keegan (kevin) (L'Equipe)
Palmarès Ballon d'Or

1979 - Kevin Keegan

Palmarès Ballon d'Or

1979 - Kevin Keegan

La marche triomphale

Jamais encore l'élection d'un Ballon d'Or n'avait provoqué une telle unanimité. C'était un plébiscite, c'était un raz-de-marée. Kevin Keegan avait été, fait exceptionnel, nommé par les vingt-six jurés ; et, sur ces vingt-six désignations, dix-huit l'avaient été pour la première place, six pour la deuxième, deux pour la quatrième. C'est ainsi qu'il avait obtenu 118 points sur un total maximal de 130, soit une moyenne de 4,53 points par juré. Trois enseignements majeurs étaient à retirer de cette élection triomphale. D'abord, Kevin Keegan n'avait aucun rival, une constatation favorable à l'intéressé, naturellement, mais quelque peu regrettable sur un plan d'ensemble. Ensuite, l'année 1979 n'avait pas été, sur le plan du jeu, des résultats et du spectacle, un grand cru. Enfin, le football latin se trouvait en pleine déconfiture par rapport aux trois grandes puissances anglo-saxonnes : l'Allemagne, l'Angleterre et les Pays-Bas. Avec cette nouvelle couronne, Keegan rejoignait trois monstres sacrés, vainqueurs à deux reprises au moins du Ballon d'Or : Di Stefano (1957 et 1959), Cruyff (1971, 1973 et 1974) et Beckenbauer (1972 et 1976).

Poète et PDG

On connaît les dons étonnants de ce petit bonhomme, à la taille et au poids réduits, qui tire justement sa force d'une légèreté, d'une vivacité, d'une détente et d'une vitesse de démarrage hors du commun. Il y a effectivement en lui du « Mickey Mouse », avec son rythme endiablé, son geste nerveux et sa malice. Le joueur Keegan n'a pas son pareil pour effectuer le crochet balle au pied qui trompe l'adversaire le plus attentif, pour déclencher la passe en contre-pied la plus inattendue, pour jaillir tout à coup devant le but opposé et pour détourner le ballon dans les filets, au nez et à la barbe du gardien et des arrières, et même pour monter bien plus haut que les athlétiques défenseurs qui ne parviennent pas toujours à le dominer. Un attaquant monté sur ressorts, en somme.
 
Ainsi avez-vous pu, comme nous, le voir, chaque dimanche, grâce à la télévision, marquer les buts les plus spectaculaires, que ce soit sous le maillot blanc hambourgeois ou sous celui de l'Angleterre.
Mais, Keegan c'est aussi « Mighty Mouse », c'est-à-dire la « souris du milieu », comme l'ont si astucieusement surnommé les Anglais eux-mêmes. Car il y a belle lurette que le brillant soliste ne se contente plus de réaliser ses prouesses individuelles, mettant son intelligence de jeu, son esprit d'équipe et son activité inlassable au service du collectif.
Car, s'il porte la plupart du temps le numéro 7 de l'ailier droit, Keegan continue à être d'abord un équipier et un animateur. On le retrouve parfois où le besoin de remettre un peu d'ordre se fait sentir : derrière et au milieu, surtout quand l'équipe éprouve quelque difficulté à maîtriser la situation.
 
En attaque aussi, bien sûr, quand il convient de faire la différence. Son entente avec l'avant-centre géant Hrubesch, qui possède, évidemment en raison de sa taille, un jeu de tête souverain et ravageur et qui s'en sert pour marquer des buts ou pour solliciter ses camarades, n'est pas sans rappeler l'association qui fit si longtemps le bonheur de Liverpool, lorsque le lutin Kevin se servait de l'échelle Toshack pour grimper à l'arbre de la défense adverse.
 
Après avoir vaincu le dépaysement, la barrière de la langue, les jalousies et les rigueurs du marquage adverse, Kevin Keegan doit, aujourd'hui, lutter plus énergiquement que jamais contre l'usure du pouvoir et de la réussite, contre les pièges que le football-business tend immanquablement sur son chemin aux vedettes, comme il l'a déjà fait pour un Pelé, un Cruyff et un Beckenbauer. Car c'est aussi le lot du footballeur superstar que de devoir mener de pair désormais une double vie de sportif et d'homme d'affaires, ce qui ne va pas sans présenter de gros risques pour l'un comme pour l'autre.

Fiche joueur

Nom: KEVIN KEEGAN
 
Nationalité : anglaise. 
 
Né le : 14 février 1951, à Armthorpe (ANG). 
1,70m ; 67 kg. 
 
Poste : attaquant. 
 
Clubs : Scunthorpe (1968-1971), Liverpool FC (1971-1977), Hambourg SV (1977-1980), Southampton (1980-1982), Newcastle United (1982-1984) et Tigers Kuala Lumpur (1984-1985). 
 
Palmarès de joueur : Coupe des champions 1977 ; Coupe de l'UEFA 1973 et 1976 ; Championnat d'Angleterre 1973, 1976 et 1977 ; Championnat de RFA 1979 ; Coupe d'Angleterre 1974 ; Charity Shield 1974 et 1976 ; meilleur buteur de l«Euro 1980 (7 buts) ; meilleur buteur du Championnat d«Angleterre 1982 (26).
 
Bilan en équipe d«Angleterre : 63 sélections A, 21 buts (1972-1982).
 
Bilan en phase finale de Coupe du monde : 1 participation, 1 match (1982).
 
Palmarès Ballon d'Or : vainqueur en 1978 et 1979 (2e en 1977).
Carrière d'entraîneur : Newcastle United (février 1992-janvier 1997), Fulham (1998-1999), Angleterre A (février 1999-octobre 2000) et Manchester City (depuis mai 2001).
 
Palmarès d«entraîneur : Championnat d«Angleterre de L2 1993.

Classement Ballon d'Or 1979

1. Keegan (Angleterre, Hambourg), 118 pts. 
 
2. K.-H. Rummenigge (RFA, Bayern Munich), 52 pts. 
 
3. Krol (Pays-Bas, Ajax Amsterdam), 41 pts. 
 
4. Kaltz (RFA, Hambourg), 27 pts. 
 
5. Platini (France, Saint-Etienne), 23 pts. 
 
6. Rossi (Italie, Pérouse), 16 pts. 
 
7. Brady (Eire, Arsenal), Francis (Angleterre, Nottingham Forest), 13 pts. 
 
9. Boniek (Pologne, Widzew Lodz), Nehoda (Tchécoslovaquie, Dukla Prague), 8 pts. 
 
11. Dalglish (Ecosse, Liverpool), Simonsen (Danemark, FC Barcelone), 7 pts. 
 
13. Breitner (RFA, Bayern Munich), Kist (Pays-Bas, AZ'67 Alkmaar), 6 pts. 
 
15. Susic (Yougoslavie, Sarajevo), Krankl (Autriche, FC Barcelone), Woodcock (Angleterre, Cologne), Rep (Pays-Bas, Saint-Etienne), 5 pts. 
 
19. Stielike (RFA, Real Madrid), 4 pts. 
 
20. Trésor (France, Marseille), 3 pts. 
 
21. Tahamata (Pays-Bas, Ajax Amsterdam), Pezzey (Autriche, Eintracht Francfort), Alves (Portugal, Paris-SG), McQueen (Ecosse, Manchester United), Causio (Italie, Juventus Turin), R. van de Kerkhof (Pays-Bas, PSV Eindhoven), 2 pts. 
 
27. Asensi (Espagne, FC Barcelone), Brooking (Angleterre, West Ham), Hellström (Suède, Kaiserslautern), H. Müller (RFA, Stuttgart), Panenka (Tchécoslovaquie, Bohemians Prague), Schachner (Autriche, Austria Vienne), 1 pt.
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