Marseille - Vélodrome
Économie

Euro 2016 : France-Allemagne et l'atout marseillais

23 juin 1984, la France de Platini affronte le Portugal à Marseille. Les joueurs français, qui seront sacrés champions d'Europe, réalisent une prestation qu'ils qualifieront de moyenne mais réussissent à vaincre leurs adversaires en prolongation. Pourtant, ce match est resté dans l'histoire par son scénario, l'ambiance et le rôle du public marseillais qui a fortement marqué les joueurs.

L'Euro 2016 n'est pas pour l'instant une compétition qui fera date en termes de performances sportives individuelles ou collectives. Certaines grandes nations ont déçu, d'autres sont à leur place et ce sont surtout les équipes surprises qui font le buzz par leur performance mais aussi par leur culture de supporters de la sélection : Islande, Irlande, Irlande du nord, Pays de Galles... Au final, le spectacle a parfois plus eu lieu dans les tribunes que sur le terrain. Cette culture du supporter ne se construit pas dans le court terme. La passion pour le sport et le football existe dans de nombreux pays mais rares sont les nations ou les clubs qui arrivent à intégrer cette culture de fans au sein de leur marque de fabrique. Historiquement, les exemples sont les pays d'Amérique latine, de nombreuses nations anglo-saxonnes ou encore la surprise de cet Euro, en l'occurrence l'Islande, désormais connue pour son fameux «clapping» avec ses groupes de supporters.
Pour que cette culture devienne une ressource durable, les résultats et la qualité sportive sont des ingrédients clés. Les clubs ou les équipes nationales ne peuvent pas créer de manière artificielle des groupes et une culture de fans.
Concernant la France, cette culture n'est pas aussi prononcée. La Fédération Française de Football œuvre pour accompagner les groupes de supporters dans leur démarche lors de cet Euro. Mais il existe malgré tout quelques exceptions culturelles dont Marseille, Lens ou encore Saint-Etienne. Ces exceptions sont associées à l'histoire des clubs et leurs performances mais aussi au fait que le football est une sorte de ressource passionnelle locale inscrite au patrimoine social et économique des territoires.

La culture du douzième homme est présente à Marseille. Il a suffi d'un entraîneur passionnel argentin pour électrifier le Vélodrome l'an dernier. Pour que cette culture devienne une ressource durable, les résultats et la qualité sportive sont des ingrédients clés. Les clubs ou les équipes nationales ne peuvent pas créer de manière artificielle des groupes et une culture de fans. La passion est d'abord naturelle mais ce qui fait l'ambiance dans un stade concerne surtout les chants ou les rites des fans. C'est le cas de Dortmund, de Marseille, de Lens... Ces chants sont les marqueurs d'une nation ou d'une équipe. La Marseillaise est l'un des «marqueurs» de l'équipe de France. Jouer le match du siècle, comme l'exprime le journal La Provence, au stade Vélodrome sera comparable à 1984 avec encore plus de monde et cette fois-ci un adversaire supérieur sur le papier.
France-Allemagne est un duel devenu légendaire dont la dramaturgie a marqué des générations depuis la demi-finale de la Coupe du monde 1982. Le sport devient unique quand il permet de créer des histoires qui se transmettent de générations en générations. Les médias en sont friands pour alimenter leur contenu. Alors oui, les jeunes générations ont peut être découvert Jean-François Domergue auteur d'un doublé en 1984, mais ceux qui ont vécu les épopées 84 et 98 sont en attente d'un exploit dans un stade qui a été construit pour la demi-finale de la France à Marseille.

La marque équipe de France est toujours en reconstruction

Si l'équipe de France est une équipe en devenir portée par le talent d'une jeune génération, guidée par un entraîneur leader fortement attaché à l'histoire du football français, sa marque est toujours en reconstruction. En cas de victoire face à l'Allemagne, l'équipe de France redeviendra une nation forte du football et l'ambiance marseillaise risque de refaire parler de nombreuses générations. Car outre l'enjeu sportif, le lieu et le contexte, France-Allemagne affecte émotionnellement toutes les générations. Lorsqu'un événement permet de raconter des histoires et d'en produire de nouvelles, il est en général un atout maître pour construire ou reconstruire une marque sportive.

Lionel Maltese
Professeur Associé Kedge Business School
Maître de Conférences Aix-Marseille Université
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