Ces supporters amoureux de leur club

Paul Capietto, le berger des Aiglons

Cet original est connu comme le loup blanc par tous les inconditionnels de l'OGC Nice.

Il s'appelle Paul Capietto, mais, pour tous ceux qui suivent le Gym, il est le berger. Un berger sans mouton qui descend chaque semaine de sa montagne, de Saint Martin-Vésubie, au cœur de la «Petite Suisse», pour voir jouer son club. Il chausse ses skis, enfourche son vélo et le show peut commencer. Chacune de ses apparitions est un happening, le stade devient la scène de ses performances. Dans son genre, le berger est un artiste dont l'attitude dynamite le réel. En est-il conscient ? Pas certain. «Il n'est pas tout seul dans sa tête», euphémise-t-on pour expliquer son comportement. Ses propos n'ont pas la cohérence d'un discours de conférencier. Qu'importe ! Entendre «Viva Garibaldi !» lancé depuis le kop détonne. Comme voir ce personnage aux faux airs de Daniel Herrero pédaler skis aux pieds en saluant tout le monde.

Nu les skis aux pieds

À l'entendre, il a vécu mille vies, exercé nombre de métiers. Il saute du coq à l'âne, s'inquiète de ne plus voir son vélo qui a «appartenu à Jean Moulin»... Ceux qui le connaissent témoignent qu'il n'a pas toujours été borderline. Paul Capietto a des frères et sœurs, deux enfants. Longtemps il a été moniteur de ski, il a même donné des cours au petit Hugo Lloris, dont il suit depuis la trajectoire. Jusqu'à cet accident de la vie il y a une vingtaine d'années, une blessure alors qu'il encadrait des moniteurs, un contrat qui n'était alors pas encore signé, la perte de son emploi et le glissement progressif dans un autre monde, son monde, qui croise régulièrement celui des footballeurs niçois. À l'époque du Ray, le berger suivait les matches du haut d'un arbre bordant le stade. Depuis, le club l'invite en tribune et a même célébré ses soixante-dix ans en novembre dernier, à l'occasion de la venue de Bastia, en lui offrant des mains du président Rivère un maillot floqué 70 pendant que l'Allianz Riviera entonnait Joyeux Anniversaire.

Le berger est devenu une mascotte que tout le monde reconnaît, un gentil original qui donne le sourire. Gêné, parfois, le sourire quand, lors d'une fête organisée sur le parking du club avec les supporters pour fêter la quatrième place au soir de la dernière journée de la première saison de Claude Puel, il monte sur l'estrade, commence un striptease et termine en nu quasi intégral – il a conservé ses skis – dans le dos de Christian Estrosi et d'autres notables locaux venus prendre un bain de gloire sportive. Les Bleus sont à Tignes avant le Mondial 2010 ? Il file et s'invite pour convertir Gignac, Ribéry and Co. au pilou, jeu niçois où il excelle et qu'il fait partager aux gamins de Saint-Martin. Il les retrouve quelques années plus tard alors que l'équipe de Deschamps joue l'Arménie à l'Allianz Riviera et les accompagne, à skis toujours, sur la promenade des Anglais.

Ni eau, ni électricité, ni téléphone

Mais il reste fidèle au Gym, suit ses joueurs dès qu'il le peut. Avec son vélo et ses skis, il prend le train direction la Bretagne, le Nord ou la Normandie. Il voyage sans billet, cumule les amendes qu'il n'a pas les moyens de payer. Dans le Mercantour, il vit dans la maison familiale, sans eau, sans électricité, sans téléphone, hors du monde «normal». Des amis niçois le logent les soirs de match, ailleurs il se débrouille. À un journaliste de Nice-Matin s'étonnant de le voir devant le Parc des Princes – avec vélo et skis toujours – lors du récent PSG-Nice et lui demandant où il avait dormi, il répond : «Dans une librairie anarchiste.» Tel est le berger, subversif et poète à sa façon, libre dans sa tête et amoureux du football niçois.

P.S.

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