m'vila (yann) (MOUNIC/L'Equipe)
Ligue 1 - 29e journée

«Quelqu'un de bien qui a fait des conneries» : retour sur les années rennaises de Yann M'Vila, l'ancien prodige du football français

Arrivé à Saint-Étienne en janvier, Yann M'Vila faisait son retour à Rennes samedi (1-1). Pour la première fois depuis son départ en 2013, il retrouvait son club formateur avec lequel il a connu une ascension fulgurante, mais aussi des affaires qui ont écorné son image.

À Rennes, centre de formation a pendant longtemps rimé avec Patrick Rampillon. Entre 1987 et 2013, chaque jeune joueur qui débarquait au Stade Rennais rencontrait forcément le directeur du centre. Yann M'Vila ne déroge pas à la règle quand il est recruté par le club breton en 2004. «Je m'en souviens très bien, j'ai fait signer Yann à la gare d'Amiens et fait venir ses parents pour entériner l'engagement avec le SRFC», se souvient Rampillon. L'adolescent de quatorze ans quitte sa famille et sa Picardie natale pour une nouvelle ville dans laquelle le club s'occupe de lui. «On l'a pris directement dans une structure de préformation, on l'a logé, on l'a mis dans un collège», détaille le jeune retraité. C'était le début de l'aventure de Yann M'Vila à Rennes, une aventure qui allait durer près d'une décennie.

«Il était précoce dans la perception du jeu»

C'est simple, Yann M'Vila a marqué tous les éducateurs qu'il a pu croiser à Rennes. Sur le terrain, le natif d'Amiens affiche une maturité exemplaire et étonnante pour son âge. «Il était précoce dans la perception du jeu, il avait une grande qualité de passes, et une compréhension du jeu que les autres n'avaient pas», explique Yannick Menu, son premier entraîneur chez les jeunes au SRFC. Le milieu de terrain gravit rapidement les échelons. Pour sa première titularisation avec l'équipe réserve en CFA, il est aligné à un poste inhabituel, celui de latéral droit. «C'est un poste qu'il ne connaissait pas et au final, ç'a été l'homme du match», se rappelle avec amusement son ancien entraîneur Laurent Huard.
«J'étais dégoûté. J'étais pro mais je m'entraînais uniquement avec la réserve. Comment Guy Lacombe pouvait-il savoir si j'étais bon ou pas ?»
En 2008, il remporte la Coupe Gambardella (victoire 3-0 contre Bordeaux) aux côtés de Yacine Brahimi, Kevin Théophile-Catherine ou encore Vincent Pajot. Il se mue même en buteur en finale avec une frappe superbe des trente mètres. Le monde professionnel ne semble plus très loin mais Guy Lacombe, entraîneur à Rennes entre 2007 et 2009, ne lui donne pas sa chance. Le jeune Yann s'impatiente. La faute aussi à une blessure à l'orteil et à deux suspensions longue durée pour des tacles spectaculaires avec l'équipe réserve. «J'étais dégoûté. J'étais pro mais je m'entraînais uniquement avec la réserve. Pourtant je faisais mon boulot, discrètement. Je ne suis pas un perturbateur, je ne demandais pas à jouer. Seulement à m'entraîner avec les pros. Comment Guy Lacombe pouvait-il savoir si j'étais bon ou pas ?», racontait M'Vila à So Foot en 2010. Puis Frédéric Antonetti est arrivé.
Frédéric Antonetti, une rencontre qui va accélérer la jeune carrière de Yann M'Vila. (V.Michel/L'Equipe)
Frédéric Antonetti, une rencontre qui va accélérer la jeune carrière de Yann M'Vila. (V.Michel/L'Equipe)

La révélation d'un talent ambitieux

L'entraîneur corse succède à Guy Lacombe à l'été 2009. Dès le mois d'août, M'Vila fait ses débuts en Ligue 1 à Nice (1-1) avant de rendre une copie très propre pour sa première titularisation contre Marseille (1-1) la semaine suivante. Il s'impose rapidement comme joueur indispensable (35 apparitions en Ligue 1) pour Frédéric Antonetti qui lui prédit un bel avenir : «Pour un jeune de dix-neuf ans, il a une maturité exceptionnelle dans le jeu. Peut-être peut-il même faire la Coupe du Monde ! Je l'avais dit à l'époque pour Lloris, je le dis aujourd'hui pour M'Vila.» Et il n'est pas loin d'avoir raison. M'Vila ne participe pas au Mondial 2010 mais fait partie de la liste de trente joueurs présélectionnés par Raymond Domenech au printemps. Il connaît finalement sa première sélection deux mois après le fiasco de Knysna (défaite 2-1 contre la Norvège) pour ne plus quitter les Bleus de Laurent Blanc pendant deux ans (22 sélections).
«Ce garçon était en avance sur beaucoup de choses. C'était un compétiteur et il a compris très tôt qu'il pouvait réussir sa vie avec le foot»
Cette ascension fulgurante n'est pas le fruit du hasard. M'Vila est un joueur talentueux, très ambitieux et travailleur. «Ce garçon était en avance sur beaucoup de choses. C'était un compétiteur et il a compris très tôt qu'il pouvait réussir sa vie avec le foot. Il a fallu le canaliser et l'orienter», explique Patrick Rampillon. Ses anciens éducateurs gardent surtout l'image d'un jeune homme mordu de foot, respectueux et bien éduqué. «À l'entraînement, il avait toujours le sourire qu'il pleuve ou qu'il neige. Il a ouvert son potentiel par son travail et son écoute», estime Yannick Menu. Entre ses performances avec le Stade Rennais (150 matches) et l'équipe de France, il est promis à un bel avenir. Mais la fin de son aventure rennaise n'est pas celle espérée, notamment à cause d'affaires extra-sportives.

«Quelqu'un de bien qui a fait des conneries»

Yann M'Vila devient alors le caïd du football français. Tout va trop vite pour le jeune joueur qui est mis en cause dans plusieurs affaires qui ternissent son image. En septembre 2010, il reconnaît avoir porté des coups à un restaurateur suite à un accrochage, puis il y a l'histoire des biens personnels dérobés par deux filles rencontrées en discothèque à Montpellier après un match avec la sélection en 2011. En octobre 2012, c'est l'affaire de trop. En compagnie de quatre autres joueurs – dont Antoine Griezmann – M'Vila quitte le rassemblement des Bleuets au Havre pour sortir dans une boîte parisienne un samedi soir entre deux rencontres décisives. Son club prend la décision de l'écarter du groupe professionnel pendant trois semaines. «C'était une affaire qui faisait mal à l'image du club. À l'époque, son entourage était trop compliqué à gérer et Yann avait tendance à faire des choses qui n'étaient pas compatibles avec la vie d'un footballeur professionnel de haut niveau», affirme Pierre Dréossi, manager général du Stade Rennais entre 2002 et 2013.

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«Je regrette qu'on ait pas pu l'aider mieux que ça. Il aurait peut-être fallu l'aimer un peu plus sans hésiter à lui dire des vérités. Il avait autant de qualités qu'un Antoine Griezmann et aujourd'hui, ils ont deux carrières différentes...»
M'Vila est toujours un pion essentiel sur le terrain à Rennes alors qu'il aurait pu quitter le club à l'été 2012 après le fiasco en Coupe de France contre Quevilly (défaite 2-1 en demi-finale) et quelques tensions avec les supporters. «Il y a eu des offres concrètes de plusieurs clubs mais c'était une volonté du club et de l'actionnaire (NDLR : François Pinault) de le garder pour construire une belle équipe», éclaire Dréossi. Il quitte finalement Rennes six mois plus tard pour rejoindre le Rubin Kazan contre 12M€ et s'éloigner de la France où son image est écornée. «Yann, c'est juste quelqu'un de bien qui a fait des conneries, ce n'est pas un voyou. Au contraire, c'est un garçon très attachant», ajoute Dréossi. Il y a surtout un sentiment de gâchis pour un joueur qui «aurait mérité une meilleure carrière». «Je regrette qu'on ait pas pu l'aider mieux que ça. Il aurait peut-être fallu l'aimer un peu plus sans hésiter à lui dire des vérités. Il avait autant de qualités qu'un Antoine Griezmann et aujourd'hui, ils ont deux carrières différentes...»
Clément Gavard
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