(L'Equipe)
Le tacle à retardement de Julien Cazarre

A lire cette semaine dans France Football, le dernier tacle à retardement de Julien Cazarre : Dans la tête de... Paul Pogba

Comme chaque semaine, Julien Cazarre glisse son tacle à retardement dans France Football. Cette fois-ci, il se met dans la tête de Paul Pogba.

(En préambule, je tiens quand même à préciser que je me mets volontiers dans la tête et non sur la tête de Paul Pogba, ses méandres capillaires me donneraient l'impression d'emménager dans un appart décoré par Valérie Damidot après le passage de Katrina.)

Je crois que cette fois mon «Polo», la fête est finie. C'est quitte ou double. Va falloir méchamment se sortir les doigts de la mise en plis parce que t'auras pas une chance de plus. Ça fait maintenant six ans, depuis mon départ à la Juve, que je suis présenté comme le futur grand espoir du foot français mais là, à force de lambiner, je vais commencer à concurrencer Marco Verratti au concours du mec qui a un problème de croissance et de puberté. Ou, pis, finir comme le plus vieux jeune de France entre Laurent Romejko et Vincent Perrot, à ne pas confondre avec Modeste M'Bami ou Rigobert Song qui étaient, eux, les plus jeunes vieux de Ligue 1, ou encore Benjamin Nivet, le plus vieux vieux de moins cinquante ans du Championnat.

À force de clamer partout que je veux être un leader comme on crie au loup, plus personne ne va me croire. Le seul à être plus «cheap» que moi en s'autoproclamant leader, c'est Leader Price... Je bats pourtant tous les records possibles, le transfert du Français le plus cher, le plan média le plus gros, les coupes les plus dingues et des fringues à faire passer un sapeur malien pour Thierry Ardisson... J'ai même l'impression que mon coiffeur invente des couleurs, comme Klein ou Soulages. Je suis une marque plus vendue que Nutella et Kellogg's. En plus, je suis sans gluten et sans huile de palme. Je fais plus de selfies que Mickey et je mets la race à Flash McQueen quand je veux sur le périph. Je suis au top, je vous dis, j'ai juste un seul problème... c'est le terrain.
Cette fois mon «Polo», la fête est finie. Va falloir méchamment se sortir les doigts de la mise en plis parce que t'auras pas une chance de plus.
Avec Manchester, je suis pas bien mais c'est la faute de Mourinho, il ne me met pas à ma bonne place. En équipe de France, je galère pour trouver mes marques mais c'est la faute de Dédé, il ne me met pas à ma bonne place. Comme quand Pirlo a quitté la Juve, je me suis retrouvé avec Allegri qui me trimballait et ne me mettait jamais à ma bonne place... Je suis devenu une carte de bonneteau géant : «Pogba, tu l'as vu à gauche, tu l'as vu à droite, hop, hop, il est dans l'axe...» Seulement, comme au bonneteau, t'as l'impression que tu sais où je suis, mais quand tu retournes la carte... ben j'y suis pas ! Un gars jeune, surdoué, qui est un coup à droite un coup à gauche, dont on est certain qu'il a un talent fou et qui est hyper populaire alors qu'on ne comprend rien à ce qu'il fait et qu'il n'a rien fait avant, ça peut marcher... mais ça existe déjà, ça s'appelle Macron.

Et comme si ça suffisait pas, on m'a collé dans les pattes ce petit merdeux de Tolisso qui me challenge après à peine un an chez les Teutons. Mais ils ne m'impressionnent pas, les Teutons, moi, je leur ai fait la misère... Mais si, y a deux ans en demi-finales, quand j'ai mystifié Mustafi avec mes passements de jambes... Oui, ça commence à faire loin, mais j'avais été meilleur que Payet... Bon, O.K., à partir des quarts de finale, tout le monde est meilleur que Payet... même Moussa Sissoko. Non les gars, je suis pas bien, et entre Tolisso, Kanté, Matuidi et Nzonzi, ça cogne à la porte. Encore heureux que Rabiot se soit pris pour la reine d'Angleterre et ait fini comme Lady Di, sinon c'était encore plus chaud. J'ai plus qu'une solution, maintenant, pour pas que ça se voit trop, c'est cartonner en Russie et enfin trouver ma vraie place... J'espère juste que c'est pas sur le banc.
Julien Cazarre
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