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Économie

Foot français : la passion du jeu avant tout

Pour être certain que le Championnat conserve un niveau compétitif, les clubs de Ligue 1, par l'intermédiaire de leurs joueurs et de leurs dirigeants, doivent tout faire pour que la passion du jeu subsiste. C'est notre chronique éco de la semaine.

Parmi les facteurs clés de succès de l'attractivité d'un sport, la passion est essentielle. Tout en tenant compte des événements de novembre dernier, les taux de remplissage des stades de Ligue 1 et de Ligue 2 sont de plus en plus inquiétants. Malgré la rénovation de certains stades, l'amélioration des services aux publics et la mise en place de nouvelles stratégies marketing, les clubs ont du mal à attirer les spectateurs et partenaires. Dans les médias, ce phénomène se fait aussi largement ressentir. Le match OM - Guingamp a eu du mal à dépasser la note de 5/20 pour les téléspectateurs de Canal +, si bien que les journalistes présents n'ont pas eu grand-chose à raconter sur le contenu sportif. Si l'on compare un match de football à un repas dans un restaurant, le principal intérêt concerne le contenu des plats et donc d'un match même si l'accès, l'accueil ou les services sont satisfaisants. Pour continuer à utiliser la métaphore culinaire, la qualité des ingrédients et le talent des chefs cuisiniers font la réputation et donc l'attractivité d'un restaurant. Comme le rappellent de nombreux consultants dans les médias, le contenu d'un match, et donc le jeu proposé aux spectateurs, est le déterminant principal des émotions qui vont être provoquées et vécues.

Paris pas responsable de cette perte de passion

Pour certains observateurs, la domination économique et sportive du PSG limite l'enjeu concurrentiel de nos compétitions nationales. Le PSG est en quelque sorte le Djokovic du football français en écrasant la concurrence, en étant injouable même lors d'un mauvais jour... Pourtant, le club parisien fait la promesse du rêve et a fait le choix délibéré du jeu et des joueurs pour y arriver. Le PSG est tout sauf le responsable de la perte de passion pour le football en France. D'autres clubs ont pu connaître des cycles de domination économique et sportive. Lyon et Marseille ont été les deux dernières illustrations de ce phénomène et l'état passionnel en France ne semblait pas aussi affecté qu'en 2016...

Excepté le PSG, les autres ne peuvent plus investir sur les joueurs et sur le jeu

L'attractivité d'un jeu est liée aux joueurs. Le grand danger pour un sport concerne la perte de passion pour son jeu et ses joueurs. Bien entendu tout est lié et il est évident de rappeler que les modèles économiques actuels hors PSG ne permettent plus aux clubs d'investir sur les joueurs et donc le jeu. Les Marseillais pourront parler du cas Bielsa qui a en effet «sur-passionné» le Vélodrome mais avec un effectif tout autre. Les Lyonnais, quant à eux, entrent dans une nouvelle dimension extra-sportive avec leur nouveau «parc» de jeu. Mais sans le jeu, les «lumières» s'éteindront. Ce n'est pas le stade qui fait le jeu mais bien les joueurs, le stade n'est que la place. Sans le moment sportif, cette place n'est qu'un objet d'architecture figé.
Le football français a besoin de construire sa culture foot à partir de ses produits sportifs (ses joueurs) et de ses cuisiniers (ses dirigeants).
L'éternelle question de la relation entre l'économique et le sportif se pose. Mais pour qu'un modèle, c'est-à-dire une mécanique économique et marketing puisse fonctionner, le football français a besoin de construire sa culture foot à partir de ses produits sportifs (ses joueurs) et de ses cuisiniers (ses dirigeants). En 1992, les Anglais ont fait le choix délibéré du jeu et de son spectacle sans partir des produits locaux, mais en attirant des stars et des dirigeants étrangers... La France a su réussir dans de nombreux domaines à partir des produits de son terroir qui se sont ensuite internationalisés : la gastronomie, l'art, la culture, le luxe...
En l'état, espérer l'arrivée «magique» d'investisseurs reste utopique. En effet, pour attirer de nouveaux actionnaires, la passion pour le jeu est une condition nécessaire. Oui, la France a besoin d'investisseurs pour rester crédible économiquement et donc sportivement sur le plan européen, mais elle doit surtout les attirer par la passion du jeu.
Maître de Conférences Aix Marseille Université 
Professeur Associé Kedge Business School
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BelCanto 20 janv. à 22:38

Le jeu repose essentiellement sur les joueurs mais pas exclusivement, tout le monde est impliqué, c'est un état d'esprit comme on dit. Ce qui s'est passé avec Luzenac a aussi un rapport avec cela. Le PSG n'est pas responsable du marasme, il n'est pas non plus "la locomotive" du train des rêves.