platini (michel) (L'Equipe)
Palmarès Ballon d'Or

1983 - Michel Platini

Palmarès Ballon d'Or

1983 - Michel Platini

Trempé dans la potion magique

Avec 110 points sur 130 possibles, Michel Platini écrasa la hiérarchie et obtint un véritable triomphe à la romaine, devenant ainsi le deuxième Ballon d’Or français de l’histoire, après Raymond Kopa (1958). Il fit beaucoup mieux que ses glorieux prédécesseurs puisqu’il réussit l’exploit incroyable de laisser son dauphin, Dalglish, à 84 points alors que Paolo Rossi, en 1982, était suivi par Giresse à 51 longueurs. A en croire les jurés, Platini profita d’une relative médiocrité d’ensemble et accentua par ce biais une supériorité qu’on ne lui discutait pas. On peut même penser que si la Juventus Turin avait été championne d’Europe à Athènes, il eût peut-être fait le total presque parfait des votes et des points. Ce « Platinix » trempé dans la potion magique quand il était petit totalisa vingt-trois citations sur vingt-six jurés, dix-huit places de premier et cinq places de deuxième. Par ailleurs, le plus étonnant dans ce vote, outre l’écart entre Platini et son suivant, ce fut le tir groupé des dauphins. Dalglish, deuxième, précédait Simonsen, troisième, d’un point, Strachan, quatrième, de deux et Magath, cinquième, de six.

Comme habité d'une force naturelle

Ce Ballon d’Or 1983 récompense le Platini buteur, ce qui n’a vraiment rien d’étonnant. L’équipe de France sait ce qu’elle lui doit, la Juventus aussi. C’est surtout dans la diversité technique du dernier geste décisif qu’il convient de souligner sa formidable efficacité. Efficacité qui se résume en deux mots : adresse prodigieuse dans la maîtrise et l’utilisation du ballon ; faim énorme de buts, c’est-à-dire désir fou d’expédier ce ballon dans les filets adverses. Dès qu’il se trouve à proximité de tir ou de reprise, Platini paraît habité d’une force surnaturelle, d’une surpuissance qu’on a souvent comparées chez d’autres grands buteurs à la férocité du fauve affamé.
 
Mais comment ne pas insister d’abord et avant tout sur l’habileté quasi diabolique qui lui permet de se jouer de toutes les difficultés (adversaires, angles fermés). Son jeu de tête n’est plus à vanter ; ses frappes lobées ou croisées réalisées en mouvement sont tout aussi précises que celles décochées sur coups de pied arrêtés. A ce propos, il semble que Platini a retrouvé cette année en Italie toute sa virtuosité sur ces coups francs en feuille morte qui firent sa force et sa gloire à Nancy, à Saint-Etienne et en équipe de France.
 
L’équipier lui aussi a changé. Plongé brutalement dans une ambiance, une compétition et une équipe nouvelles (équipe constellée de vedettes où il fallait faire sa place et s’intégrer psychologiquement et tactiquement), Platini s’est imposé après une période de tâtonnements et d’hésitations.
 
Il en est même devenu le patron, à partir du moment où les responsables turinois lui ont confié des responsabilités plus importantes, ce qui s’est traduit par une remise en place tactique où le « Français » recula d’un cran et redevint l’homme de base, l’aiguilleur qu’il était en France, ses ambitions et ses possibilités de buteur n’en conservant pas moins la force que l’on sait. Peut-être justement en raison de cette espèce de libération.
 
Ainsi a-t-on pu retrouver, à l’échelon supérieur d’un football international de plus en plus impitoyable, le créateur génial dont les dribbles et les longs changements de jeu, dont l’alternance judicieusement choisie entre la passe courte utilisée dans une recherche constante du une-deux, et la passe longue qui surprend la défense adverse en relançant l’attaque, font constamment merveille.
 
Et comme le bonhomme n’hésite pas à se battre comme un forcené afin de récupérer le ballon à grand renfort de tacles, comme il revient volontiers prêter main-forte à ses défenseurs, on ne voit pas où se trouve aujourd’hui le défaut de la cuirasse chez un footballeur exceptionnel dont le registre étendu et aussi la personnalité d’homme totalement épanoui et affirmé à l’âge de vingt-huit ans correspondent désormais à ceux des grands qui l’ont précédé dans cette sorte de panthéon du football, de Di Stefano à Cruyff en passant par Kopa, Bobby Charlton et autres Beckenbauer.

Fiche joueur

Nom: MICHEL PLATINI
 
Nationalité : Française. 
 
Né le : 21 juin 1955, à Joeuf (Meurthe-et-Moselle). 
1,79m ; 73 kg. 
 
Poste : milieu. 
 
Clubs : AS Joeuf (1966-1972), Nancy (1972-1979), Saint-Etienne (1979-1982) et Juventus Turin (1982-1987). Palmarès de joueur : Championnat d'Europe des nations 1984 ; Coupe intercontinentale des nations 1985 ; Coupe intercontinentale des clubs 1985 ; Supercoupe d’Europe 1984 ; Coupe des champions 1985 ; Coupe des Coupes 1984 ; Championnat de France 1981 ; Championnat d'Italie 1984 et 1986 ; Coupe de France 1978 ; Coupe d'Italie 1983 ; meilleur buteur de l’Euro 1984 (9 buts) ; meilleur buteur du Championnat d’Italie 1983 (16), 1984 (20) et 1985 (18). 
 
Bilan en équipe de France : 72 sélections A, 41 buts (1976-1987).
 
Bilan en phase finale de Coupe du monde : 3 participations (3e en 1986 ; 4e en 1982), 14 matches, 5 buts (1978-1986).
 
Palmarès Ballon d'Or : vainqueur en 1983, 1984 et 1985 (3e en 1977 et 1980). 
 
Carrière d’entraîneur : France A (novembre 1988-juillet 1992).

Classement Ballon d'Or 1983

1. Platini (France, Juventus Turin), 110 points. 
 
2. Dalglish (Ecosse, Liverpool), 26 pts. 
 
3. Simonsen (Danemark, Vejle), 25 pts.
 
4. Strachan (Ecosse, Aberdeen), 24 pts. 
 
5. Magath (RFA, Hambourg), 20 pts.
 
6. Dassaev (URSS, Spartak Moscou), Pfaff (Belgique, Bayern Munich), 15 pts.
 
8. J. Olsen (Danemark, Ajax Amsterdam), K.-H. Rummenigge (RFA, Bayern Munich), 14 pts.
 
10. Robson (Angleterre, Manchester United), 13 pts.
 
11. Giresse (France, Bordeaux), Gomes (Portugal, FC Porto), Schuster (RFA, FC Barcelone), Vercauteren (Belgique, Anderlecht), 10 pts.
 
15. Rush (Galles, Liverpool), Susic (Yougoslavie, Paris-SG), 8 pts. 17. M. Olsen (Danemark, Anderlecht), 6 pts.
 
18. Whiteside (Irlande du Nord, Manchester United), 5 pts. 
 
19. Conti (Italie, AS Roma), Gerets (Belgique, Milan AC), M. Laudrup (Danemark, Lazio Rome), Vandenbergh (Belgique, Anderlecht), 4 pts. 
 
23. Brady (Eire, Sampdoria Gênes), Cabrini (Italie, Juventus Turin), Hatzitanagis (Grèce, Héraklès), Hysen (Suède, IFK Göteborg), Carlos Manuel (Portugal, Benfica), Rossi (Italie, Juventus Turin), Stefanescu (Roumanie, Universitatea Craiova), 3 pts. 
 
30. Boniek (Pologne, Juventus Turin), Gullit (Pays-Bas, Feyenoord), Tsherenkov (URSS, Spartak Moscou), 2 pts. 
 
33. Lerby (Danemark, Bayern Munich), Mladenov (Bulgarie, CSKA Sofia), Nyilasi (Hongrie, Austria Vienne), Völler (RFA, Werder Brême), 1 pt.
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