Ademir
CM - Les 100 de FF

À J-100 du Mondial 2018, début de notre feuilleton sur les 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde avec le Brésilien Ademir

6 mars - 14 juin : dans exactement 100 jours débutera le Mondial 2018 en Russie. Jusqu'au coup d'envoi, FF vous livre, par ordre alphabétique, sa liste des 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde. Premier épisode avec Ademir.

Son histoire avec la Coupe du monde

Quoi de plus logique que de démarrer notre feuilleton par un joueur brésilien ? Revenons plus de 70 ans en arrière. De l'autre côté de l'Atlantique, avec Ademir, l'un des attaquants les plus dominants de son époque. Surnommé «Queixada» (mâchoire) en rapport à un menton imposant, il a régné dans son pays dans les années 40, pour ensuite arriver comme une bombe au Mondial. Il fut par exemple le leader du Brésil qui remportait sa première Copa America en 1949 (avec un triplé d'Ademir lors du succès 7-0 des Brésiliens sur le Paraguay en finale). Celui qui est un symbole du côté du club de Vasco de Gama n'a disputé qu'un Mondial, en 1950. Qui sait l'empreinte qu'il aurait laissé sur la planète foot si la deuxième guerre mondiale n'avait pas empêché la Coupe du monde d'avoir lieu durant la décennie 40...
Le Maracana, en 1950, théâtre de la finale entre le Brésil d'Ademir et l'Uruguay. (PRESSE SPORTS/PRESSE SPORTS)
Le Maracana, en 1950, théâtre de la finale entre le Brésil d'Ademir et l'Uruguay. (PRESSE SPORTS/PRESSE SPORTS)

Le moment marquant

Aujourd'hui, même quasiment 68 ans après, le Brésil en parle encore. Et rien que le fait de l'évoquer masque même certains visages tant l'impact de cette finale de la Coupe du monde 1950 a été incroyable sur le peuple brésilien. Une finale qui, sur le papier, n'en n'était pas vraiment une. À l'époque, après une phase de groupes avec quatre poules, le premier de chaque se qualifiait pour une phase finale, une nouvelle fois sous forme de groupe. Le premier soulevant le précieux trophée. Lors de cette Coupe du monde organisée sur le sol brésilien, le pays organisateur, l'Espagne, la Suède et l'Espagne se retrouvaient pour cette poule finale. Hasard du calendrier, Brésiliens et Uruguayens avaient rendez-vous pour le tout dernier match de la compétition. La Seleçao, en tête après avoir giflé la Suède (7-1, quadruplé d'Ademir) et l'Espagne (6-1, une réalisation d'Ademir), comptait un point d'avance sur la Celeste, qui avait été accrochée par l'Espagne. Après ses neuf buts marqués lors des cinq premiers matches, Ademir pouvait boucler la boucle et offrir un titre à son pays pour ainsi parachever un Mondial de légende.
«En sortant du tunnel, à la place du vacarme de la foule, j'ai entendu un silence de morgue»
Dans une «finale» qu'ils dominent, les Brésiliens multiplient les occasions, avec un Ademir présent dans la surface uruguayenne. En tout début de seconde période, il est impliqué sur l'ouverture du score des Auriverdes, avec une passe décisive pour Friaça (0-1, 47e). Mais un tremblement de terre allait secouer le Maracana et ses 200 000 spectateurs. Schiaffino (1-1, 66e) et Ghiggia, déjà passeur décisif sur le premier but (2-1, 79e), offraient un deuxième Mondial à l'Uruguay. Un traumatisme qui marquera Ademir et le peuple brésilien, qui n'avaient pourtant besoin que d'un nul pour triompher. Jules Rimet, alors président de la FIFA, racontait dans son livre «L'extraordinaire histoire de la Coupe du monde» : «À quelques minutes de la fin du match, alors qu'il y avait 1-1, j'ai abandonné ma place en tribune pour préparer les micros. J'ai préféré descendre aux vestiaires tellement il y avait de bruit. En sortant du tunnel, à la place du vacarme de la foule, j'ai entendu un silence de morgue. Il n'y avait pas de garde d'honneur, pas d'hymne national, pas de cérémonie de remise des prix. Je me suis retrouvé tout seul, au milieu de la foule. J'ai quand même réussi à trouver le capitaine uruguayen et je lui ai remis le trophée en cachette.» Suite à cette incroyable défaite, la Seleçao abandonnait le maillot blanc, pour les couleurs jaunes et vertes. C'est dire. Un sommet malheureux dans la carrière d'Ademir, décédé d'un cancer en mai 1996, à 73 ans.

Le chiffre : 32

Comme son nombre de buts avec la sélection brésilienne. Dont neuf marqués lors de ce seul Mondial 1950. L'occasion pour lui de devenir le deuxième joueur auriverde à terminer meilleur buteur d'une Coupe du monde après Leonidas da Silva en 1938 (huit). 32 réalisations inscrites en seulement 39 capes avec le maillot blanc. Un total qui fait de lui l'un des dix meilleurs buteurs de l'histoire de la Seleçao.

L'archive de FF

«Quand il se lance à l'assaut des buts adverses par une course zigzagante et irrésistible comme un rythme de samba, il semble incarner le dieu même du football»
5 juillet 1950, à onze jours de la finale de la Coupe du monde, France Football écrit : «Ademir semble être, à 28 ans, à l'apogée de sa carrière de footballeur (...) Quand il se lance à l'assaut des buts adverses par une course zigzagante et irrésistible comme un rythme de samba, il semble incarner le dieu même du football (...) Si le Brésil gagne la Coupe Jules-Rimet, Ademir sera l'égal du président de la République. Mais riche et immensément populaire, il demeure extrêmement correct sur le terrain et modeste à la ville. Ademir est un gentleman qui honore le football brésilien.»
Timothé Crépin
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