Espagne - 21e journée

Zidane et le Betis Séville : souviens-toi décembre 1995

Zinédine Zidane, coach du Real Madrid, se déplaçait à Séville pour y défier le Betis au stade Benito-Villamarin (1-1). Une enceinte qui a forcément rappelé de bons souvenirs à ZZ auteur, il y a vingt ans, d'un des plus beaux buts de sa carrière.

«Il avait déjà analysé la situation avant d’avoir le ballon. Il savait ce qu’il allait faire.» Gaëtan Huard se souvient parfaitement de sa soirée du 6 décembre 1995. En huitièmes de finale retour de la Coupe UEFA, les Girondins de Bordeaux se déplacent sur la pelouse du Betis Séville pour tenter de se qualifier pour le tour suivant. La victoire 2-0 au Parc Lescure à l’aller incite à l’optimisme même si les Bordelais sont sur une très mauvaise passe en Championnat (une victoire en dix matches, 14e).

Quand les éléments se déchaînent

Le chaud public sévillan les attend de pied ferme. Les éléments climatiques font même penser que cette journée sera forcément spéciale. «Il n’avait pas plu depuis quatre ou six mois dans la région, se souvient Philippe Doucet, commentateur de ce match pour Canal+ ce soir-là avec le regretté Thierry Gilardi. Et à moins d’une heure du coup d’envoi, il y a eu un déluge invraisemblable. On a même cru que le match n’allait pas avoir lieu, la pelouse avait du mal à boire l’eau. C’était marrant car les Espagnols étaient à la limite d’implorer le ciel en disant que c’était un miracle
 
Les éléments se déchaînent et un éclair va venir illuminer la nuit sévillane. Quatrième minute de jeu : Gaëtan Huard, le gardien des Girondins, dégage, Anthony Bancarel, à la lutte avec un adversaire dévie le ballon qui atterrit dans les pieds de Zinédine Zidane aux trente-cinq mètres. D’une reprise en demi-volée du gauche, ZZ écrit sa légende et lobe Pedro Jaro pour l’un des plus beaux buts de sa carrière.
 
«C’était complètement soudain, inattendu, on n’avait pas imaginé que cela était possible», lance Philippe Doucet. «Quand on l’a vu faire, on se demandait ce qu’il faisait ! C’était un geste fou, se rappelle Laurent Croci, titulaire à Séville. On a été en admiration devant cet instinct de génie. Il s’est fait connaître par ce but. Il a fait taire la foule qui était presque admirative de ce geste. Il nous a retiré une belle épine du pied.» Car Gaëtan Huard s’en souvient très bien, l’ambiance était assez austère, «on sentait la pression, les médias pensaient que tout était possible. Surtout qu’on était dans une forme un peu contradictoire, moyen en Championnat, mais bon en Coupe d’Europe, prolonge le consultant de BeIN Sports. Ce but exceptionnel a mis un petit coup de marteau sur les têtes des Sévillans, les spectateurs ont baissé d’un ton, marqués par ce but de génie. Car la force des très grands est de voir avant de recevoir
 
Zidane a pris des coups ce soir-là, mais a éclairé les mirettes. (L'Equipe)
Zidane a pris des coups ce soir-là, mais a éclairé les mirettes. (L'Equipe)
Un but magnifique donc, qui a pu aider Zidane dans son ascension vers le très haut niveau. «À cette époque, il faut se souvenir qu’on ne sait pas si Zidane va devenir un très grand joueur, précise Philippe Doucet. On était persuadé qu’il avait un talent fou, mais, physiquement, on ne le trouvait pas si exceptionnel. C’est sans doute dans l’un de ces moments qu’on s’est dit qu’il avait vraiment quelque chose. Ce but l’a probablement aidé aux yeux des plus grands. La preuve, il partira à la Juve quelques mois plus tard.» De là à dire que c’est son plus beau ? «Il est magnifique, mais ce n’est pas le plus beau. J’en ai vu d’autres…mais j’en ai aussi pris des magnifiques», rigole Gaëtan Huard.
Timothé Crépin 
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