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Palmarès Ballon d'Or

Figo, d'une courte tête

Palmarès Ballon d'Or

Figo, d'une courte tête

A jury constant (nombre de points divisé par nombre de votes), la victoire de Luis Figo fut une des plus courtes de toute l'histoire du Ballon d'Or : seize points en 2000 en auraient fait cinq, environ, il y a quarante-quatre ans, quand, pour le compte de la première édition, Stanley Matthews s'imposa au finish avec trois points d'avance sur Alfredo Di Stefano. Par l'ensemble du total de points, elle se situa en milieu de tableau, très loin du record atteint par Platini en 1984, un peu en dessous du score de Rivaldo en 1999. Deuxième joueur portugais à conquérir le Ballon d'Or après Eusebio (1965), Luis Figo se trouva récompensé autant pour la somme de ses qualités qu'à la faveur de la chute du grandissime favori, Zinédine Zidane. En fait, le coup de tête de Zidane sur la personne de Kientz lors du match de Ligue des champions Juventus Turin-Hambourg SV, le 24 octobre 2000, ne manqua pas de le desservir. Le jury du Ballon d'Or ne pouvait pas ne pas intégrer ce geste dans sa réflexion au moment de l'attribution du trophée. Grosso modo, trois types de réaction furent enregistrés. 1. L'exclusion : le nom de Zidane fut complètement absent de huit bulletins sur cinquante et un, soit 15 % environ de l'ensemble, un chiffre élevé. 2. La sanction : une dizaine de bulletins environ, sur lesquels figurait le nom de Zidane, déplorèrent ouvertement son coup de tête. En conséquence, leurs auteurs procédèrent à une rétrogradation de la place qu'ils avaient envisagé de lui attribuer. 3. Les circonstances atténuantes ou l'oubli : pour diverses raisons, certains jurés passèrent l'éponge. La comptabilité exacte est impossible à établir des points perdus par Zidane, mais il ne fit pas de doute qu'elle inversa la tendance en faveur de Luis Filipe Madeira Caiero Figo, vainqueur final avec 16 longueurs d'avance. Ce n'est jamais le moment de donner un coup de tête sur un terrain de sport. Mais ça l'était moins encore en l'an 2000, tellement la menace Figo se faisait précise !

Un prodigieux accélérateur

Luis Figo accède au panthéon à l'approche de la trentaine. Figure emblématique de la plus belle génération jamais produite par le Portugal avec celle du Benfica d'il y a quarante ans, il y a pourtant plusieurs années que le néo-Madrilène est considéré par ses pairs comme un attaquant d'exception. Les plus grands joueurs internationaux s'accordent à reconnaître que Luis Figo est le plus fort en un contre un. De sa position préférée, sur la droite de l'attaque, après avoir reçu la balle, de préférence dans les pieds, et s'être avancé au petit trot pour juger d'un coup d'oil d'aigle la situation dans sa globalité, il agresse alors littéralement la ligne de défense adverse et se montre capable d'éliminer à l'extérieur pour terminer par un centre souvent parfait, comme à l'intérieur pour placer ensuite un tir de n'importe quel pied ou jouer en une-deux avec un partenaire du centre.
 
Le capitaine de la sélection portugaise est un peu un joueur d'échecs. Il voit deux ou trois touches de balle plus loin que les autres. S'il n'est pas une bombe comme Thierry Henry ou autrefois son compatriote Futre, il s'engage avec une telle soudaineté et une telle sûreté de l'endroit exact où il faut aller qu'il fait aussitôt la différence. C'est un prodigieux accélérateur du jeu, un passeur prolifique et un buteur plus que convenable. En outre, il a un mental en béton et garde toujours une confiance absolue dans ses qualités comme dans les chances de son équipe. A Barcelone, il a souvent marqué ou donné les buts qui ont renversé la situation en faveur du club catalan dans les dernières minutes. Bref, c'est le prototype même du joueur décisif. Sa technique ne présente aucune faille, mais il est si soudain et si précis qu'on ne distingue pas toujours la difficulté du geste qu'il est capable d'effectuer. Il s'avère aussi difficile à déséquilibrer que les grands joueurs africains parce qu'il est toujours à même d'anticiper sur le tacle pour pousser la balle juste un peu plus loin que le soulier adverse et qu'il garde en toutes circonstances un peu d'accélération en réserve pour échapper au fauchage.
 
A Madrid, il a sans doute trouvé un partenaire fait pour lui avec Raul, autre super crack au registre complet. Ni l'un, ni l'autre ne sont des solistes, tout en restant à tout instant capables de n'importe quel exploit individuel. Quand le Portugais, balle au pied, repique au centre pour se rapprocher de l'Espagnol, la défense adverse peut trembler. Comme beaucoup de grands techniciens (Pelé, Di Stefano, Kopa, Zidane), Figo possède un potentiel physique qu'on a tendance à négliger pour s'attacher à ses qualités techniques. Mais il est robuste et son adresse est celle d'un chat. Quant à la dimension de patron, elle lui est plus naturelle qu'à ses prédécesseurs au palmarès, le brillant soliste Rivaldo et le trop modeste Zizou. Lorsqu'il sera chez lui au Real, il y remplira dans ce domaine le même rôle qu'à Barcelone.

Fiche joueur

Nom: FIGO - LUIS FILIPE MADEIRA CAEIRO
 
Né le : 4 novembre 1972, à Lisbonne (POR).
 
1,81m ; 75 kg. 
 
Poste : milieu.
 
Clubs : Sporting Lisbonne (1989-1995), FC Barcelone (1995-2000) et Real Madrid (depuis 2000).
 
Palmarès : Coupe Intercontinentale des clubs 2002 ; Supercoupe d’Europe 1997 et 2002 ; Ligue des champions 2002 ; Coupe des Coupes 1997 ; Championnat d’Espagne 1998, 1999, 2001 et 2003 ; Coupe du Portugal 1995 ; Coupe d'Espagne 1997 et 1998 ; Supercoupe d’Espagne 1998 et 2003 ; Championnat du monde Juniors 1991.
 
Bilan en équipe du Portugal : 110 sélections A, 31 buts (1991-2004).
 
Bilan en phase finale de Coupe du monde :  1 participations, 3 matches (2002).
 
Palmarès Ballon d’Or : vainqueur 2000.

Classement Ballon d'Or 2000

1. Figo (Portugal, Real Madrid), 197 points. 
 
2. Zidane (France, Juventus Turin), 181 pts. 
 
3. Chevtchenko (Ukraine, Milan AC), 85 pts. 
 
4. Henry (France, Arsenal), 57 pts. 
 
5. Nesta (Italie, Lazio Rome), Rivaldo (Brésil, FC Barcelone), 39 pts.
 
7. Batistuta (Argentine, AS Roma), 26 pts.
 
8. Mendieta (Espagne, Valence CF), 22 pts.
 
9. Raul (Espagne, Real Madrid), 18 pts.
 
10. Beckham (Angleterre, Manchester United), P. Maldini (Italie, Milan AC), 10 pts.
 
12. Barthez (France, Manchester United), Zahovic (Slovénie, Olympiakos), 8 pts.
 
14. Roberto Carlos (Brésil, Real Madrid), Toldo (Italie, Fiorentina), Totti (Italie, AS Roma), 7 pts.
 
17. Kluivert (Pays-Bas, FC Barcelone), 6 pts. 
 
18. Davids (Pays-Bas, Juventus Turin), Hakan Sükür (Turquie, Inter Milan), Jardel (Brésil, Galatasaray), Redondo (Argentine, Milan AC), 5 pts. 
 
22. Nedved (République tchèque, Lazio Rome), Trezeguet (France, Juventus Turin), 4 pts.
 
24. Desailly (France, Chelsea), Kahn (Allemagne, Bayern Munich), Rui Costa (Portugal, Fiorentina), 2 pts.
 
27. L. Blanc (France, Inter Milan), Claudio Lopez (Argentine, Lazio Rome), R. Keane (Eire, Manchester United), Veron (Argentine, Lazio Rome), 1 pt.
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