Julien Cazarre (L'Equipe)
LE TACLE À RETARDEMENT DE JULIEN CAZARRE

A lire cette semaine dans France Football, le dernier tacle à retardement de Julien Cazarre : Moi, moche et gagnant...

Comme chaque semaine, Julien Cazarre glisse son tacle à retardement dans France Football. Cette fois-ci, il revient sur le jeu pratiqué lors de la Coupe du monde.

Bon, ben, ça y est les copines, la fête est finie. Terminé le joga bonito, le tiki-taka et la passe à dix dans la surface entre deux passements de jambes et un double contact, retour à la bonne vieille recette des années 90... La bonne victoire bien sale, bien dégueu, qui tache et qui pique.
 
On en aura bien profité avec l'Allemagne et l'Espagne des dix dernières années, elles ont été nos trente glorieuses (sauf qu'elles n'étaient que dix). En même temps, soyons honnêtes, on en avait tous un peu plein le (Maxwell) cornet de ce « baballisme » qui consistait à endormir l'adversaire à coups de « à toi à moi à lui à encore moi et compte jusqu'a mille en fermant les yeux »... Tu pouvais aller pisser, chercher une bière et lire Guerre et Paix en cyrillique que les gars étaient encore à tourner autour de la surface en mode handball. Le tiki-taka se transformait gentiment en mouche tsé-tsé et finissait par nous endormir aussi.
 
Les adversaires ont fini par trouver la parade en punissant les tripoteurs par des contres assassins. Alors, gagner moche, O.K., pourquoi pas, mais faut pas te louper. Et puis le problème, c'est que si tout le monde a la même idée, on est dans une belle panade parce qu'au final, il n'y a qu'un vainqueur, donc tous les autres auront juste été moches, laids, vilains et sur le carreau...

La Belgique, vous savez, l'équipe qui se prenait pour le Brésil de 70 et qui a miaulé à l'injustice en demies.

Pendant ce temps-là, nous, on se gargarise de voir tout ça vendu à plus d'un milliard, juste avec Neymar et Mbappé en têtes de gondole. Seulement, si tu vends une Kangoo avec des phares de Lamborghini au prix d'une Ferrari Testa Rossa, le pigeon qui te l'a achetée, ça va lui piquer les oreilles quand il va mettre le contact... Et je ne te parle pas du démarrage en côte !
 
Le meilleur exemple en Coupe du monde n'étant même pas la France, qui a construit sa victoire sur un projet pas vraiment glamour mais plutôt cohérent, avec la victoire au bout en ayant été menée neuf minutes durant tout le tournoi... Là, ça passe, on va dire... Non, le plus bel exemple est à la surprise générale... la Belgique. La Belgique, vous savez, l'équipe qui se prenait pour le Brésil de 70 et qui a miaulé à l'injustice en demies. Ça dansait la samba balle au pied face au Panama (plus connu pour ses chapeaux que ses coups du chapeau), ça virevoltait devant la Tunisie de l'ogre Wahbi Khazri au premier tour, la dure réalité du foot les a rattrapés. Un huitième qui devait passer crème contre les Nippons et hop, en quarts...
 
Seulement, deux claques sur le cul en quatre minutes ont refroidi les ardeurs des virtuoses. Allez bim, à dégager Carrasco et Mertens, et bonjour Fellaini et Chadli... Fini le foot champagne coupé à la Leffe, on revenait aux fondamentaux. Rebelote en quarts où tu passes contre le Brésil en serrant plus les cuisses qu'une bonne sœur à Hollywood.
 
Pour finir en beauté avec une compo de rêve face à la France où, là aussi, Carrasco, Mertens et Meunier étaient remplacés au coup d'envoi par Chadli, Fellaini et Dembélé – qui ne sont pas vraiment Cafu, Redondo et Pirlo – laissant les seuls De Bruyne et Hazard se débrouiller pour jouer au foot. Résultat, peu d'occases et zéro but. T'es même pas mort avec tes idées.
 
Mais tout ça ne sera peut-être qu'une passade et le carrosse des vilains redeviendra citrouille. On peut toujours rêver...

Julien Cazarre
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