Arsène Wenger va retrouver Old Trafford ce samedi. (Reuters)

À lire dans France Football cette semaine, Arsène Wenger (Arsenal) : «Il y a des moments où un manager se sent très seul»

Extrêmement discret dans les médias, Arsène Wenger a accepté de se confier en ce début de saison de Premier League. Une parole rare et chère, qu'il utilise pour alerter la planète football sur ses dérives, et lever le voile sur son métier et son cas personnel. Voici des extraits d'un entretien à lire dans le numéro de France Football actuellement en kiosque.

La peur de la défaite

«Toute défaite est un cauchemar. L’un des handicaps, quand on reste très longtemps dans un club, est que vous portez en vous un incroyable sentiment de culpabilité quand vous perdez un gros match. Et plus longtemps vous restez dans ce club, plus ça devient difficile car vous savez combien les gens seront affectés, vivront un week-end horrible, pleureront peut-être. Quand vous signez un contrat de deux ans, vous vous en fichez un peu, parce que vous ne comprenez pas comment ce club peut signifier autant pour ses fans. Mais plus le temps passe, plus c’est très difficile. Chaque fois, vous vous sentez tellement coupable.»

L'envolée des indemnités de transfert

«Tottenham a fait une excellente saison, c’est une jeune équipe qui monte. Mais il demeure très difficile de renforcer ce genre d’équipe. On vous demande d’acheter des joueurs. Mais qui ? Dans le marché actuel, vous allez dépenser 50 M€ pour ce que j’appelle un joueur “normal”. Il faut en vendre, des tickets et des maillots, pour s’offrir un joueur de 50 M€ ! Ça devient complètement fou. Comme on paie plus de 200 M€ pour Neymar, il faudra payer 50 voire 100 M€ pour un joueur qui n’est pas aussi bon que lui. Et ce n’est pas fini.»

L'évolution du football

«Quand vous managez, vous devez prendre en compte le fait qu’on a dit à Neymar qu’il va gagner 30 M€ par an, net d’impôts. Et vous, vous devez expliquez aux autres qu’ils en gagneront 5 ou 10. Sachant qu’ils ne l’accepteront pas forcément. Le danger, selon moi, c’est qu’on fragilise ce que j’aime dans le football, à savoir qu’il est un sport d’équipe. Aujourd’hui, le football est devenu davantage une affaire d’individualités, à l’image de notre société qui met davantage l’accent sur le statut de star, la réussite individuelle, moins sur ce qui fait d’une équipe une équipe. On peut se demander si, aujourd’hui, Nottingham Forest pourrait gagner la Coupe d’Europe, comme en 1979 et 1980. La réponse est non.»

La place des jeunes dans un groupe

«Il y a des moments où un manager se sent très seul. Quand vous assumez votre choix et que vous faites jouer ce jeune parce qu’il le mérite. C’est une chose que vous apprenez sur le tas quand vous êtes entraîneur : hormis quelques cas exceptionnels, ce n’est qu’à vingt-trois, vingt-quatre ans que vous avez vraiment un joueur. Avant ça, un jeune footballeur connaît des hauts et des bas. Et ça, plus personne ne semble l’accepter.»

Propos recueillis par Philippe Auclair