traore (sammy) (MOUNIC/L'Equipe)
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Sammy Traoré : «J'aimerais bien retrouver mon Parc des Princes avec des fumigènes et du bordel»

Il était l'un des derniers symboles du PSG avant l'arrivée des Qataris. Sammy Traoré, qui a eu 40 ans ce jeudi, évoque pour FF sa jeune retraite et sa volonté de devenir coach. Mais il n'oublie pas, évidemment, de parler du PSG d'Ibrahimovic et de Thiago Silva. Avec une certaine nostalgie concernant l'ambiance au Parc des Princes.

«Sammy, voilà presque cinq ans que vous avez disputé votre dernier match chez les pros avec le PSG (30 avril 2011). Que devenez-vous ?
Je m’occupe de mes deux enfants. Je commence à passer mes diplômes d’entraîneur. Je suis inscrit au Be1 cette année. Dans ma promotion, je suis avec Edouard Cissé, Pascal Chimbonda, Laurent Robert. J’ai commencé en septembre dernier. En parallèle, j’entraîne l’équipe 3 de Créteil en DHR avec un ami. C’est un tout autre métier.
 
Avant de vous engager dans cette formation, qu’avez-vous fait depuis cinq ans ?
Je me suis rapproché de chez moi, à Créteil. J’ai pu, par exemple, emmener mes enfants à l’école. Profiter davantage de ma famille et de mes amis. Ça m’a également permis de réfléchir aux perspectives pour la suite et savoir dans quoi je voulais rebondir. Ce n’est pas évident. J’ai préféré entraîneur à consultant ou agent. Je peux transmettre, donner des directives, façonner une équipe à mon image.
 
L’envie, c’était donc avant tout de rester dans le foot…
On ne va pas se mentir : j’ai quarante ans, et j’ai fait du foot pratiquement toute ma vie. Maintenant, si on me demande d’aller travailler dans une administration ou aller construire une maison, j’irais volontiers, mais je ne serai pas aussi compétent. Le seul domaine où j’ai peut-être quelques qualités et où je peux transmettre, c’est le football.

«L'odeur du vestiaire, ça me manque»

Diriez-vous que c’est compliqué de bien choisir sa reconversion ?
Il faut être préparé. A 35 ans, j’étais en fin de contrat avec le PSG donc je savais que ça allait arriver. Mais quand je vois les jeunes générations qui arrivent : eux n’auront peut-être pas la chance de faire dix ans de carrière au haut niveau. Maintenant, certains arrêtent plus tôt, subissent des ruptures de contrat. Ce n’est plus comme avant. A mon avis, il faut que les clubs pros aient dans leur entourage une personne qui commence à préparer les footballeurs à l’après.
 
Comment a germé cette idée de devenir coach ?
C’est en côtoyant un ami, Sébastien Gondouin, entraîneur-adjoint de Jean-Luc Vasseur au Paris FC. Il était coach à Créteil auparavant et en l’écoutant parler, en observant quelques-unes de ses séances, ça m’a attiré. Ensuite, j’en parlais parfois avec Antoine Kombouaré, mon dernier entraîneur au PSG. Il me disait que j’avais quelques qualités pour coacher. J’ai un rapport assez facile avec l’humain. Désormais, au fur et à mesure du diplôme, on apprend les rouages du métier. A chaque session, je me régale, notamment avec cette ambiance de vestiaire qu’il peut y avoir entre nous. Parce que c’est vraiment ça qui me manque : ce n’est pas forcément le terrain où on joue 90 minutes, c’est surtout le cheminement de tout ce qui prépare le match. Cette odeur de vestiaire, cette odeur de pelouse.
 
Dans combien de temps serez-vous diplômé ?
Les premiers examens sont prévus en mai. Si tout va bien, j’enchaîne sur une seconde année pour le DEF. Puis le DEPF. Dans trois ans, je peux être un entraîneur sur le marché.
 
Il a fallu se forcer pour redevenir un étudiant ?
Pas forcément. De toute façon, on ne travaille que sur des ordinateurs. Il a fallu se remettre à Word et Excel, mais c’est sympa. Dès que tu te remets dedans, c’est cool, ça reste de l’apprentissage.

«Il n'y a rien de plus formateur que de travailler avec des amateurs»

Quelles sont vos ambitions ?
Quand tu commences quelque chose, il faut être ambitieux. Je veux entraîner au plus haut niveau.
 
Quel est le plus dur dans ce métier ?
Il y a entraîneur chez les amateurs et entraîneur chez les pros. C’est totalement différent. L’amateurisme, ça reste compliqué, même si je suis très content de passer par là pour mes débuts. Parfois, on prépare des séances pour 14, 15 joueurs et finalement on se retrouve à 8 ou à 21. Ce sont les imprévus de ce métier. Il faut prendre en compte le fait que les gens travaillent et il faut leur donner envie de venir à l’entraînement. C’est tout un processus sympa à vivre.
 
Pour des débuts, ce doit être une expérience très formatrice pour vous.
Ah oui ! Il n’y a rien de plus formateur que de travailler avec des amateurs. Après, quand on monte de plusieurs divisions, il y a un staff technique, un adjoint, un préparateur physique, etc. Pour entraîner, il y a deux chemins qui s’opposent : celui de Papus Camara, mon frérot, qui travaille avec Lolo (Blanc) au PSG, qui a directement intégré le grand bain. Et il y a le mien. Mais j’ai dit à Papus : «Attention, t’as eu la chance de voir tout ce qui est beau dès le début, mais il faut aussi passer par l’amateurisme !».
Sammy Traoré était souvent le premier vers qui les joueurs du PSG courraient pour fêter un but. (FEVRE/L'Equipe)
Sammy Traoré était souvent le premier vers qui les joueurs du PSG courraient pour fêter un but. (FEVRE/L'Equipe)
«Il n'y a pas longtemps, j'étais dans un Franprix dans le XIIe arrondissement. J'ai passé une demi-heure à signer des autographes et à prendre des photos. Ca fait pourtant cinq ans que j'ai arrêté le foot !»
Vous parliez de Camara et du PSG. On imagine que vous êtes toujours très attentifs à leurs résultats…
Le PSG fait partie de ma vie ! Quand tu as joué quatre ans au Paris Saint-Germain, quoiqu’il en soit, ça laisse des traces. Il n’y a pas longtemps, j’étais dans un Franprix dans le XIIe arrondissement. J’ai passé une demi-heure à signer des autographes et à prendre des photos. Ca fait pourtant cinq ans que j’ai arrêté le foot ! C’est l’aura du PSG. Peut-être que j’ai laissé un bon souvenir…
 
On a fait quelques recherches sur Twitter. Votre nom revient presque tous les jours… C’est que vous avez laissé une certaine emprunte quand même.
C’est que les gens n’ont peut-être plus l’habitude de voir des joueurs qui réalisent d’avoir la chance de faire ce métier, tout en profitant et en se disant que la vie est belle. Je me levais tous les matins pour jouer au foot, je ne pouvais pas me plaindre. Mon père était balayeur à la Ville de Créteil pendant toute sa vie, forcément je voyais la vie différemment. C’était un bonheur. Quand je regarde les jeunes aujourd’hui, ils ont tout tout de suite, ils ne se rendent pas compte. Nous, on a dû cravacher pour y arriver.
 
Diriez-vous que vous avez été l’une des dernières figures du Paris Saint-Germain avant l’arrivée des Qataris ?
On va dire que oui. L’un des derniers joueurs issus de la région parisienne avec Mamadou Sakho en tout cas. Lui a ensuite été un peu poussé vers la sortie. Quoiqu’il en soit, il y aura toujours un avant et un après. Et on ne va pas se plaindre de ce qu’il se passe au PSG aujourd’hui. Surtout avec la joie que ça nous procure.

«On ne pouvait pas demander des exploits en C1 à Luyindula, Sessègnon ou Traoré»

 
A l’époque, était-ce un crève-cœur de partir du PSG en juin 2011 et de voir débarquer les Qataris avec Javier Pastore notamment quelques semaines plus tard ?
Non, pas du tout. On a aussi écrit l’histoire du club, avec toutes ses difficultés et aussi, ses moments de bonheur. Même si je pense qu’à l’époque, Colony Capital avait les moyens d’injecter plus d’argent. Mais on ne pouvait pas demander des exploits en C1 à Luyindula, Hoarau, Sessègnon ou Traoré. Alors qu’aujourd’hui, on est en droit de le faire ! Je suis simplement heureux d’avoir pu participer à cette belle aventure. 
 
Ça vous aurait forcément plu d’avoir une petite place dans le vestiaire du PSG actuel ?
Je pense qu’avec un ou deux ans de moins, j’aurais peut-être pu y participer et négocier une prolongation d’un an de plus. J’aurais alors été plus un accompagnateur qu’un joueur de football.
 
Justement, est-ce que ça vous saoulait que l’on mette davantage en avant vos qualités «sociales» au sein d’un vestiaire plutôt que vos qualités de footballeur ?
Pas forcément. C’est même plutôt un compliment. En parallèle, si un coach t’appelle dans le groupe amené à disputer les matches, c’est qu’il doit quand même te trouver quelques qualités de footballeur ! Si tu ne sais que t’occuper du vestiaire, tu ne seras pas dans les dix-huit.
 
Si on vous dit «Sammyradona» ?
(il rigole) Je ne sais pas pourquoi cette percée a autant marqué les gens (NDLR : au cours d’un match face à Lille, Sammy Traoré a fait lever le Parc des Princes grâce à une chevauchée) ! Même un pote à moi me l’a ressortie sur Facebook il y a peu. Le PSG actuel n’a peut-être plus de défenseur qui tente ce genre de choses. David Luiz s’est un peu calmé là-dessus parce que sinon il en est capable.
«Quand je jouais, on avait des supporters alors qu'on avait des résultats en dents de scie, alors que l'équipe d'aujourd'hui obtient de magnifiques résultats sans en avoir la reconnaissance»
Votre vidéo a quand même été visionnée plus de 280 000 fois sur Youtube…
(il explose de rire) Ah ouais quand même ! C’est qu’on me connaît alors. Ça veut dire que j’ai laissé l’empreinte d’un mec bien. Tant mieux.

Allez-vous souvent voir les matches de votre ancien club au Parc des Princes ?
Pas si souvent non. Je vais plutôt souvent au Camp des Loges. Ils sont toujours très accueillants avec moi. Je trouve que le Parc a changé. J’ai quand même vécu autre chose, notamment au niveau de l’ambiance.
 
Quel est votre avis justement sur cette ambiance au Parc ?
Ça reste assez décevant. Quand je jouais, on avait des supporters alors qu’on avait des résultats en dents de scie, alors que l’équipe d’aujourd’hui obtient de magnifiques résultats sans en avoir la reconnaissance. Au bout d’un moment, il va falloir s’asseoir autour d’une table et discuter avec les ultras pour retrouver cette popularité qui anime un stade de foot normalement : quelques fumigènes, quelques drapeaux, quelques banderoles. Cette semaine, j’ai regardé le match de la Juventus face au Bayern Munich, c’était magnifique ! A Paris, les supporters ont été remplacés par des spectateurs. Et ça ne concerne pas forcément le prix des places. Il y a eu tellement de problèmes… Mais on est en 2016 ! Et je pense qu’il peut y avoir une reprise de dialogue entre toutes les parties concernées. Je suis persuadé que les ultras peuvent prendre conscience qu’on ne peut pas faire certaines choses, qu’il y a des règles à respecter. J’aimerais bien retrouver mon Parc des Princes avec des fumigènes et du bordel, mais dans le bon sens du terme. De toute façon, ce stade sera toujours plein, il y aura toujours 45 000 personnes mais il faut retrouver cette ambiance qui pousse l’équipe. Dans les prochains jours, si par bonheur le PSG arrive à éliminer Chelsea, on va recevoir une nouvelle fois un grand club et il faudra alors sentir une ambiance Ligue des champions au Parc, un douzième homme !»

Timothé Crépin 
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oskare68 26 févr. à 16:09

Et un futur entraineur de plus.Il y en a déja bcp au chomage,alors si tous veulent se mettre a entrainer ou devenir consultant....La tv est innondée en consultants en tous genres racontant n'importe quoi.

rico 25 févr. à 19:17

dommage qu' il est pas été plus sérieux au entrainement et dans sa vie il aurait pu faire une grande carrière.pour un joueur moyen s est quand même pas mal.