Cazarre
Le tacle à retardement de Julien Cazarre

À lire dans France Football cette semaine, le dernier tacle de Julien Cazarre : Bâillon d'or

Comme chaque semaine, Julien Cazarre glisse son tacle à retardement dans France Football. Il revient cette fois sur la malédiction qui peut toucher le lauréat du Ballon d'Or France Football.

Quand je me refais le film à l'envers, il y a un truc qui me titille à chaque fois avec ce fameux Ballon d'Or, qui doit être aujourd'hui l'objet le plus convoité du monde avec la clé du coffre de Jeff Bezos, le linceul du Christ et le stérilet de la reine d'Angleterre, c'est que j'ai l'impression qu'à l'instar de tous les objets précieux et convoités, il renferme au fond de lui une malédiction. Ce qui le rend encore plus fascinant, c'est qu'il est convoité par ceux qui ont tout... tout, sauf lui ! Et, dès qu'ils l'ont, à peine ont-ils le temps de s'en délecter, de le câliner, de le lustrer qu'il leur file entre les doigts pour d'autres mains envieuses.
 
En fait, le Ballon d'Or, c'est l'arche d'alliance dans Indiana Jones 1, les pierres sacrées d'Indiana Jones 2 ou entre le Graal et le crâne de cristal des deux derniers opus... Le point commun de ces objets de légende, c'est qu'ils sont imprégnés d'une malédiction qui condamnera quiconque voudra s'en emparer... Les mecs le savent, et pourtant, ça ne change rien, il faut absolument qu'ils aillent se mettre dedans tout seul. Alors, je sais que vous allez me dire : «Non mais, lui, il est complètement à la ramasse avec sa théorie moisie, la seule malédiction dans le foot, elle s'appelle la malédiction de “kardefinal'' et elle touche de plein fouet son club de milliardaires enturbannés qui fait marrer toute l'Europe...» Bon, c'est pas faux, mais comme visiblement dans ce pays, faut toujours apporter des preuves tangibles de ce qu'on raconte (sauf si c'est pour balancer sur un patron aux mains baladeuses, auquel cas un tweet ou une décla chez Morandini suffit), je vais vous donner quelques exemples qui démontrent que c'est pas si fumeux que ça, mon délire.
 
En 1970, à la Coupe du monde au Mexique, Gianni Rivera, fraîchement élu Ballon d'Or, se voit recalé au rôle de remplaçant lors de la finale contre le Brésil et regarde impuissant ses coéquipiers se faire balader par la bande à Pelé...Karl-Heinz Rummenigge (et son nom qui sent les moustaches et la bière de soif), Ballon d'Or 1980 et 1981, participe sur une jambe à la Coupe du monde 1982 à cause d'une blessure et ne peut empêcher ses copains testostéronés à nuque longue de couler face aux ritals de Paolo Rossi... Platoche vivra le même sort en 1986, survolant la Coupe du monde comme le fantôme du Ballon d'Or qui venait de mettre la Juve sur le toit de l'Europe un an plus tôt.
Stoichkov est encore détenteur du Graal des footeux qu'il se fait sortir en quarts de Ligue des champions par le PSG...
Vous en voulez encore ? Eh ben, j'en ai dans ma besace, mon poto. Van Basten, lauréat 1989, sort en huitièmes d'une Coupe du monde 1990 dont il sortira carbo sans aucun but marqué, et que dire de Roberto Baggio, qui, en 1994, fête son trophée en ratant le dernier péno, qui donne la victoire finale au Brésil de Bebeto et sa célébration toute pétée où il fait le berceau avec ses mains parce qu'il était devenu papa (on y a eu droit ensuite pendant quinze ans, à ce truc relou... Un but, ça se célèbre en tant que but, bordel !).
 
J'ajouterai le grand Hristo Stoichkov, qui, lui, va vivre la plus franche désillusion qu'un Ballon d'Or puisse endurer. Il est encore détenteur du Graal des footeux qu'il se fait sortir en quarts de finale de la Ligue des champions par le PSG sur un but de Vincent Guérin... Dans le foot moderne, y a-t-il plus humiliant que de se faire éliminer par l'équipe qui, historiquement, ne se qualifie jamais à ce stade de la compète ? C'était tellement violent que la suite de sa carrière sera une lente dégringolade vers les limbes de l'anonymat footballistique... Est-ce que tout cela serait une intervention divine pour punir l'avidité d'une récompense individuelle dans un sport collectif ? Mais, comme dans Indiana Jones, la malédiction ne décourage jamais les prétendants... C'est peut-être ça la force du Ballon d'Or !

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