Ligue 2 - Nancy

Youssouf Hadji : «Mon rêve était juste de jouer pro»

Rousselot, Correa et les jeunes, l'attaquant nancéien de trente-cinq ans a son mot à dire sur tout le monde au club. Pour sa troisième pige (1997-2003, 2006-2012, 2014- ?), il aimerait finir en apothéose avec une montée en Ligue 1.

«Quel est votre statut à l’ASNL ?
Avec l’arrivée de Ben (Benoît) Pedretti, de Pape Diakhaté et de Michaël Chrétien, c’est un peu plus facile pour moi comparé à l’année dernière où j’étais un peu plus seul. En tant qu’ancien du groupe et joueur formé à Nancy, mon rôle est un peu de guider les jeunes. Puis de montrer l’exemple sur le terrain, la meilleure façon de donner des conseils est déjà de faire les choses bien sur le terrain.
 
Vous seriez presque le troisième homme du club avec Jaques Rousselot et Pablo Correa, quelle relation entretenez-vous avec eux ?
Sincèrement, ça s’est toujours super bien passé car avec le coach on s’est connu en tant que joueur et le président me connaît depuis que je suis aspirant au club. Forcément quand le frère de Mustapha Hadji (international marocain à 24 reprises, à Nancy de 1990 à 1996) vient au club, on le remarque direct. Je pense que j’étais un peu plus surveillé que les autres. Avec le président et avec le coach, ç’a tout de suite accroché. Ensuite, quand Pablo Correa est passé coach, il m’a donné beaucoup de responsabilités. Dans ce métier, c’est très difficile car il y a tellement de choses en jeu que tout le monde se méfie de tout le monde alors que, nous, avec les années, c’est devenu automatique. Maintenant, on sait qu'on peut se faire confiance les yeux fermés. 
 
Niveau tactique, le coach vous laisse carte blanche ?
Il me connaît par coeur en tant que joueur. En tant qu’attaquant, la seule chose qui compte est d’être efficace donc j’essaie de l’être le plus souvent possible. C’est plus au niveau des entraînements qu’il va me donner carte blanche. Il sait que je ne suis pas un tricheur, il sait que quand je suis un peu plus fatigué, je vais mieux gérer.
 
La saison dernière, vous avez encore pas mal marqué (14 buts), cette saison aussi (5 buts)… Comment avez-vous vu votre poste évoluer ?
Je n’ai pas commencé en pointe mais plus sur les côtés. Le coach m’avait lancé car Marco (Marc-Antoine) Fortuné était parti. J’ai dû jouer en pointe. Avec l’expérience, c’est beaucoup plus facile car on joue plus avec la tête. Déjà en tant que milieu j’aimais bien marquer. Là, j’étais en contact direct avec les défenseurs centraux et en général ce sont les plus agressifs donc il a fallu s’adapter surtout à ça, mais avec les matches, avec ce que j’avais pu vivre avant, on a essayé de contourner tout ça et ç’a plutôt bien marché.

«En dehors du foot, je ne suis pas quelqu'un qui sort, qui fait des dingueries. Je ne bois jamais.»

Vous n’auriez pas pu assumer ce poste-là dès le début de votre carrière ?
Non car, quand on joue en pointe, soit il faut aller à quatre mille à l’heure soit il faut être costaud et moi je n’avais aucun des deux donc j’étais bien sur les côtés ou un peu plus en retrait dans le milieu. Petit à petit, avec le temps, j’ai pu prendre de la bouteille et m’adapter à ce poste. En plus, je suis un joueur qui aime plutôt courir et faire des appels.
 
C’est là que vous vous sentez le mieux ?
Sept ou huit ans en arrière, je vous aurais dit que je me sentais mieux sur le côté. Mais aujourd’hui, c’est vraiment en pointe que je me sens le mieux car je suis devant le but. Je pense que c’est là que je peux apporter le plus. On ne va pas s’inventer des choses, surtout à mon âge.
 
A l’entraînement comment apportez-vous vos conseils aux jeunes ?
Je suis plutôt quelqu’un de cool. Bizarrement c’est plus eux qui viennent vers moi me demander des choses. Aussi bien eux que moi, on a besoin de se dire les choses et ça se fait naturellement.
 
Pour avoir vu Rémi Walter (20 ans, désormais à Nice) et Arnaud Lusamba (19 ans) à l’entraînement, ça sent le talent ?
Oui, bien sûr. Ils ont une aisance technique. Il y a aussi Youssef Aït Bennasser (19 ans, 22 matches de Ligue 2 cette saison), ce sont vraiment de très bons jeunes autant mentalement que dans le sportif. Je ne l’invente pas, tout le monde a pu les voir. Et ça prouve encore aujourd’hui que Nancy sort de très bons jeunes.
 
Dont vous êtes le plus ancien, comment expliquez-vous votre longévité ?
Je pense que c’est un tout. Je fais beaucoup de prévention avant les entraînements. Ce qui est super important, c'est que les coaches, Vincent Hognon et Pablo Correa, me connaissent par coeur et savent que je ne vais pas tricher. Le jour où j’ai besoin de souffler pour être à fond en match, je sais qu’ils ne vont pas me casser la tête. Après, en dehors du football, je ne suis pas quelqu’un qui sort, qui fait des dingueries. Je ne bois jamais, je ne sors pas.

«Arriver jusque 37 ans, je pense que c'est déjà exceptionnel»

J'allais voir mon frère (Mustapha) quand il jouait en Ligue 2. Pour moi, c'était déjà tellement loin tout ça, tellement inaccessible, et aujourd'hui j'ai joué en Ligue 1, en équipe nationale, en Coupe d'Europe...
Vous avez un régime alimentaire particulier ?
Je fais forcément attention à ce que je mange. Mais après, dans ma morphologie, je ne suis pas quelqu’un qui prend trop de poids. Il fallait vraiment que je fasse attention dans la prévention, à travers des renforcements. Comme j’étais fragile des adducteurs, je faisais beaucoup de renforcement musculaire pour tout ce qui peut renforcer les muscles autour. C’est un peu tout ça. Arrivé à un certain âge, on est obligé car les muscles ne sont pas aussi fibreux qu’avant. Il y a beaucoup de choses qui changent. Le muscle vieillit, le corps vieillit donc je pense qu’on est obligé de travailler plus pour durer. C’est rare que quelqu’un dure par nature. C’est comme tout, il faut travailler.
 
Vous comptez durer jusque quand ?
Je suis un privilégié, je suis sous contrat jusqu'à la saison prochaine, jusqu'à 37 ans ! Donc, voilà, si ça s’arrête à 37 ans, je serai content parce que j’ai beaucoup d’amis qui ont arrêté à 31 ou 32 ans. Arriver jusque 37 ans, je pense que c’est déjà exceptionnel. Donc aujourd’hui je profite au max, pour que ça dure le plus longtemps possible.
 
Vous envisagez de finir ailleurs qu’à Nancy ?
Aujourd’hui, mes enfants et moi-même sommes super bien à Nancy, l’idéal serait de finir à Nancy en Ligue 1. C’est pour ça que j’étais revenu. Il reste beaucoup de travail encore jusque la fin de saison (NDLR : l’ASNL est 2e avec 6 points d’avance sur le Red Star, 4e). Si je peux déjà monter avec Nancy, derrière ce ne sera que du bonus. Je sais que c’est bientôt la fin de carrière donc après on aura le temps d’y réfléchir.
 
Au moment d’atteindre la fin de votre carrière, vous dites-vous : «J’aurais pu aller plus haut»?
Des opportunités, j’en ai eues. Après, ça ne s’est pas fait donc c’est que c’était écrit. Aujourd’hui je ne regrette vraiment rien du tout. Si c’était à refaire, je referai pareil, je ne suis vraiment pas à plaindre. Moi mon rêve était juste de jouer pro. J’allais voir mon frère quand il jouait en Ligue 2. Pour moi, c’était déjà tellement loin tout ça, tellement inaccessible, et aujourd’hui j’ai joué en Ligue 1, en équipe nationale (64 sélections), en Coupe d’Europe, j’ai marqué des buts. Pour moi c’était un truc intouchable, c’est pour ça que je suis content aujourd’hui.»
Florian Perrier 
Réagissez à cet article
500 caractères max