuit Sambagué. Il m’a répondu : "Trente minutes, lors d’une opposition à l’entraînement". M. Silvestre a mis du poids sur les mots des dirigeants. C’est son discours qui a décidé Philippe Montanier à donner du temps de jeu à Ousmane. Sans lui, on en serait sans doute encore au point mort». «C’est un joueur qui sort du lot et qui m’a tapé dans l’œil de suite, confirme l’ancien international français. J’étais au cœur du problème. J’ai très souvent été en contact avec Ousmane, ses conseillers et sa famille. On n’a pas réussi à se mettre d’accord dès les premières fois. Il y a eu un premier éloignement au niveau du dialogue car tout le monde campait sur ses positions». Finalement, après d’âpres négociations, les différentes parties sont revenues à la raison et un accord débouchant sur un contrat de trois ans est signé le 1er octobre dernier.
Mikaël Silvestre. (L'Equipe)
Mikaël Silvestre. (L'Equipe)
Un mois plus tard, Dembélé débute en Ligue 1. Cinq minutes face à Angers puis titulaire contre Bordeaux le week-end suivant. Des débuts dans le onze de départ récompensés par un premier but. Depuis, l’ailier, qui a participé aux treize matches joués par le Stade Rennais, en a inscrit trois autres et a délivré deux passes décisives. Une entrée en matière qui a facilité son intégration au milieu des Ntep, Armand et autres Grosicki, quelque peu surpris par son coup de sang de l’été dernier. «Les joueurs n’ont pas compris son absence. Mais à son retour dans le groupe, Ousmane s’est excusé en expliquant ce qu’il s’était passé. C’est un garçon intelligent. Il a été très bien accueilli. Et quand on voit ce qu’il apporte, ses coéquipiers sont contents de l’avoir dans le groupe», en rigole aujourd’hui Silvestre, qui n’hésite pas à parler, déjà, de «Dembélé dépendance». Des propos qui s’accordent avec ceux du joueur. «Ce qu’il s’est passé l’été dernier, c’est de l’histoire ancienne, déclarait-il au début du mois sur le site de son club, qui le préserve des sollicitations médiatiques. Je suis soulagé que tout cela soit terminé. J’ai été bien intégré par le groupe notamment grâce aux anciens du centre de formation comme Steven Moreira ou Abdoulaye Doucouré».
«Ousmane a des caractéristiques qui me rappellent le jeune Cristiano Ronaldo»
Si ses débuts en surprennent plus d’un, ce n’est pas le cas de ceux qui le suivent depuis longtemps. De Silvestre à Sambagué, en passant par Teddy Musumbu, son conseiller sportif avec qui il s’est entraîné tous les jours l'été dernier, et Ludovic Batelli, son sélectionneur en équipe de France U19, ils sont unanimes : Ousmane Dembélé est un futur très grand. «C’est un joueur qui vous fait gagner des matches», détaille Musumbu. Mickaël Silvestre va même plus loin et ose la comparaison suprême: «Je vais me mouiller, mais il pourra prétendre au Ballon d’Or. J’ai vu Cristiano Ronaldo arriver au même âge à Manchester United et Ousmane a des caractéristiques qui me rappellent le jeune Cristiano».
 
Le garçon est à l’aise à droite comme à gauche. Fin, rapide et pas maladroit techniquement, il a mis à mal bon nombre de défenses ces trois derniers mois, au Roazhon Park ou ailleurs. En plus de ses quatre buts et deux passes, Dembélé a également provoqué deux penalties, dont un contre Troyes, qui a permis à Rennes de revenir dans la partie, avant de se charger lui-même de l’égalisation et de lancer les siens vers une victoire pourtant mal embarquée (4-2). «C’est un joueur de rupture. Grâce à ses changements de direction, il prend ses adversaires à contre-pied», analyse Ludovic Batelli, qui loue ses progrès depuis qu’il a débuté dans l’élite : «Il est beaucoup plus juste, plus efficace dans les zones de vérité puisqu’il a marqué et fait marquer». Des aptitudes qui l’habitent depuis longtemps. A l’époque, habitué à évoluer dans les catégories du dessus, il faisait déjà la différence, parfois au détriment du collectif. «Il a fallu le cadrer, révèle Musumbu. En U13 et U15, dès que son équipe perdait, il prenait le ballon et filait au but. On lui a fait comprendre que la différence pouvait également se faire par une passe, un déplacement sans ballon».
Signe de son aisance sur le front de l’attaque des Rouge et Noir, Rolland Courbis l’a même titularisé avant-centre vendredi dernier contre Ajaccio. Un poste qui a toutefois montré les quelques lacunes dans son jeu dos au but, sans doute liées à son gabarit encore frêle (1,77 m pour 61 kg). «Il a également tendance à faire quelques touches de balle superflues et manquer de lucidité dans le dernier geste, mais c’est un joueur d’instinct, il faut donc le laisser faire. Il doit continuer à travailler et optimiser ses points forts. Ce qu’il fait à son âge en L1, c’est un moyen exceptionnel de parachever sa formation et surtout de l’accélérer», précise Batelli. Dembélé est un diamant brut qui reste à polir. Selon ses proches, sa marge de progression est même immense, d’autant plus qu’il n’est pas encore au top physiquement. «Avec son inactivité estivale, il n’est qu’à 70% de son potentiel, conclut Musumbu. Les spectateurs n’ont pas encore vu le vrai Ousmane». Dembélé, ça promet !
Antoine Raguin 
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