sivori (omar) (L'Equipe)
Palmarès Ballon d'Or

1961 - Omar Sivori

Palmarès Ballon d'Or

1961 - Omar Sivori

Le symbole d'une rivalité profonde

Longtemps, le jury de France Football se demanda si Luis Suarez, lauréat en 1960, n'allait pas réaliser le doublé que seul Alfredo Di Stefano (1957 et 1959) avait jusque-là réussi. Finalement, l'Espagnol de l'Inter Milan échoua sur la ligne d'arrivée pour six petits points qui lui manquèrent pour coiffer Omar Sivori. Car, ce fut l'étoile de la Juventus Turin qui fut couronnée au prix d'un duel très serré, comme le symbole de la rivalité profonde qui opposait les deux grands clubs italiens. Sur les dix-neuf votants, Sivori n'obtint que cinq premières places, contre quatre à son principal concurrent, trois à Yachine, deux à Haynes, une à Puskas, Aguas, Hanappi, Grosics et Charles. Preuve d'une grande dispersion des voix et de la difficulté à s'accorder sur un nom. En dehors de ses qualités de footballeur qui faisaient de lui un technicien hors pair, le jury fut sensible à la personnalité de l'Italo-Argentin, souvent présenté comme l'ange et le démon du Calcio, capable des plus beaux exploits et des emportements les plus spectaculaires. La présence de Johnny Haynes à la troisième place témoignait de la lente montée en puissance d'un football britannique qui entendait, enfin, jouer son rôle dans le concert international. Quant à Lev Yachine, qui occupait le quatrième rang, il figurait pour la sixième fois d'affilée dans le classement de France Football, preuve d'une constance qui ne se démentait pas, la remarque touchant également Alfredo Di Stefano, en piste depuis la première heure, en 1956. En revanche, on notait pour la première fois l'absence de Raymond Kopa dans un classement où il avait toujours fait bonne figure.

Le roi du "tunnel"

Sivori sur un terrain, c'est tout à la fois du Kopa (pour le dribble court et profond), du Suarez (pour l'élégance dans la conduite de balle), du Hitl même (par l'incomparable « caresse » du ballon qui rend ses tirs « liftés » infiniment dangereux) et bien entendu du Rastelli (par le sens inné de la jonglerie) et du Bessonnart (par la morgue et la mauvaise humeur qui le caractérisait parfois). 
Mais Sivori, c'est d'abord. Sivori, c'est-à-dire un artiste du football qui a émerveillé toute l'Italie. 
 
A la Juventus, comme au sein de la Squadra Azzurra, Sivori sait être un constructeur plein de clairvoyance et un réalisateur redouté. S'il n'est pas très rapide, il sait donner la balle très vite et avec une précision admirable. Il a été le meilleur buteur du Calcio en 1960 puis en 1961 : son tir n'a pourtant rien de meurtrier, mais il sait tirer partie des moindres erreurs adverses et sa touche de balle est tellement « vicieuse » qu'elle trompe souvent les plus avertis des gardiens. 
 
Lors du match contre l'Angleterre, l'an dernier, il mit toute la défense britannique dans le vent par ses dribbles et ses feintes de corps. Et, quand il voulut donner la balle à un partenaire, il n'en vit aucun. Alors, Omar, d'un trait de génie, brossa et plaça sa balle. Ce fut le plus beau but que Rome ait jamais vu. 
 
Parfois, Sivori abuse des dribbles. International argentin, il crocheta un jour tous les Chiliens qui se trouvaient ou se retrouvaient devant lui : seize au total. Et il marqua le but. Ce fut du délire à Buenos Aires. 
 
L'un des coups préférés de l'astucieux Omar reste le « tunnel », qui est l'homologue de notre petit pont. Sivori prend plaisir à réussir ce coup. Il attire l'adversaire à lui, le guette et le force à commettre la faute qui lui permet de faire passer le ballon entre les jambes adverses. 
Un jour, à l'entraînement, il rendit fou John Charles, lui faisant vingt fois le coup du tunnel. 
 
Et le colosse gallois fut doublement marron quand il paria, sur-le-champ, à Omar qu'il ne réussirait pas cinquante petits coups de pied d'affilée avec une balle de ping-pong. Il fallut, en effet, arrêter Sivori.

Fiche joueur

Nom: OMAR SIVORI
 
Nationalité : italo-argentine.
 
Né le : 2 octobre 1935, à San Nicolas (ARG). 
 
Décédé le : 17 février 2005, à Buenos Aires (ARG).
1,70 m ; 70 kg.
 
Poste : attaquant. 
 
Clubs : Teatro Municipal San Nicolas (1945-1952), River Plate (1952-1957), Juventus Turin (1957-1965), Naples (1965-1969) et River Plate (1969).
 
Palmarès de joueur : Copa America 1957 ; Championnat d'Argentine 1955, 1956 et 1957 ; Championnat d'Italie 1958, 1960 et 1961 ; Coupe d'Italie 1959 et 1960 ; meilleur buteur du Championnat d’Italie 1960 (27 buts).
 
Bilan en équipes nationales : 19 sélections, 9 buts (1955-1957) avec l'Argentine ; 9 sélections A, 8 buts (1961-1962) avec l'Italie. 
 
Bilan en phase finale de Coupe du monde : 
1 participation, 2 matches (1962).
 
Palmarès Ballon d'Or : vainqueur en 1961. 
 
Carrière d'entraîneur : River Plate (1970), Argentine A (juillet-octobre 1973) et Velez Sarsfield (1978).

Classement Ballon d'Or 1961

1. Sivori (Italie-Argentine, Juventus Turin), 46 points. 
 
2. Suarez (Espagne, Inter Milan), 40 pts. 
 
3. Haynes (Angleterre, Fulham), 22 pts. 
 
4. Yachine (URSS, Dynamo Moscou), 21 pts. 
 
5. Puskas (Hongrie-Espagne, Real Madrid), 16 pts. 
 
6. Di Stefano (Espagne-Argentine, Real Madrid), Seeler (RFA, Hambourg), 13 pts. 
 
8. Charles (Galles, Juventus Turin), 10 pts. 
 
9. Gento (Espagne, Real Madrid), 8 pts. 
 
10. B. Charlton (Angleterre, Manchester United), Hanappi (Autriche, Rapid Vienne), Aguas (Portugal, Benfica), Santamaria (Espagne, Real Madrid), Sekularac (Yougoslavie, Etoile Rouge Belgrade), Masopust (Tchécoslovaquie, Dukla Prague), Grosics (Hongrie,Tatabanya), 5 pts. 
 
17. Meski (URSS, Dynamo Tbilissi), Germano (Portugal, Benfica), D. Blanchflower (Irlande du Nord, Tottenham), Hamrin (Suède, Fiorentina), Szymaniak (RFA, Catane), Ponedelnik (URSS, SKA (Rostov-sur-le-Don)), 4 pts. 
 
23. Law (Ecosse, Torino), Morlock (RFA, Nuremberg), Nemec (Autriche, Austria Vienne), Augusto (Portugal, Benfica), Metreveli (URSS, Torpedo Moscou), 3 pts. 
28. Greaves (Angleterre, Tottenham), Tichy (Hongrie, Vasas Budapest), Costa Pereira (Portugal, Benfica), Doerfel (RFA, Hambourg), L. Muller (France, Reims), Eschmann (Suisse, Stade Français), Bernard (France, Nîmes), 2 pts. 35. Kucera (Tchécoslovaquie, Dukla Prague), Coluna (Portugal, Benfica), Eusebio (Portugal, Benfica), Makri (Roumanie, Rapid Bucarest), Stotz (Autriche, Austria Vienne), Fraydl (Autriche, Austria Vienne), Antenen (Suisse, La Chaux-de-Fonds), McIlroy (Irlande du Nord, Burnley), Koller (Autriche, First Vienna), 1 pt.
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