labrune (vincent) louis dreyfus (margarita) (LAHALLE PIERRE/L'Equipe)
Ligue 1 - Marseille

«MLD veut se séparer de Marseille, rendre le club aux supporters, ce serait la classe»

Vendredi dernier, Ghislain Foucque, un supporter invétéré de l'OM a eu une idée folle : racheter l'OM. Il a ainsi lancé une cagnotte qui a déjà recueilli 400 000 euros de promesse de dons. Il nous explique pourquoi et comment il compte faire bouger les choses.

Il a l'OM dans le cœur, et ça se sent. Agé de 31 ans, Ghislain Foucque a lancé vendredi dernier une cagnotte au titre évocateur : «Impossible n'est pas Marseillais : rachetons l'OM.» Ce cofondateur du site lepotcommun.fr, dont Didier Drogba a illuminé les soirées quand il était olympien, raconte à FF les raisons de cette opération très sérieuse. Et qui pourrait, pourquoi pas, être le début d'une belle histoire.

«Ghislain, pourquoi avez-vous lancé une cagnotte pour racheter l'OM ?
L'idée n'est pas du tout de devenir président du club, bien évidemment. J'ai des ambitions bien plus modestes : je souhaitais simplement proposer une alternative, plutôt que de crier, siffler, insulter, etc. Je voulais prendre les choses en main et agir en lançant ce pot commun.

Comment l'idée a-t-elle germé ?
Je suis Marseillais, j'ai vécu vingt-cinq ans là-bas, j'ai entendu parler des dizaines et des dizaines de fois de ce vieux rêve de racheter le club par les supporters. J'ai eu envie de savoir : ça veut dire quoi ? Combien de supporters sont prêts à jouer le jeu ? Quel montant cela pourrait représenter ? À partir de là, pourquoi ne pas commencer à rêver...
«Le constat de base, c'est qu'on en a un peu ras le bol de la gestion actuelle du club, de voir l'OM dans la catégorie des faits divers et non plus dans celle du sportif»
Vous avez lancé ça tout seul ?
Je sais que le pot commun est un système qui marche, donc pour lancer ce type d'initiatives, j'avais l'outil idéal. Au début, ça partait d'une blague où on se disait "Et si on lançait un pot commun pour racheter l'OM ?". Ça nous a beaucoup fait rire et un matin, je me suis dit "pourquoi pas ?". J'ai donc décidé de faire ça sous forme de promesses de dons. J'explique bien aux gens de ne pas faire n'importe quoi et de ne pas mettre des montants qu'ils ne pourraient pas assumer. Du coup, on a bloqué les dons à 1 500€ au maximum, pour éviter les rigolos à 10, 20 ou 50 000€, ce qui fausserait tout.
Le constat de base, c'est qu'on en a un peu ras le bol de la gestion actuelle du club, de voir l'OM dans la catégorie des faits divers et non plus dans celle du sportif. Il y a une farouche envie d'agir et de proposer quelque chose de différent.

Pensez-vous pouvoir en faire un moyen de pression ?
Oui et non. Je ne veux pas mettre la pression à qui que ce soit, mais simplement changer les choses. Et si ce pot rencontre un succès et qu'il devient une voix audible auprès des représentants de l'OM, pourquoi pas. Plus qu'un moyen de pression, j'ai envie que ça devienne un moyen de discussion.

C'est surtout l'envie de donner davantage la parole et de poids aux supporters à l'avenir...
Exactement. Il n'y a pas un jour où on ne parle pas du rachat du club. On veut insister sur l'idée qu'on est très attaché au côté populaire de l'OM, au fait que ça ne devienne pas un club élitiste où les prix des places atteignent plusieurs centaines d'euros. Aujourd'hui, je m'inscris dans une alternative au rachat du club par un milliardaire qui viendrait avec une logique financière. On le voit avec le PSG, Chelsea, Manchester United, Liverpool où les supporters finissent par râler parce que les prix explosent. On peut paraître naïfs, mais j'ai envie de croire que le modèle qu'on préconise est possible et qu'on n'est pas obligé de se vendre à un riche industriel ou un étranger qui ferait de l'OM une vitrine pour autre chose que du foot.
Dimanche dernier, MLD en a pris pour son grade. (FAUGERE FRANCK/L'Equipe)
Dimanche dernier, MLD en a pris pour son grade. (FAUGERE FRANCK/L'Equipe)

«On est à plus de 400 000 euros, ça augmente à une vitesse hallucinante»

En 2016, dans un football toujours plus tourné vers le business, vous sentez que c'est possible de voir les supporters avoir de l'importance dans un club comme l'OM ?
Je suis un grand utopiste, j'ai envie d'y croire. Depuis que j'ai lancé cette cagnotte, j'ai été contacté par un collectif de supporters qui travaille dans l'ombre depuis plusieurs mois sur un vrai projet de rachat du club. Ce sont des gens qui sont entourés d'avocats, de juristes, de financiers, qui ont rencontré un tas de personnes influentes à Marseille. On s'est dit qu'on allait tenter de joindre les deux initiatives pour proposer un projet concret et réaliste. Je ne me fais pas d'illusion : on se lance dans quelque chose de très compliqué. Ça nous motive d'autant plus. À Marseille, on est les pros pour parler, mais j'ai envie de passer de la parole aux actes.

En tout cas, quelques jours après l'ouverture de la cagnotte (vendredi 8 avril), les débuts sont réussis !
On est à plus de 400 000 euros, ça augmente à une vitesse hallucinante. Même si ce n'est qu'une journée de salaire de Romao, ou presque (il sourit). Mais ça représente une somme importante et il faut que ça monte encore. Ça montre quand même que ça parle aux gens. On veut voir si, aujourd'hui, racheter le club avec un ensemble de supporters est crédible. Le pot est donc la partie émergée de l'iceberg, derrière, des gens y travaillent de manière très concrète et réaliste.

Combien avez-vous mis personnellement dans cette cagnotte ?
300€ ! Je pensais avoir dépensé une grosse somme, et finalement, c'est à peu près la moyenne que les gens investissent.

C'est presque incroyable de voir que les supporters sont prêts à aligner de telles sommes...
J'ai des copains qui ne roulent pas sur l'or mais qui seraient d'accord pour mettre plus de 1 000€. Si on peut racheter l'OM et avoir la gestion de notre club entre les mains, Les supporters sont capables de mettre beaucoup d'argent.
Une place bientôt plus grande pour les supporters à l'OM ? (MOUNIC ALAIN/L'Equipe)
Une place bientôt plus grande pour les supporters à l'OM ? (MOUNIC ALAIN/L'Equipe)
«Pour faire un parallèle un peu exagéré, c'est comme si on pissait sur la Bonne Mère. Tout le monde crierait au scandale»
Contre qui en voulez-vous vraiment au regard de la situation du club ?
(Il souffle) En soit, je ne suis pas dans l'optique de taper sur les gens en place. C'est plus le bordel ambiant qui me dérange. Ce qui m'embête le plus, c'est le manque de cap. Même d'un point de vue stratégique, je ne comprends pas. Où veulent-ils aller ? Depuis trois ou quatre ans, cette gestion "court-termiste" me rend dingue. Le plus frustrant, c'est ça : on ne sait pas où on va, on ne sait pas ce qu'ils veulent faire. L'actionnaire veut-il vendre ou pas ? A-t-il de l'ambition pour ce club ? Si oui, pourquoi vend-on nos meilleurs joueurs et pourquoi laisse-t-on certains éléments partir libre ? C'est très bizarre et très difficile à décrypter.

Et quand on voit l'ambiance délétère face à Bordeaux dimanche...
Ça me désole. En ce moment, ce sont des purges, on ne prend aucun plaisir. Et plutôt que de vouloir tout casser, prenons les choses en mains et proposons des solutions. Quand je repense à l'année dernière avec Bielsa, il se faisait fracasser tous les dimanches par les journalistes sportifs. Mais j'ai l'impression que les gens n'ont pas compris : oui les résultats n'étaient pas incroyables, mais on s'en foutait parce qu'on avait du spectacle, avec un mec qui avait un amour inconditionnel du foot. Les Marseillais se sont reconnus à travers ce personnage, sa philosophie. Et finalement, à Marseille, on n'est pas plus exigeant que ça, on ne demande pas de gagner la C1 tous les ans, juste d'avoir des passionnés qui prennent du plaisir à être dans ce club.

Mais vous ne pensez pas que tout ça va un peu trop loin, notamment dans la violence ?
Il faut juste comprendre l'importance qu'a l'OM dans la ville elle-même. Ce n'est pas pour faire genre : à Marseille, lors d'un soir de victoire, toutes les églises de la ville sonnent leurs cloches, le lendemain matin, tout le monde ne parle que de ça. Au contraire, une défaite te plombe ton week-end. Cela a un impact direct dans la vie des gens. Et c'est pour ça que les réactions peuvent parfois paraître démesurées. Ça touche la fierté des Marseillais. Ça peut paraître difficilement compréhensible, c'est vrai. Pour faire un parallèle un peu exagéré, c'est comme si on pissait sur la Bonne Mère. Tout le monde crierait au scandale.

Aimeriez-vous rencontrer les dirigeants de l'OM ?
Si on peut entrer en discussions, on sera ravi de le faire. Je me dis que ce pourrait être une belle porte de sortie pour Margarita Louis-Dreyfus : visiblement elle veut se séparer de ce club-là. Ainsi, le rendre aux mains des supporters, ce serait la classe. Donc oui, pourquoi pas discuter.»
Timothé Crépin
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