Le maillot des Bleus, un collector. (L'Equipe)
Chronique - Du foot à Drouot

« Contenter tous les acheteurs»

Samedi 27 juin aura lieu à l'hôtel Drouot* dans le IXe arrondissement parisien, une vente aux enchères exclusivement d'objet relatifs aux sports : tenues de sportifs, bronze, affiches, programmes, médailles... Plus de 600 lots seront ainsi mis aux enchères. Parmi eux, 140 exclusivement consacrés au football, dont quelques pièces exceptionnelles. Rencontre avec Jean-Marc Leynet, l'expert qui a rassemblé toutes les pièces du catalogue proposé par le commissaire priseur Olivier Coutau-Bégarie.

«De telles ventes en quantité et en qualité sont-elles monnaie courante ?
Il y a encore une quinzaine d'années, on pouvait dénombrer en moyenne quatre ventes par an de cet ordre-là organisées par trois maisons de vente. Aujourd'hui, nous nous trouvons seuls sur ce créneau et nous proposons deux rendez-vous annuels, le premier en janvier-février et le second à la fin juin. Car vous savez le principal souci sur ces opérations-là est de rassembler un nombre suffisant d'objets susceptibles d'intéresser les éventuels acheteurs. Et de trouver son public, tous les publics car je mets un point d'honneur à essayer de contenter toutes la gamme des acheteurs potentiels. Ainsi, je propose tout aussi bien des programmes ou des affiches dont les prix sont raisonnables que des lots exceptionnels qui peuvent atteindre après enchères des sommes allant au-delà des 20 000 €.
 
Justement, combien de temps vous faut-il pour réunir autant d'objets ?
En règle générale, il me faut environ quatre à cinq mois pour mettre sur pied une vente. Dans la pratique, dès que la vente est terminée, je prépare la suivante.

Inter : « J'aime raconter une histoire, recréer une ambiance en associant plusieurs objets »

Comment faites-vous pour dénicher les lots ?
Cela fait déjà trente-cinq ans que je suis collectionneurs d'objets de sports, avec une attention toute particulière pour les œuvres d'art, que ce soit les tableaux, les bronzes, les statuaires ou les sculptures. Au fil du temps, j'ai tissé un réseau de relations, de contacts. En général, on me sollicite. Concrètement, je travaille avec des professionnels – galeries, antiquaires –, des collectionneurs ou des successions. Une fois, cette étape-là achevée, je compose les lots. J'aime raconter une histoire, recréer une ambiance en associant plusieurs objets. Par exemple, je vends très rarement des maillots seuls. J'y associe souvent des médailles commémoratives, des trophées. Bref, j'espère faire découvrir au public le destin d'un joueur ou d'un événement sportif. C'est aussi pour cela que dans le catalogue, je n'hésite pas à apporter des précisions sur la nature des objets, sur le contexte. Cela plaît beaucoup.
 
En parcourant le catalogue, on recense nombre de pièces provenant d'Amérique du Sud. Comment expliquer une telle présence ?
Cela s'explique très simplement. L'Amérique du Sud a été la première place forte du football mondial. L'Uruguay a remporté les Jeux Olympiques de 1924 et 1928 ainsi que la première Coupe du monde organisée chez elle en 1930. Il ne faut pas non plus oublier que la Copa America a vu le jour en 1916, bien avant toutes les autres compétitions entre nations. Pour célébrer ou commémorer ces succès, beaucoup d'objets – médailles de participants, trophées, etc – ont été édités. Et beaucoup ont été précieusement conservés. Ces pièces anciennes sont les plus recherchées car elles racontent l'histoire de ce sport. L'Amsud constitue un filon extraordinaire très prisé par les amateurs et les collectionneurs les plus passionnés. Ce n'est donc pas un hasard si dans ce catalogue les pièces exceptionnelles proviennent de ce continent-là. Par exemple, seront mis en vente, samedi, des maillots de Diego Maradona ou encore une pièce rare, l'ensemble d'Oscar Omar Miguez, champion du monde 1950 avec l'Uruguay. Rare parce qu'au maillot sont adjointes les chaussures, une paire de bas et une médaille du joueur de la rencontre Uruguay-Angleterre de 1953, pour une estimation comprise entre 10 et 12 000 €.

«Une trentaine de pièces exceptionnelles»

En parlant de pièces exceptionnelles, combien seront soumises aux enchères ce samedi 27 juin ?
Environ une trentaine. Pêle-mêle, je citerai un maillot de l'Uruguay d'un joueur ayant disputé la Copa America 1916 avec crampons et médailles (NDLR : estimée entre 6 000 et 8 000 €), des chaussures de Pelé (entre 1 500 et 1 800 €), des répliques de la coupe Jules-Rimet offerte en 1950 aux champions du monde 1930 (entre 3 000 et 4 000 €), des insignes et des médailles offertes aux officiels à l'occasion du premier Mondial (entre 6 000 et 8 000 €), le maillot de Dominique Rocheteau porté lors du match contre la Hongrie au Mexique, en 1986 (entre 2 500 à 3 000 €) ou celui de Di Stefano à River Plate en 1947 (entre 6 000 et 8 000 €)... Mais, comme je vous l'ai dit précédemment, tout le monde pourra trouver son bonheur lors de ces enchères, avec des programmes, des affiches, des fanions... J'éprouve, par exemple, une certaine tendresse pour une affichette promotionnelle d'un numéro de Miroir-Sprint consacré à Raymond Kopa. On trouvera même une collection reliée de France Football, soixante ans, de 1946 à 2006, 450 kilogrammes dont la mise à prix est comprise entre 10 000 et 12 000 €. D'ailleurs, FF se vend très bien. (Rire.)
 
Mais quels sont les acheteurs ? Assiste-t-on à une évolution du marché ?
Concernant le football, les acquéreurs sont à 60 % des Européens, 20 % sont du continent américain avec une écrasante majorité de Sud-Américains et les 20 % restants sont d'origine diverses. Ces dernières années, on assiste à une émergence d'une demande en Asie, notamment en Chine où sont très prisés les maillots de joueurs connus actuels ou contemporains.
 
Pas de Qataris, de clients du Golfe ?
Non, pas de demande significative. Pas encore. Peut-être les mises à prix ne sont-elles pas assez élevées. (Rire.)»

Laurent Crocis
 
* Hôtel des ventes Drouot, 9 Rue Drouot, 75009 Paris, début de la vente à 11 heures dans la salle, en ligne sur Internet ou sur ordre.
 
Catalogue consultable à partir du lien ci-dessous :
 
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