Le tableau noir de Coach P.U.

Roma : avec Spalletti, ça change quoi ?

Dimanche, le successeur de Rudi Garcia a aussitôt voulu marquer son territoire en s'appuyant sur d'autres joueurs et d'autres animations de jeu (4-2-3-1 et 3-4-2-1). Mais les Giallorossi n'ont pas fait mieux que 1-1 contre Vérone, lanterne rouge de la Serie A.

Ce n’est plus la même équipe qu’il y a dix jours, mais la Roma ne va pas mieux pour autant. Depuis mercredi dernier, Luciano Spalletti a remplacé Rudi Garcia, mais celui qui avait déjà entraîné le club, de juillet 2005 à août 2009, n’a clairement pas réussi son premier pari. Autrement dit ? Gagner, donner au jeu de l’équipe davantage d’intensité, dans les courses comme dans les passes, et afficher aussi une maîtrise technique plus efficace. 

Dimanche contre Vérone, beaucoup de choses ont déjà changé, à commencer par les hommes et surtout l’organisation de jeu. Exit, donc, le 4-3-3, place au 4-2-3-1 (durant le premier quart d’heure et la dernière demi-heure) et au 3-4-2-1. Sauf qu’avec un bloc positionné assez bas autour de Pjanic et De Rossi, la Roma a offert davantage de confusion que de certitudes, malgré une possession de balle de 68% et près de 600 passes échangées. L’équipe ne court donc pas plus qu’avant et surtout pas mieux (lors des matches aller, c’est l’équipe qui a couru le moins hormis Carpi, 98 kms en moyenne par match). Elle n’accélère pas non plus davantage, notamment dans le dernier tiers du terrain. Et si son point fort supposé reste le milieu, la reconfiguration de son triangle avec une pointe haute cette fois (Nainggolan) n’a pas permis non plus de faire avancer le débat.
 
A quelques jours de son prochain match contre la Juve, dimanche à Turin, et à moins d’un mois de son huitième de finale aller de Ligue des Champions contre le Real de Zidane, ses lacunes défensives persistent et son attaque ronronne toujours. En somme, le chantier s’annonce plus vaste que jamais...
 

La dernière équipe de Garcia (4-3-3)

  
Pour son dernier match contre Milan (1-1), Rudi Garcia était privé de Dzeko (suspendu). Son coaching, poste pour poste : Manolas par Castan (46e), Iago Falque par Salah (56e), Sadiq par Totti (70e).
 

La première équipe de Spalletti (4-2-3-1)

  
Pour son premier match contre Vérone (1-1), Luciano Spalletti a apporté quatre changements dans l’équipe de départ. Son coaching : Castan par Rüdiger (66e), Torosidis par Iago Falque (73e).

Pjanic-De Rossi pour ordonner le jeu

Dans le 4-3-3 de Rudi Garcia, l’équipe s’articulait jusque-là autour d’un milieu à trois avec De Rossi en sentinelle et Pjanic et Nainggolan comme relayeurs à l’intérieur du jeu. Désormais, la Roma évolue avec la paire Pjanic-De Rossi devant la défense pour donner une meilleure qualité et variété de relance, soit en passes courtes, soit avec du jeu long. En tout cas, c’est la vérité du premier match, aussi bien quand les Giallorossi ont joué en 4-2-3-1 ou en 3-4-2-1. Contre Vérone, Pjanic (133 ballons) et De Rossi (120 ballons) sont logiquement les deux joueurs qui ont touché le plus souvent la balle, mais ils n’ont pas été aussi performants l’un que l’autre. Si le capitaine romain s’est montré le plus efficace (87% de passes réussies et une passe décisive pour Nainggolan), le plus constant dans le pressing, le plus précis dans le jeu long et surtout le plus imaginatif dans la construction, en revanche Pjanic a beaucoup moins convaincu dans cette position basse et ce rôle à la Pirlo qui réclame à la fois une grosse capacité d’analyse et de la justesse technique.
Pjanic a été repositionné plus bas, à côté de De Rossi, pour mieux faire repartir le jeu de derrière. Plutôt que de choisir les ailes, sa première relance verticale permet ici de passer cinq joueurs de Vérone. (Capture écran beIN Sports)
Pjanic a été repositionné plus bas, à côté de De Rossi, pour mieux faire repartir le jeu de derrière. Plutôt que de choisir les ailes, sa première relance verticale permet ici de passer cinq joueurs de Vérone. (Capture écran beIN Sports)

Nainggolan sous la pointe

Le milieu de terrain belge sait faire énormément de choses : harceler, récupérer, accélérer, allonger le jeu, se projeter vite vers l’avant et même marquer ou donner la dernière passe. Il est puissant et très fort dans le duel. Il possède un volume de courses énorme et ne manque jamais de gaz. Si son profil est donc davantage celui d’un joueur box to box, Spalletti a pourtant décidé pour sa première de le faire jouer plus haut que d’habitude, sous la pointe. C’est d’abord avec Dzeko qu’il a cherché à jouer et à trouver des solutions (7 passes, mais jamais dans les trente derniers mètres). Mais s’il s’est avéré très utile pour venir presser le porteur adverse, si son agressivité a fait du bien aussi pour compenser le déficit de confiance et d’efficacité de Dzeko (seulement 3 buts, dont 2 penalties, en 16 matches de Serie A) et s’il a même marqué son premier but de la saison, le Ninja doit néanmoins trouver encore ses repères dans cette zone là. Si c’est bien là l’idée de son nouvel entraîneur...
En mettant Nainggolan derrière la pointe (Dzeko), l?idée est d?avoir davantage d?agressivité devant, de presser beaucoup mieux à la perte et de récupérer le ballon plus haut. (Capture écran beINSports).
En mettant Nainggolan derrière la pointe (Dzeko), l?idée est d?avoir davantage d?agressivité devant, de presser beaucoup mieux à la perte et de récupérer le ballon plus haut. (Capture écran beINSports).

La tentation de la défense à trois

C’est l’une des pistes lancées par Spalletti depuis la semaine dernière : «La Roma est une équipe qui ne peut pas se permettre de jouer dans un seul schéma. D’ailleurs, tous les grands clubs en Europe sont capables de changer d’animation et d’organisation en cours de match.» Lorsque l’équipe est passée en 3-4-2-1, de la 15ème à la 60ème minute, avec Florenzi et Digne dans les couloirs, Pjanic et De Rossi dans l’axe, et Salah et Nainggolan derrière Dzeko, la Roma n’a pas offert cependant toutes les garanties nécessaires. Elle a même concédé pas mal d’occasions contre un adversaire sans la moindre victoire cette saison. L’association Torosidis-Manolas-Castan n’a pas toujours bien fonctionné (Spalletti, qui voulait relancer le Brésilien Castan, a même avoué : «Je me suis trompé»), mais avec Rüdiger, qui joue parfois ainsi en équipe d’Allemagne, ou De Rossi, pour peu que Spalletti déshabille son milieu et l’équilibre différemment, la défense à trois demeure néanmoins une option. «De Rossi est le joueur qui possède le plus d’expérience et de qualité, prétend le successeur de Garcia. Avec lui je peux tout faire, car il sait interpréter toutes les situations de jeu.» 
Pendant une heure, la Roma a joué à trois derrière dans l?axe (Torosidis-Manolas-Castan) pour mieux libérer les côtés. Mais cette animation n?a pas été franchement convaincante, surtout avec ces joueurs-là. (Capture écran beIN Sports)
Pendant une heure, la Roma a joué à trois derrière dans l?axe (Torosidis-Manolas-Castan) pour mieux libérer les côtés. Mais cette animation n?a pas été franchement convaincante, surtout avec ces joueurs-là. (Capture écran beIN Sports)
Patrick Urbini
Réagissez à cet article
500 caractères max