FIFA siège Blatter (Reuters)

A la FIFA, le ménage est permanent

La suspension de 90 jours de toute fonction liée au football infligée à Blatter et Platini est le nouvel épisode d'un long, très long feuilleton. Mais sans doute pas le dernier...

La FIFA est une tueuse en série. Elle fait tomber ses têtes couronnées les unes après les autres avec un sang-froid et une minutie qui relèvent de la préméditation. Pour sa défense, elle pourrait même avancer qu’elle est devenue folle et qu’elle est en pleine crise de démence. Depuis la fin mai et la descente de police à l’Hôtel Baur au Lac de Zurich, la fédération internationale est hors de contrôle et dévorée de l’intérieur par un monstre qu’elle a elle-même enfanté et dorloté pendant des années. Tout un système fait d’arrangements entre amis et d’accommodements de l’ombre est aujourd’hui emporté par une lame de fonds. Plus rien n’arrête cette gigantesque marée d’équinoxe qui révèle au grand jour l’épaisseur de l’obscurité des gouvernances successives, celle de Havelange de 74 à 98 puis de Blatter qui a pris la suite.
 
Comme FF le laissait entendre dans son édition du 7 octobre, la commission d’éthique a suspendu pour 90 jours Sepp Blatter, le président vacillant de la fédération internationale, et Michel Platini, le président de l’UEFA et favori désigné pour être le grand nettoyeur de tout ce foutoir organisé. Pointé comme un possible outsider pour l’élection présidentielle du 26 février, le Sud-Coréen Chung Mong-Joon a lui écopé d’une suspension de toute activité liée au football pour une période de six ans.

Malgré une ligne de défense offensive, Platini a perdu une grande partie de son crédit

Le chaos est tel et l’ampleur de la déflagration si énorme qu’il est trop tard pour chercher à savoir si Blatter a entraîné Platini dans sa chute ou bien si Platini s’est pris au piège tout seul. La question n’est plus là. On peut comprendre l’entêtement du Français à vouloir sauver son honneur et à maintenir coûte que coûte sa candidature. Mais c’est une manœuvre maladroite, un peu désespérée et sans doute vouée à l’échec. Les Allemands, en habiles opportunistes, ont déjà pris leurs distances avec l’ancien capitaine des Bleus. D’autres pourraient suivre. Le président de la Fédération allemande (DFB), Wolfgang Niersbach a estimé que les derniers événements constituaient «un poids énorme» pour les ambitions du Français. Le président de la DFB a proposé la tenue d’une réunion d’urgence de la direction de l’UEFA et demandé qu’un comité exécutif de la FIFA soit également convoqué «le rapidement possible.» Voilà plusieurs jours déjà que de discrètes réunions ont lieu pour trouver une solution de rechange fiable à la candidature de Platini. Malgré une ligne de défense offensive, le triple Ballon d’Or a perdu une grande partie de son crédit. Il n’est plus un recours et son destin est lié à celui de Sepp Blatter. Même si c’est contre son gré et à son cœur défendant, il est désormais enfoui dans le même sac que son ancien meilleur ami...

Issa Hayatou va assurer l'intérim. Mais jusqu'à quand ? (L'Equipe)

La FIFA est aujourd’hui un gigantesque vaisseau fantôme où se succèdent des capitaines fantoches et des prétendants presque aussitôt disqualifiés. Président de la Confédération africaine, Issa Hayatou va assurer l’intérim puisqu’il est le vice-président le plus âgé. Il est aussi le plus symbolique des zones d’ombre d’un comité exécutif dont certains autres membres doivent commencer à gigoter d’angoisse sur leur fauteuil doré. Entre autres tracasseries, Hayatou a été accusé par Phaedra Almajid, une ancienne responsable médias de la candidature qatarie, d’avoir exigé un million et demi de dollars de donation à la fédération camerounaise pour voter en faveur du Qatar (voir FF du  9 décembre 2014). Hayatou a toujours nié en bloc. Son intérim fait désordre auprès de l’opinion et grincer des dents mais sa nomination provisoire pourrait servir les desseins de ceux qui veulent poursuivre -et même accélérer- un grand ménage au sein de la plus puissante fédération du sport mondial. Combien de temps durera exactement l’intérim du Camerounais, jusqu’au 26 février comme annoncé dans le communiqué officiel ? Plus longtemps encore comme le souhaitent en interne ceux qui voudraient repousser la date de l’élection pour initier de vraies réformes avant de procéder à une nouvelle élection? En l’état actuel des suspensions, il paraît difficile de conserver la date butoir du 26 octobre pour le dépôt des candidatures. Il faut pouvoir laisser le temps à de nouveaux candidats potentiels de se déclarer et de trouver les cinq signatures de fédérations nécessaires pour répondre aux critères d’éligibilité. Accorder un délai de plusieurs semaines reviendrait à repousser d’autant la date de l’élection, toujours prévue le 26 février 2016. Jusqu’à nouvel ordre.

En l'état actuel des suspensions, il paraît difficile de conserver la date butoir du 26 octobre pour le dépôt des candidatures. Il faut pouvoir laisser le temps à de nouveaux candidats potentiels de se déclarer et de trouver les cinq signatures de fédérations nécessaires pour répondre aux critères d'éligibilité.

Prochaine étape, un débat sur l'attribution des Coupes du monde 2018 et 2022

Une fois que l’émotion se sera effacée devant une analyse rationnelle des faits et des accusations, un autre débat pourrait être très vite relancé, celui de l’attribution des Coupes du monde 2018 à la Russie et de 2022 au Qatar. La semaine dernière, Jack Warner, l’ex-président de la FIFA au cœur de nombreux scandales, a été suspendu à vie par la commission d’éthique dans le cadre de l’enquête concernant l’attribution de ces deux compétitions, le 2 décembre 2010. Chung a lui aussi été mis hors jeu pour des manquements à de nombreux articles du code de l’éthique (13, 16, 18 et 42) dans le cadre de la même investigation interne. En janvier 2013, France Football avait publié une enquête intitulée le Qatargate qui démontrait comment le Qatar avait usé de tous les leviers possibles -licites et moins licites- pour obtenir l’organisation de la plus prestigieuse compétition par équipes. Presque trois ans après, elle est toujours d’actualité. Plus que jamais même...

Eric Champel